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Quelles capacités SIGINT pour la France entre le départ du C-160 Gabriel et l'arrivée de l'Archange, son successeur ?

Photo de Xavier Tytelman

Xavier Tytelman

Publié le 27 décembre 2021 à 17:00

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

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Les deux C160 Gabriel de l’escadron électronique aéroporté 1/54 « Dunkerque » feront bien leurs adieux en 2022 après plus de 30 ans de bons et loyaux services dans les forces. Ils ne seront remplacés qu'à partir de 2026 par l'Archange, un programme basé sur un Falcon 8X adapté aux missions SIGINT.

Le C160 Gabriel, vecteur inédit du renseignement français

Présent dans les forces françaises depuis 1989, le Transall C160G Gabriel est un avion aux capacités uniques. Il constitue le fer de lance du renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) grâce à ses diverses antennes, son radome ventral et à ses deux pods ASTAC d’analyse du bruit électromagnétique ambiant installés en bouts d’aile. Il dispose aussi de caméras OMERA-51 pour le renseignement d’origine image (ROIM).

Sa mission principale est de recueillir et de traiter du renseignement d’origine électromagnétique et d’origine image. Différents opérateurs traitent le renseignement SIGINT (SIGnal Intelligence) recueilli :
- La partie COMINT (COMunication INTelligence) est analysée par des intercepteurs linguistes pour traduire en temps réel les communications sur zone,
- La partie ELINT (ELectronic INTelligence) est traitée par des opérateurs techniques afin d’identifier et de localiser les signaux électromagnétiques interceptés sur zone (radars, systèmes de défense, forces en présence, etc…),
- La partie COMINTECH consiste au traitement de toutes les autres communications non traitées par les linguistes (communications cryptées, téléphones satellitaires, etc…)

Très utilisé en zones de conflit, le Gabriel est régulièrement employé pour des missions de surveillance de territoires sur lesquels des activités militaires ont lieu. En volant à proximité de frontières à haute altitude, il intercepte du renseignement sur les activités militaires qui s’y déroulent, comme ce fut le cas en septembre 2021 lors de l’exercice militaire Zapad qui réunit tous les 4 ans les forces russes et biélorusses. On peut retrouver régulièrement les relevés ADS-B des deux C160G de l’escadron (immatriculés F-216 et F-221) le long des frontières en Europe de l’Ouest, au Moyen Orient ou sur d’autres régions du monde.

Le Transall C160G, mis en service en 1989, devrait être retiré du service actif autour du mois d'avril 2021.
Le Transall C160G, mis en service en 1989, devrait être retiré du service actif autour du mois d'avril 2021. (Crédits : Armée de l'Air et de l'Espace)
Le C-160 Gabriel peut réaliser des vols de plus de 12h, offrant une permanence sur zone unique
Le C-160 Gabriel peut réaliser des vols de plus de 12h, offrant une permanence sur zone unique (Crédits : ads-b.nl)

Une perte sèche pour les trois prochaines années

Les coûts importants du maintien en conditions opérationnelles du Gabriel ont poussé à avancer son retrait au premier trimestre 2022, ce qui laissera 3 ans (minimum !) avant l’arrivée de son successeur en 2026 : le programme Archange. Ce trou capacitaire n’a pas manqué de soulever les questions de certains députés lors de l’adoption définitive du projet de loi de finance militaire le 15 décembre dernier.

A partir de 2022, la France devra ainsi se contenter des autres dispositifs de renseignement à disposition : les ALSR (Avion Léger de Surveillance et de Renseignements) dont le premier exemplaire a été livré en 2020, les drones MQ-9 Reaper, les missions ASTAC réalisées par les avions de chasse sur lesquels le pod peut être intégré, ainsi que les satellites CERES dont le lancement a été réalisé en novembre dernier. A ces moyens dédiés, les forces armées peuvent ajouter l’avion de patrouille maritime Atlantique 2 de la Marine Nationale, ainsi que les capacités SIGINT des avions-radar Hawkeye et AWACS.

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Un Mirage 2000 équipé du système ASTAC développé par Thales. D’un poids de 400 kg et d’une longueur de 4,1 m, le pod inclut également une station sol de préparation et de restitution de mission APGS qui peut être fixe ou mobile.
Un Mirage 2000 équipé du système ASTAC développé par Thales. D’un poids de 400 kg et d’une longueur de 4,1 m, le pod inclut également une station sol de préparation et de restitution de mission APGS qui peut être fixe ou mobile. (Crédits : Thales)

Ces vecteurs peuvent temporairement pallier le manque des C160 Gabriel mais plusieurs problématiques se font alors jour. En premier lieu, les ALSR sont des avions légers basés sur un Beechcraft 350 équipé par Sabena Technics d’une suite Thales, qui disposent donc d’un rayon d’action très réduit par rapport aux Gabriel, d’autant qu’ils ne sont pas équipés de perches de ravitaillement. La qualité des données collectées n’est par ailleurs pas encore au niveau de précision attendu par les opérationnels, le système étant encore en rodage, et les huit appareils ne seront progressivement livrés que progressivement jusqu'en 2030. Les drones MQ-9 Reaper français ne disposeront pour leur part que d’une charge ROEM à partir de 2023, selon un rapport de l’Assemblée Nationale de juillet 2021. Enfin, les missions ASTAC attribuées aux Mirage 2000 et aux Rafales viennent normalement compléter celles du Gabriel du fait des différences d’équipement, d’endurance et de vulnérabilité des appareils. Le Gabriel peut ainsi rester jusqu’à 13h au-dessus de larges zones, offrant une permanence opérationnelle importante et la possibilité de fournir une grande quantité de renseignement corrélé en temps réel, tandis qu’un chasseur en mission ASTAC a pour vocation de survoler des territoires potentiellement hostiles pendant de plus courtes durées.

alsr1.jpg
alsr1.jpg (Crédits : Jean-Luc Brunet / Armée de l'air et de l'espace)

L’avenir du renseignement français

Le retour des missions jusqu’ici assurées par les deux C160 Gabriel sera possible avec l’aboutissement du programme Archange, un programme d’avions de renseignement dont les deux premiers exemplaires ont été commandés en décembre 2019, avant qu’un troisième appareil soit acquis probablement en 2022. Le système sera embarqué à bord des triréacteurs Falcon 8X produits par Dassault Aviation et modifiés pour intégrer une capacité universelle de guerre électronique (CUGE) fournie par Thales.

On sait peu de choses sur le cahier des charges du programme Archange, mais l’Armée de l’air et de l’espace a identifiée deux menaces principales (la Russie et la Chine) tout en soulignant la nécessité de pouvoir suivre l’évolution des gammes de fréquences à recueillir. Cette évolutivité permettra de s’aligner sur les nouveaux systèmes d’armes et de communications utilisés dans les années à venir malgré le déploiement de nouveaux équipements. L’Archange permettra une montée en puissance par rapport aux capacités du Gabriel grâce à des capteurs multipolarisés plus performantes, un élargissement du spectre de fréquence analysées et à l’intégration d’intelligence artificielle pour le traitement des résultats.

On peut émettre l’hypothèse que de nouvelles missions viendront s’ajouter à celles du Gabriel, comme des systèmes de guerre électronique offensive à l’instar du EC130H Compass Call, ou la désignation d’objectif pour travailler en complémentarité avec des chasseurs sur les prochains théâtres d’opération. Le bilan de l’année 2021 des entreprises Dassault Aviation et Thales sera surement l’occasion d’en savoir plus sur le programme Archange.

L'Archange, basé sur un Falcon 8X, devrait être opérationnel en 2025
L'Archange, basé sur un Falcon 8X, devrait être opérationnel en 2025 (Crédits : Dassault Aviation)

Xavier Tytelman

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