L'ouverture du capital des grands aéroports régionaux est définitivement un feuilleton à rebondissements. Alors que depuis quelques mois, les rumeurs de lancement d'une opération de ce type par le gouvernement s'étaient tues, ce dernier vient de franchir le pas. Michel Sapin et Arnaud Montebourg, respectivement ministres des Finances et de l'Economie, ont ainsi demandé à l’Agence des participations de l’Etat (APE) « d’engager une procédure de cession de la participation de l’Etat au capital de la société Aéroport Toulouse-Blagnac » dès cette année.
Cette cession pourra atteindre 49,99 % du capital de l'aéroport. Cela représente la grande majorité des 60 % actuellement détenus par l'Etat. Une option de vente sera également intégrée pour les 10,01 % restant. La chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Toulouse pourrait aussi « céder une fraction de sa participation (25 %, ndlr.) aux côtés de l’Etat, si elle en exprime l’intention. »
Les deux ministres ont retenu une procédure d'appel d'offres pour réaliser l'opération. Celle-ci ne requière aucune mesure législative spéciale pour la vente des 49,90 % originels. Le cahier des charges doit être publié prochainement, et l'acquéreur – apparemment unique – sera désigné en novembre.
Le gouvernement de François Fillon avait déjà tenté une telle opération en juin 2011. Lyon, Toulouse, Bordeaux et Montpellier étaient alors concernés. La cession avait été repoussée devant la levée de boucliers des acteurs locaux : CCI et collectivités territoriales, qui possèdent respectivement 25 % et 15 % du capital des grands aéroports régionaux, souhaitaient conserver une majorité « publique ». Ils avaient ainsi demandé à l'Etat de leur vendre gré à gré 11 % minimum du capital avant toute autre cession à un acteur privé. Les élus bordelais, Alain Juppé (alors numéro deux du gouvernement) en tête, avaient été particulièrement actifs. L'opération avait fini par être annulée à l'approche des élections présidentielles de 2012.
Visiblement, la CCI de Toulouse et les collectivités territoriales – région Midi-Pyrénées, département de Haute-Garonne et communauté urbaine de Toulouse Métropole, qui possèdent chacun 5 % du capital de l'aéroport – ont été cette fois-ci consultées en aval. Elles semble donc prêtes à renoncer au principe d'une majorité « publique », même si celle-ci sera préservée dans un premier temps.
Les acteurs privés du secteur doivent déjà en train de fourbir leurs armes pour se positionner sur l'appel d'offres. Avec 7,6 millions de passagers et la place de 6e aéroport français en 2013, Toulouse-Blagnac est une belle proie. Si elle n'a pas encore été établie, sa valorisation pourrait atteindre, voire dépasser, les 100 M€. Parmi les candidats, on attend des noms comme Vinci Airports, SNC Lavalin, Egis... ou encore Aéroports de Paris (ADP) même si le groupe n'a jusque là manifesté de l’intérêt que pour Lyon.
Si rien n'a été précisé en ce sens, Toulouse pourrait faire office d'aéroport test, avant une ouverture aux autres grandes plateformes régionales.