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Eurodrone : une nouvelle étape pour l’indépendance matérielle de l’Europe en matière de drones

Photo de Xavier Tytelman

Xavier Tytelman

Publié le 17 mars 2022 à 10:30

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

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Le 24 février 2022 est signé un contrat primordial pour le développement d’une Europe de la Défense. À Manching (Allemagne) se sont réunis Airbus Defense & Space, Dassault Aviation et Leonardo autour de l’OCCAR afin d’officialiser le contrat de l’Eurodrone. Le chemin aura été long, depuis le premier avant-projet de drone européen, avant d’aboutir à une machine capable de relever le défi de l’indépendance matérielle de l’Europe de la Défense en matière de drones. Article extrait de la version complète, disponible dans le magazine de la semaine.

La longue marche vers l'Eurodrone

Le projet de drone de grande endurance et moyenne altitude (MALE) de conception européenne n’est en rien une nouveauté. Les programmes industriels n’ont pas manqué, mais la volonté d’indépendance matérielle de l’Europe de la Défense en la matière ne s’est fait ressentir que très tard.

Après deux programmes abandonnés, les trois ministres de la Défense français, allemand et italien annoncent en 2015 leur volonté commune de disposer dans leurs forces aériennes de drones MALE de conception européenne ; voyant le spectre d’un vide capacitaire et d’une dépendance envers les États-Unis en matière de drones.

Cette volonté sera traduite en un nouveau programme : l’European Medium Altitude Long Endurance Remotely Piloted Aerial System (MALE RPAS, ou Eurodrone). Présenté au salon aéronautique international de Berlin de 2018 (ILA 2018), le projet reprenant les études précédemment menées rassemble quatre industriels : les branches allemandes et espagnoles d’Airbus Defense & Space, Leonardo et Dassault Aviation.

La maquette grandeur-nature de l’Eurodrone lors de sa présentation officielle, lors du salon ILA 2018
La maquette grandeur-nature de l’Eurodrone lors de sa présentation officielle, lors du salon ILA 2018 (Crédits : Airbus)

Contrairement aux tentatives précédentes, le Gryphon (nom commercial donné à l’Eurodrone par Airbus) n’eut pas à pâtir du manque d’engagement des états. Ce seront 60 drones répartis entre les états à l’origine du projet (France, Italie, Allemagne et Espagne) qui seront construits au minimum, accompagnés de leurs stations-sol ; pour une valeur de 7,1 milliards d’euros.

Une fiche technique qui se distingue de ses concurrents et prédécesseurs

L’Eurodrone a été conçu pour être un des piliers du Système de Combat Aérien du Futur (SCAF). Il remplira des missions de type ISTAR, c’est-à-dire de renseignement, de reconnaissance, de surveillance et d’acquisition d’objectif. Pour ce faire, il embarquera une optique permettant de l’acquisition image et vidéo en lumière visible et en infrarouge, mais aussi un radar AESA et un radar SAR. L’appareil disposera aussi de capacité de renseignement électromagnétique (ROEM). En plus de renseigner, le Gryphon sera capable d’effectuer des missions d’appui-sol de haute précision grâce à sa capacité d’emport de missiles à guidage infrarouge et de bombes guidées laser.

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L’Eurodrone hérite beaucoup de ses défunts prédécesseurs. L’utilisation de turbopropulseurs en configuration « push » tendent à rappeler une filiation avec le Telemos, quand sa soute modulaire nous rappelle le Talarion. Cette soute permettra d’une part d’ajouter un radar maritime de 80 kg pour des missions PATMAR, mais aussi laissera la porte ouverte à de nombreuses évolutions.

N’oublions pas qu’entre la mise en service prévue en 2028 du Gryphon, et l’arrivée du SCAF au complet, la plateforme doit pouvoir évoluer pour pallier les futures menaces, mais aussi intégrer les briques technologies encore en développement pour le SCAF...

Limité en vitesse et en plafond par l’utilisation d’un turbopropulseur, l’Eurodrone gagne cependant sur l’endurance. A pleine capacité de carburant et en configuration lisse, il pourrait tenir 29 h en vol. Pour des missions de Close Air Support, en configuration totalement armée, son endurance resterait honorable : 18 h. Cette grande endurance est habilement couplée à un avantage que l’Eurodrone a sur ses concurrents. Il peut réduire sa distance à franchir avant objectif par rapport à d’autres drones tels que le Reaper grâce à sa capacité d’intégrer la circulation aérienne générale (certification NATO STANAG 4671).

L’Eurodrone, programme-clé pour l’indépendance matérielle d’une Europe de la Défense

Les spécifications de ce nouvel appareil, et la naissance d’un tel projet, laissent entrevoir la volonté d’indépendance matérielle de l’Europe en matière de drones. En effet, le premier objectif de ce drone est de replacer les drones General Atomics MQ-9 Reaper en dotation dans les forces aériennes françaises, italiennes et espagnoles. Surtout que ces drones Reaper ont été précisément intégrés aux forces françaises du fait du manque d’un drone européen on national pour replacer les Harfang, posant ainsi un problème de dépendance à la France vis-à-vis des États-Unis...

Aussi, la conception d’un drone « ITAR Free » tel que le Gryphon est importante pour l’industrie européenne de défense. En effet, les États-Unis sont en capacité brandir l’ITAR comme une mesure protectionniste afin de mettre hors-jeu l’Europe, et ainsi pouvoir proposer sur le marché leurs appareils sans concurrence.

Ce point sensible est la raison pour laquelle les industriels partenaires sur le projet Gryphon n’ont pas encore rendu leur décision quant au choix de la motorisation. Deux systèmes propulsifs sont proposés par deux industriels européens. Cependant, le turbopropulseur proposé par le motoriste italien Avio ferait tomber l’Eurodrone sous le coup de l’ITAR, car dérivant du General Electric Catalyst...

Malgré cette inconnue, le programme Eurodrone semble bien engagé avec la signature du contrat liant les partenaires industriels européens à l’autorité contractante (OCCAr), à Airbus Manching le 24 février 2022. Espérons que celui-ci sera à la hauteur des spécifications annoncées et qu’il sera un atout stratégique pour les forces aériennes européennes et celles qui le choisiront pour renouveler leur flotte de drones au-delà de nos frontières.

Les différentes parties du contrat réunies devant la maquette du Gryphon
Les différentes parties du contrat réunies devant la maquette du Gryphon (Crédits : Airbus)
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Xavier Tytelman

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