Aviation décarbonée : l'Académie des Technologies fait d'importantes préconisations
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Daniel Iracane, directeur du pôle Energies de l'Académie des Technologies
Académie des Technologies
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Daniel Iracane, directeur du pôle Energies de l'Académie des Technologies
Académie des Technologies
Quelques semaines après qu'une feuille de route de décarbonation du secteur aérien et aéronautique, réalisée conjointement par le GIFAS (Groupe des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales), la FNAM (Fédération nationale de l'Aviation et ses Métiers) et l'UAF (Union des Aéroports Français) ait été présentée aux ministres de la Transition écologique, de l'Industrie et des Transports, l'Académie des Technologies vient d'apporter sa pierre à l'édifice d'une filière de production de carburants durables pour le secteur de l'aviation. Elle vient de publier un rapport de 133 pages sur la décarbonation du transport aérien et sur les priorités qu'il faut donner aux carburants durables. Selon les objectifs de la directive européenne ReFuel EU en cours de finalisation, le besoin en carburant durable pour l'aviation, ou "kérosène durable", ou SAF ("Sustainable aviation fuel", selon son acronyme anglophone), serait pour 2050 de l'ordre de 30 millions de tonnes pour l'Europe, dont six millions de tonnes pour la France. Un tiers de ces besoins devra être satisfait dès 2035.
"Entre les années 90 et aujourd'hui, les progrès techniques ont permis de réduire de moitié la consommation de carburant des avions. Et on estime que d'ici 2050, il sera encore possible de gagner encore 30% sur la consommation des appareils. Néanmoins, il faut trouver une solution pour les 70% restants et la solution, c'est la décarbonation, grâce notamment aux carburants durables. Ces derniers pourraient permettre de diviser par dix les émissions d'ici 2050. Pour donner un ordre de grandeur, une personne qui fait un aller-retour entre Paris et New York est à l'origine d'une tonne d'émission de CO2. Si on le divise par dix, cela fait 100 kg. Et c'est ce qu'une personne émet comme CO2 sur un aller-retour Paris-Bordeaux dans une voiture moyenne gamme avec deux personnes à l'intérieur. On ramène ainsi l'aviation à quelque chose d'extrêmement ténu », explique Daniel Iracane, directeur du pôle Énergie de l'Académie des Technologies. "D'un point de vue quantitatif, il va falloir produire en France à l'horizon 2050 un total de six millions de tonnes de carburant durable. En ordre de grandeur, six millions de tonnes de carburant, cela correspond à 15% de la totalité de la consommation routière. Il y a dans notre rapport deux défis majeurs et critiques. Quelles que soient les nouvelles techniques qui pourront améliorer le bilan environnemental des avions, il faudra des quantités massives d'énergies bas carbone pour les faire voler. À partir du moment où on ne recourt plus aux énergies fossiles, il va falloir substituer une énergie et la boîte à outils ne contient pas beaucoup d'outils. Il y aura la biomasse et l'électricité bas carbone", poursuit Daniel Iracane.
"Il faut aussi rappeler que l'horloge tourne. Le défi de l'accord de Paris impose un budget «carbone » qui s'érode tous les jours. Donc maintenant, il faut aller vite. Monter des filières industrielles de grande échelle, cela prend facilement dix ou quinze ans. Et donc nous avons une visibilité d'une trentaine d'années pour atteindre un bilan carbone neutre ou presque neutre. Quand vous avez trente ans pour faire quelque chose et qu'il vous faut quinze ans pour faire un pas, cela veut dire qu'il faut commencer très rapidement ».