Le boom de la défense propulse Eurosatory 2026

Le salon Eurosatory 2026 compte un nombre record d'exposants.
Eurosatory

Le salon Eurosatory 2026 compte un nombre record d'exposants.
Eurosatory
Avec ses 2 500 exposants, 42 pavillons nationaux, 66 pays exposants et 185 000 m² de superficie, Eurosatory voit les choses en grand en 2026. « Eurosatory n’est pas seulement un salon international, il est mondial, en réunissant toute la base industrielle et technologique de défense (BITD) qui compte au monde », expose son commissaire général, Charles Beaudouin. Le salon affichait déjà complet trois mois avant son ouverture et la fréquentation devrait dépasser les 43 000 visiteurs comptabilisés en 2024.
En dehors de la France et de ses 770 exposants répertoriés, la présence « la plus importante en nombre d’exposants et de surface par pays », c’est l’Allemagne, qui amène 216 sociétés à Villepinte (selon le catalogue du salon), dont 104 nouveaux exposants, suivie des États-Unis (175 sociétés). Le géant Rheinmetall y côtoiera l’électronicien Hensoldt, le spécialiste de la propulsion et des transmissions Renk, ou encore les dronistes Stark et Quantum Systems… mais aussi, pour la première fois, le constructeur automobile Volkswagen.
« L’Allemagne se donne les moyens de sa remontée en puissance », selon Charles Beaudouin. Elle « s’appuie aussi sur son activité civile, notamment automobile, une perspective qui reste à l’état d’ébauche à ce stade pour la France », constate le commissaire du salon.
Le Groupement des industries allemandes de sécurité et défense (BDSV, Bundesverband der deutschen Sicherheits- und Verteidigungsindustrie), présidé par le patron de Rheinmetall, Armin Papperger, est bien évidemment présent pour représenter les intérêts de ses 300 membres.
Sans surprise, l’Ukraine renforce sa présence sur le salon : « dix sociétés ukrainiennes exposaient en 2024, il y en a 70 aujourd’hui », compte Charles Beaudouin. « C’est le septième participant le plus important du salon », précise-t-il.
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Le conflit et les nécessités opérationnelles ont fortement contribué à développer l’industrie de défense, au point que le ministère ukrainien de la Défense dispose de son propre pavillon. « Il y a une véritable offensive ukrainienne pour vendre ses équipements et trouver des partenariats européens ou mondiaux. Ils disposent d’une expertise très forte, leurs équipements “font” la tendance, dans tous les domaines », ajoute-t-il.
Le contexte international et géopolitique, ainsi que la hausse des dépenses d’armement, qui ont culminé à 2 887 Md$ au niveau mondial en 2025, selon les dernières estimations du Sipri, bénéficient au salon de la défense et de la sécurité terrestre et aéroterrestre. Eurosatory attire les entreprises du secteur, à tel point qu’un nouveau hall d’exposition a été ouvert pour répondre à l’afflux de demandes.
« La situation que nous vivons actuellement au niveau géopolitique est proche d'un possible conflit en Europe, pour trois raisons principales. La désunion Europe-États-Unis sur l'Otan n'a jamais été aussi forte. Jamais, depuis la création de l'Otan, il n’y a eu une telle défiance entre Européens et Américains sur l’Alliance. Ensuite, le front ukrainien est stabilisé. Enfin, l'Europe est loin d'avoir réarmé. Elle a appris, mais n’a pas réarmé. En matière de défense, on peut être surpris, mais on n’a pas le droit d’être démuni », prévient Charles Beaudouin.
« Pour l’heure, à défaut de budgets à la hauteur, la prise de conscience des États européens est certaine », affirme-t-il, soulignant qu’Eurosatory, « c’est du concret » : « Le fait que nous ayons 2 500 exposants nous permet d’identifier de vraies tendances ». Parmi ces tendances, le commissaire général du salon cite la « montée en gamme » des solutions de drones et de lutte antidrones : « Le drone s’adapte, la lutte antidrones aussi. La référence devient l’essaim de drones de saturation de zone, mû par l’intelligence artificielle et apte à évoluer dans un environnement brouillé ». Selon lui, « Avec plusieurs millions de drones en service de chaque côté », l’Ukraine et la Russie tiennent le haut du pavé en la matière.
À cet égard, le retard accumulé par l’Europe, mais également par les États-Unis, serait difficile à rattraper : « Tant les Américains que les Européens sont très loin de ces standards, ce qui est particulièrement préoccupant vu la menace mortelle permanente du drone, constatée tant en Ukraine qu’en Iran, dans des conditions d’emploi différentes et au regard du retour d’expérience conséquent accumulé depuis plusieurs années », explique l’ancien commandant de la Section technique de l’armée de Terre.
« On voit bien que la guerre a muté. Il ne suffit plus de rattraper le retard, le défi est grand », souligne Charles Beaudouin. Il signale d’ailleurs le développement d’un nouveau segment capacitaire, lié aux conséquences de l’utilisation du drone : le missile sol-sol de longue portée, « qui s’impose comme un nouvel acteur incontournable du “remote warfare”. Et qui dit missile, dit antimissile. La notion de “dôme de fer” va s’imposer à tout le monde. Nous avons trop tardé, maintenant, il va falloir construire », fait-il valoir. Une course à l’armement qui semble sans fin, mais qui permet le développement de nouvelles technologies.
Charles Beaudouin évoque le retard de l’Europe par rapport aux États-Unis dans le domaine de la « deeptech », capable de développer des technologies de rupture sur le champ de bataille : « Fragilisée par la fragmentation de son marché, l’Europe doit relever le défi de devenir une puissance de la tech, sous peine d’être déclassée dans une compétition qui voit aujourd’hui s’affronter les États-Unis et la Chine ». Selon lui, « les États-Unis voient la deeptech comme un facteur de développement et de supériorité ».
De quoi aiguiser les appétits industriels, d’autant plus dans le secteur de la défense. La militarisation de la deeptech est « une tendance de fond », prédit-il. « Au-delà d’amener des financements et des processus nouveaux, la deeptech pourra aussi permettre d’avoir du “high performance, low cost”. Portée par les marchés civils, elle transformera l’industrie de défense, car les sociétés de la tech sont appelées à coexister avec les sociétés “traditionnelles”. » Il va même plus loin : « la deftech, l’appellation “défense” de la deeptech, va amener une véritable révolution dans les affaires capacitaires » et devrait donc logiquement susciter des besoins en matière de financement.
Car l’une des autres nouveautés de l’édition 2026, c’est la constitution d’un pôle spécifique dédié au financement. Banques, fonds d’investissement, assureurs, institutions européennes et acteurs publics seront répartis sur « 120 m², du jamais-vu. C’est un beau succès et le signal d’un monde qui change », se félicite Charles Beaudouin. « Je pense que c’est lié à la tech. Ils voient venir ces champions, qui sont civilo-militaires, et donc rassurants, parce qu’il existe un marché civil potentiel sur lequel ils peuvent aider au passage à l’échelle », analyse-t-il.
IA, robotique, capteurs, cyber, solutions énergétiques, nouveaux matériaux… Les innovations de rupture, portées par une soixantaine de startups internationales, sont quant à elles regroupées au sein de l’Eurosatory Lab. Un pôle qui pourrait d’ailleurs être étendu pour la prochaine édition en 2028.
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Un salon qui attire aux quatre coins du monde
Outre la France, l’Allemagne, les États-Unis et l’Ukraine, déjà cités, d’autres pays se distinguent par leur participation au salon : le Royaume-Uni (78 exposants), l’Italie (74 exposants), ou encore la Turquie (60 exposants)
Eurosatory accueille également de nouveaux entrants dans ses halls à Villepinte : le Vietnam, le Chili, Malte (un exposant chacun), l’Ouzbékistan (trois exposants) et, plus étonnant, un exposant de la petite principauté du Liechtenstein (enclavée entre la Suisse et l’Autriche), avec une solution de ciblage laser.
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