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L'US Air Force déploie à Nice un C-5 spécialement adapté pour récupérer un satellite de Thales Alenia Space

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 17 octobre 2022 à 13:00

C-5C SCM à Nice.

C-5C SCM à Nice.

CNES

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Ce week-end, l'aéroport de Nice a accueilli un avion de transport stratégique C-5M américain. Ce dernier venait transporter un satellite d'observation océanographique et hydrologique. En plus de cette visite assez rare, l'avion en question était l'un des deux seuls C-5M SCM, à savoir la version spécialement modifiée des C-5M Super Galaxy pour le transport de grandes pièces comme des satellites ou encore le fuselage d'un C-130.

Un transport pour le CNES et la NASA

Le Surface Water and Ocean Topography ou SWOT est un satellite destiné à l'étude topographique des océans et des eaux de surface continentales (lacs, fleuves, etc). Il remplit ainsi deux missions :

  • océanographique, avec une vision bidimensionnelle et une résolution améliorée pour comprendre les effets de la circulation des navires en zone côtière sur la vie marine et les écosystèmes de manière plus large, la qualité de l'eau et les transferts d'énergie. Il permettra également une meilleure modélisation du couplage océan/atmosphère.
  • hydrologique, afin de suivre les évolutions des laces, réservoirs, fleuves, zones humides, etc. Il pourra aussi analyser la débitmétrie des fleuves.

Le satellite représente une rupture technologique pour le monde spatial ; avec ses deux antennes SAR (bande Ka) éloignées de 10 mètres, le satellite dispose d'une capacité d'observation bidimensionnelle de 120 kilomètres de large (avec une résolution horizontale de 50 à 100 mètres). L'instrument, dénommé KaRIn, est conçu par le Jet Propulsion Laboratory (JPL). Le CNES et Thales Aliena Space réalisent la partie radiofréquences de KaRIn. Il emporte aussi d'autres capteurs pour l'orbitographie (module NADIR), un ensemble de réflecteurs lasers LRA, etc. L'entièreté des productions américaines est transportée le 30 juin 2021 par un avion de transport stratégique C-17 Globemaster III de l'USAF jusque Nice pour l'assemblage sur le satellite.

Le SWOT devrait décoller pour l'espace depuis la base aérienne de Vandenberg (Californie, États-Unis) à partir du 5 décembre 2022 (date estimée) à bord d'un Falcon 9 de SpaceX. Le satellite est également développé pour effectuer une rentrée atmosphérique contrôlée en fin de vie pour éviter de rajouter un débris spatial autour de la Terre.

Le projet regroupe plusieurs agences spatiales :

  • CNES (France)
  • NASA (États-Unis)
  • avec la collaboration de la CAS (Canada)
  • avec la collaboration de la UKSA (Royaume-Uni)
Déploiement des panneaux photovoltaïques du satellite SWOT.
Déploiement des panneaux photovoltaïques du satellite SWOT. (Crédits : Thales Alenia Space)

Un C-5 spécial

Comme présenté ci-dessus, le SWOT doit être transféré de France vers les États-Unis. Cependant, le satellite requiert un avion disposant d'une soute grande et large. Seuls quelques appareils au monde dispose de cette capacité. C'est le C-5M qui est choisi.

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De fait, l'Air Mobility Command de l'USAF a déployé ce 14 octobre un avion de transport stratégique C-5M Super Galaxy sur l'aéroport de Nice (Alpes-Maritimes). En dehors du fait que cet avion est assez rarement vu en France, c'était en plus un Super Galaxy assez exceptionnel puisqu'il s'agissait d'un des deux seuls C-5M Space Cargo Modified (SCM) de l'USAF.

Concrètement, c'est un Super Galaxy dont la soute a été réarrangée afin de gagner un maximum de place pour du cargo extrêmement grand. De fait, les divers arrangements pour les troupes ont été enlevés et les portes arrières modifiées et agrandies à la taille de la soute. La cargaison est placée dans un conteneur spécialement conçu pour rentrer dans la soute, avec un espace d'environ 2,5 cm entre le conteneur et la paroi de la soute. 

L'avion a décollé pour la Californie le 16 octobre. Ces trois jours ont été intenses (il a fallu plusieurs heures rien que pour rentrer le satellite dans le Super Galaxy) mais le projet à tout de même demandé 6 mois de travail pour l'aéroport de Nice ; le C-5M est un avion de transport très lourd, emportant une charge très fragile, avec le besoin d'avoir une place suffisante pour charger le satellite dans l'avion (ce qui représente la libération d'une surface importante à l'avant et à l'arrière de l'avion de transport), etc. Par exemple, le Super Galaxy a occupé à lui tout seul le parking de 5 appareils habituellement stationnés sur cette zone.

Quelques informations sur le C-5

Le C-5 Galaxy est avion spécialement développé pour le transport stratégique pour les Forces armées américaines. Le premier appareil vole en 1968, à une époque où la mission de transport stratégique est assurée par les C-133 Cargomaster à bout de souffle et les plus petits C-141 Starlifter. Le premier sera directement remplacé par les C-5 Galaxy et le second par les futurs C-17 Globemaster III. Il faut noter que les capacités de transport du C-5 sont très variées et parfois étonnantes :

  • quatre blindés de combat M2/M3 Bradley ou 4 lance-roquettes multiples M270 MLRS ou encore 14 véhicules blindés léger HMMWV
  • six hélicoptères de combat AH-64 Apache
  • deux chars M1 Abrams ou deux hélicoptères de transport lourd CH-47 Chinook
  • un parachutage record de 73 parachutistes... et 4 chars légers M551 Sheridan (parachutage d'un total de 86,4 tonnes)
  • largage en vol d'un missile balistique intercontinental Minuteman (pour des essais, effectué une seule fois)
  • transport du fuselage d'un C-130

Depuis 1968, les C-5 sont constamment améliorés :

  • C-5A : version originale
  • C-5B : nouveaux réacteurs TF-39-GE-1C, ailes améliorées et train d'atterrissage simplifié
  • C-5C/A (SCM) : soute agrandie au maximum pour l'emport de cargo très large
  • C-5M Super Galaxy : dernier standard des C-5
Le 10 septembre 2008, un C-5B se pose sur la base aérienne de Stratton (New York, États-Unis) pour emporter le fuselage d’un C-130A utilisé pour l’entrainement. En novembre 2000, un C-5C SCM avait déjà emporté pour la première fois le fuselage d’un C-130E crashé à l’aéroport de Kuwait City (Koweït).
Le 10 septembre 2008, un C-5B se pose sur la base aérienne de Stratton (New York, États-Unis) pour emporter le fuselage d’un C-130A utilisé pour l’entrainement. En novembre 2000, un C-5C SCM avait déjà emporté pour la première fois le fuselage d’un C-130E crashé à l’aéroport de Kuwait City (Koweït). (Crédits : USAF)

Le C-5M Super Galaxy

A la fin des années 1990, l'USAF s'aperçoit que les cellules des C-5 n'ont perdu que 20 % de leur durée de vie. Les avions sont alors fortement modernisés et appelés C-5M Super Galaxy :

  • nouveau tableau de bord dans le cockpit
  • amélioration complète de l'avionique
  • réacteurs GE CF6-80C2 (22 % de poussée supplémentaire, taux de montée augmenté de 58 %, distance de décollage réduite de 30 %)
  • longueur de 75,3 mètres, envergure de 67,89 mètres et une hauteur de 19,84 mètres
  • transport en soute de 127,46 tonnes de cargo avec une masse maximale de décollage de 381 tonnes
  • il est ravitaillable en vol mais la procédure est complexe ; l'air passant sur le nez du C-5 peut déstabiliser le ravitailleur, la trainée du ravitailleur peut déstabiliser l'énorme empennage du C-5 et enfin, il faut plusieurs minutes pour faire le plein, de fait, le C-5 et le ravitailleur doivent tourner ensemble durant le ravitaillement.

Il faut noter que les deux C-5C SCM Galaxy ont également été modernisés aux standards C-5M, devenant ainsi des C-5M SCM Super Galaxy.

Gaétan Powis

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