Perception du transport aérien : entre méconnaissance et contradictions
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Malgré de plus en plus d’études qui sortent sur le secteur du transport aérien et son travail de décarbonation et de transition environnementale, la connaissance du secteur par les Français reste très imparfaite et contradictoire, et empreinte de nombreuses idées reçues qui ont la vie dure.
C’est en substance, le principal enseignement de la présentation qui a été faite par l’économiste Emmanuel Combe, professeur à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne et à la Skema Business School, lors du Congrès de la FNAM (Fédération Nationale de l’Aviation et ses Métiers) qui s’est tenu au siège de la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) le 1er juillet dernier.
C’est d’abord sur le sujet de la décarbonation que la méconnaissance est la plus patente. « Les études académiques les mieux documentées estiment un niveau d’émission du transport aérien compris entre 2 et 3% du total des émissions mondiales (sans prise en compte des traînées de condensation ou de l’ozone », rappelle Emmanuel Combe dans son intervention. « Or, ce n’est pas du tout la perception qu’en ont les passagers/consommateurs. Ainsi, l’étude empirique récente de mon collègue Paul Chiambaretto, de la Chaire Pégase, montre que plus de 90 % des personnes interrogées en France évaluent la part de l’aérien dans les émissions à plus de 10 %, soit 3 fois plus que la réalité. Il est également frappant de constater que les Français considèrent que l’aérien est plus polluant que l’industrie textile, alors que cela est objectivement faux. Le secteur textile représente entre 8 à 10 % des émissions mondiales de CO2, soit 3 fois plus que l’aérien », précise-t-il. « Les Français sont aussi peu informés des efforts et des évolutions réalisées par le transport aérien pour réduire son empreinte carbone. Ainsi, selon la Chaire Pegase, peu de français ont déjà entendu parler des SAF (carburants d’avation durable). Je suis également certain que peu de Français savent que l’un des leviers de décarbonation aujourd’hui c’est le renouvellement de la flotte, avec des moteurs plus performants. Cette faible connaissance peut s’expliquer : ces innovations technologiques ne sont pas visibles pour le passager et échappent à leur expérience directe. Ils ne les voient pas et donc elles n’existent pas ; il s’agit d’un biais psychologique assez classique appelé biais de « disponibilité » (nous surestimons ce que nous voyons et sous-estimons ce que nous ne voyons pas) ». L’expert n’est donc pas étonné que l’aspect « polluant » du transport aérien soit surreprésenté dans la perception qu’en ont les Français. « En résumé, on ne sera pas surpris, au vu de ces biais de perception, que les Français surestiment la responsabilité de l’aérien sur la question du réchauffement climatique. Si l’on en croit le sondage IFOP (2024), à la question "Quel est selon vous le principal inconvénient de l’avion ?" 45% des Français répondent : l’impact environnemental, loin devant le prix (20 %) ou l’encombrement des aéroports (14 %) ».