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La Russie asphyxiée : elle met fin à certaines de ses productions militaires modernes

Photo de Eloïse F Le Meitour

Eloïse F Le Meitour

Publié le 20 avril 2022 à 04:00

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le complexe militaro-industriel russe est en souffrance à la suite des sanctions économiques imposées par les pays occidentaux. Et pour cause : la Russie est largement dépendante à l'importation des hautes technologies dans sa production de matériels modernes.

Des industries de défense qui battent de l’aile

Fin des coopérations étrangères, hausse des taux d’intérêt sur les prêts et hausse des prix des matériaux, ont eu raison des entreprises de défense russes, qui sont désormais dans l’obligation de suspendre leur production. Le « War Bulletin », produit le 16 avril par l’ambassade d’Ukraine à Washington, fait état d’une vingtaine d’entreprises militaires russes ayant suspendu, partiellement ou totalement, leur activité en raison des conséquences des sanctions économiques des pays occidentaux. Parmi elles, Vympel qui produit des missiles pour avions, dont le missile de longue portée R-77 à guidage radar actif, et UralVagonZavod, qui produit les chars de combat T-90, T-72, mais aussi le char de nouvelle génération T-14 "Armatas". Selon la Direction du Renseignement ukrainien (GUR), l’entreprise, qui est la plus grande fabricante de chars de combat au monde, aurait complétement stoppé sa production de T-90 et de T-14, les travaux sur les T-72 étant pour l'instant simplement ralentis.

La Russie suspend également la production de certains de ses systèmes de défense aérienne comme les systèmes Buk, le 2K12 Kub et le 2K22 Tunguska. Les ouvriers de l’usine mécanique d’Ulyanovsk sont invités à soit prendre un congé sans solde ou bien, à rejoindre le combat en Ukraine en tant qu'opérateur sur les SAM (missile surface-air). Cet arrêt est particulièrement dû à la grande présence de pièces électroniques dans la fabrication des systèmes anti-aérien, dont l’Allemagne était le principal fournisseur.

Les difficultés sont également nombreuses du côté naval. Toujours selon le GUR, certains chantiers navals, comme celui de Vladivostok, seraient aujourd'hui incapables d’assurer la construction et la maintenance de navire de guerre. 

En conséquence, la Russie qui peinait déjà à se réapprovisionner sur le terrain et qui fait déjà état de plus de 3000 véhicules militaires mis hors d'état, est d’autant plus handicapée par les sanctions économiques occidentales qu'elles touchent ses capacités militaires.

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b692815d598a7396309c03a888ccb1fd8a99c07cdf5dd56928b3c271c135e1bb.png (Crédits : Image Air & Cosmos)

Des technologies modernes en stand by

Le T-14 Armatas de UralVagonZavod, est un char de nouvelle génération qui présente des qualités théoriques supérieures à ce qui est proposé en Occident : blindage plus lourd ; tourelle sans pilote ; canon tirant des obus de 125 millimètres ; portée de 12 km (3 fois plus que celle du M1A2 Abrams américain, considéré comme le meilleur char occidental) ; système de communication interconnecté aux autres T-14 et T-90 ; logiciel capable de suivre en autonomie différentes cibles afin de faire face à la faiblesse russe en matière de combat de nuit... Le T-14 Armatas, qui est sur le papier le meilleur char de combat au monde, n'a pour l'instant été livré qu'à quelques exemplaires de pré-série afin de valider les options techniques choisies. UralVagonZavod devait commencer la production en série et la livraison du T-14 cette année, et la suspension de sa production est un vrai coup dur pour la modernisation de l’armée russe.

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Il en est de même du côté de l’aviation, où l'avion de veille aérienne (AWACS) flambant neuf "A-100" de Beriev Aircraft Company et Vega, voit sa production se stopper. À l’origine destiné à remplacer le A-50 datant des années 1980 et sa version modernisé A-50U, l’avion voit son développement a minima retardé par l'arrêt de livraisons des composants électroniques provoqué par les sanctions occidentales. Vanté comme 3 fois plus efficace que son prédécesseur, l’A-100 a une endurance de 4 heures et est équipé d’une avionique moderne comprenant des radars de surveillance panoramiques et des systèmes informatiques de pointe permettant de détecter des cibles aériennes à une distance de 600km et des cibles de surface à 400km.

Outre les lourdes sanctions économiques des pays occidentaux qui touchent tous les secteurs de l'industrie russe, l’objectif d'amputer l'armée russe de certaines de ses technologies modernes serait donc atteint.

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Du3aOpnWwAAuf-_.jpg (Crédits : RussianPlane.net)

Vers des équipements 100% russe ?

Si les sanctions économiques commencent à avoir les effets escomptés, il n’en reste pas moins qu’elles sont impactantes uniquement sur le long terme. A court terme, l’armée russe n’est pas estropiée au-delà des pertes importantes subies en Ukraine ou de a consommation accélérée de ses consommables, dont les missile de croisière et bombes guidées.

Ces handicaps évidents n’empêchent pas la Russie de toujours disposer d’un arsenal de guerre important. Selon les données de Global Fire Power Index et de l’International Institute for Strategic Studies, la Russie est le pays disposant du plus grand nombre de chars au monde et de loin : on parle de 12 400 chars contre 6 600 pour les États-Unis et contre 400 pour la France. Même si le niveau de disponibilité de ces matériels en majeure partie stockés et non modernisés est très variable, la Russie dispose d’une capacité de renouvellement considérable malgré le nombre important d'équipements détruits et capturés par les Ukrainiens : la modernisation de vieux chars coûterait 3 fois moins cher et serait 3 fois plus rapide que la production de chars russes équivalents.  Comme l’affirme le récent rapport du ministère de la Défense russe, il semblerait que l’armée russe ait également adopté la pratique de la capture et de la remise en état de chars ukrainiens à leur profit, même si la mesure est sans doute plus symbolique qu'opérationnelle.

En dépit d’une coopération économique renouvelée, la Russie, plus que jamais, a intérêt à se tourner vers ses capacités de production nationale. C’est ce que le pays semble vouloir appliquer, puisque le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a déjà déclaré souhaiter une production de 36 MC-21 totalement russe d’ici 2025 et de 20 appareils régionaux Soukhoi SuperJet par année, un appareil civil dont la production pourrait permettre de compenser en partie l'indisponibilité des Airbus et Boeing...

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principales-armes-disponibles-par-pays.png (Crédits : Image Air & Cosmos)

Eloïse F Le Meitour

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