En 2019, 39 millions de vols commerciaux ont été effectués. Un nouveau record pour l'industrie aéronautique qui ne pouvait qu’imaginer une croissance certaine année après année. Avec une augmentation constante des commandes d'avions, une classe moyenne plus nombreuse dans les pays émergents et affamée de voyages, sans compter l'ouverture constante de nouvelles routes, les compagnies aériennes avaient du mal à suivre le rythme pour répondre à la demande toujours croissante de l’aviation commerciale. Cela a entraîné des problèmes attendus : manque de centres de maintenance et de maintenance prédictive, conception et certification hasardeuses de nouveaux projets d'avions, perte de qualité de formation…
Parmi ceux-ci, la pénurie de pilotes a été identifiée comme un risque majeur. Boeing lui-même l'a qualifié de "l'un des plus grands défis" auxquels est confrontée l'industrie du transport aérien.
Comment classeriez-vous ce possible bouleversement par rapport à la crise du B737 MAX et à l'épidémie de coronavirus ?
Je dirais qu'il est probablement troisième, car il arrive lentement mais sûrement, et n'est pas aussi mortel. Mais le problème est bien présent et réel.
La crise Covid n’a fait que reculer de deux ans cette bombe à retardement. Les prévisions montrent que si, d'ici 2025, la demande de voyages atteint à nouveau les niveaux de 2019 et plus encore, le secteur pourrait manquer de 34 000 à 50 000 pilotes, selon le rythme de la reprise. Soit 10 à 15 % du nombre total de pilotes dans le monde.
Dans ce cas, deux possibilités : Renforcer l’amont en formant davantage de pilotes ou réduire la demande de pilotes, mais comment ?
L'industrie aéronautique, nourrie d’années de recherche et développement militaire sur les véhicules autonomes, est prête à accélérer la mise en place du concept de cockpit sans pilote.
En février 2021, une révolution dans l'industrie aéronautique a décollé de Californie à bord d'un Cessna Grand Caravan 208B. Un vol entièrement automatisé, du décollage à l'atterrissage. Développé par la société prometteuse Xwing, il témoigne de l'adéquation parfaite entre technologie, innovation et transport.
Entrez chaque jour au coeur des enjeux de l'aéronautique, de la défense et du spatial avec l'expertise de la rédaction et suivez les actualités structurantes de ces secteurs stratégiques.

Un autre projet de FedEx qui pourrait changer la donne et venant tout juste d’être certifié: l'avion SkyCourier ; pourtant sans spécificité nouvelle que ce soit dans ses matériaux, sa conception ou sa propulsion. Le point clé réside dans sa cabine mono-pilote dotée d'une avionique Garmin avancée.
La FAA (Federal Aviation Administration) a donné son accord pour que le Cessna 408 SkyCourier soit exploité dans une catégorie dans laquelle les pilotes n'auront pas besoin de ces fameuses 1,500 heures de vol minimum. Cela permettrait de diminuer le besoin en pilotes et à moins de qualifications nécessaires pour en devenir un.
Les technologies gravitant autour du pilote automatique sont primordiales pour soutenir les pilotes, leur permettant de se concentrer moins sur le fonctionnement de l'aéronef et plus sur la prise de décision stratégique et la gestion de la mission". Le rôle important du pilote pourrait subsister encore un peu, mais pour combien de temps ? Par exemple, le géant Airbus a fait la démonstration du premier décollage entièrement automatique par vision (affichage tête haute) sur l'A350-1000 dès janvier 2020.
Ces technologies sans pilote poussent-elles les pilotes vers la sortie?
En règle générale, les compagnies aériennes employaient en moyenne 10 pilotes par avion. La réduction de ce nombre permettrait de réduire les coûts d'exploitation tels que les salaires, la formation, les frais de personnel, et d'éviter les problèmes sociaux que les compagnies aériennes peuvent rencontrer.
Selon un rapport de Boeing de 2013, les erreurs des pilotes sont responsables de 80 % des accidents. Le passage aux avions sans pilote pourrait faire économiser jusqu'à 35 milliards de dollars à l'industrie aéronautique. Alors que les observateurs du secteur aérien s'inquiètent constamment de la pénurie de pilotes, certains pensent que l'automatisation pourrait rendre obsolète l’interface humain. Mais, selon la plupart des experts, la technologie, le secteur et les passagers ne sont pas tout à fait prêts pour un vol entièrement autonome. Un rapport d'UBS indique que 17 % des passagers ne sont pas encore prêts à voler sans pilote. Les résultats de mon rapport ont mis ce point encore plus en évidence, puisque 60 % des personnes interrogées ne souhaitent pas voler sans pilote.
Nous pouvons convenir que cette mesure pourrait améliorer la rentabilité du secteur, surtout en cette période de reprise difficile. Cependant, le coût de la technologie avionique et de son implantation n'est pas encore vraiment connu. 66,3% des personnes interrogées ont exprimé leur intérêt si le billet d'avion devient moins cher, sans pilote (graphique ci-dessous). Un paramètre que les compagnies aériennes devraient prendre en compte. L'argent reste le principal critère de choix pour la plupart d'entre nous.

Les systèmes embarqués autonomes peuvent améliorer les opérations de vol et les performances globales des avions, mais les pilotes resteront au cœur des opérations.
Le pilote automatique génère des tonnes de données qui doivent être analysées en instantané et sauvegardées en toute sécurité.
Par exemple, la FAA avait sous sa responsabilité 44 000 vols par jour avant Covid, imaginez une telle quantité de données, qui se verrait encore augmenté pour dépasser le besoin des pilotes s’ils disparaissaient du cockpit.
Des niveaux élevés de sécurité tant à l'intérieur de l'avion que pour les échanges extérieurs seraient vitaux mais très coûteux. Les ordinateurs peuvent indiquer une information incorrecte ou tomber en panne, et c'est parfois le cas, c’est pourquoi à ce jour il faut encore compter sur le bon discernement d’un pilote. « Chaque jour, les pilotes doivent intervenir lorsque les systèmes avioniques ne font pas ce qu'ils sont censés faire », a déclaré Steve Landells, spécialiste de la sécurité des vols de la British Airline Pilots Association. L'industrie aéronautique en a fait l'expérience avec l'inoubliable affaire du B737 MAX.
« Nous montons quotidiennement dans des trains sans conducteur, mais toute la psychologie d'être dans les airs et de ne pas avoir d'humains à l'avant est un véritable défi »
La plupart des voyageurs sont conscients de l'automatisation des cockpits. 88,1% des personnes interrogées pensent que le pilote automatique fonctionne pendant au moins 50% du temps de vol, et 41,6% pensent que le pilote automatique est activé pendant la majeure partie de la durée du vol. En revanche, ils ne sont pas encore totalement confiants n’ayant pas de recul sur les capacités des cockpits sans pilote en 2020.
La FAA étudie la possibilité de mettre en œuvre une politique d’un seul pilote a bord sur les avions cargo. 70% des personnes interrogées se sentent plus en sécurité avec au moins un cockpit à un pilote. « Il s'agit d'une question de perception publique et d'acceptation de l'idée par les gens », a déclaré Jarrod Castle, responsable de la recherche sur les services aux entreprises, les loisirs et les voyages chez UBS.
« Un autre défi auquel les voitures autonomes sont aussi confrontées de nos jours concerne l'éthique : Qui sera responsable d'un crash d'avion sans pilote ? »
45,3% des interrogés sont indécis lorsqu'il s'agit de répondre (graphique ci-dessous). De toute évidence, une question difficile pour tous les acteurs de l'aviation. Par analogie avec les voitures sans pilote, l'erreur du conducteur est à l'origine de 94% des accidents de voitures conventionnelles, contre 80% pour l’aviation commerciale.

Y a-t-il un code moral sur lequel nous devrions tous nous entendre ou chaque compagnie aérienne peut-elle choisir son propre code? Un énième débat à venir.
Et vous, qu'en pensez-vous ?