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Poker 2022-04 : raid aérien stratégique simulé pour l'Armée de l'Air et de l'Espace

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 14 décembre 2022 à 01:00

FAS

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Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Ce 13 décembre au soir, l'Armée de l'Air et de l'Espace a lancé son quatrième et dernier exercice de l'année 2022 simulant un raid aérien stratégique au-dessus de la France. Cette opération, baptisée Poker 2022-04, est bien évidemment centrée autour des avions de combat Rafale des Forces aériennes stratégiques mais comporte aussi d'autres appareils. En effet, une opération Poker comprend en générale une cinquantaine d'avions de combat et de soutien.

Poker 2022-4 est lancé

Le 13 décembre, peu après 22h10 (heure de Paris), plusieurs appareils de l'Armée de l'Air et de l'Espace ont décollé depuis plusieurs bases aériennes en France. Certains de ses appareils font partie des Forces aériennes stratégiques (FAS) et participent à leur quatrième et dernier exercice de l'année 2022 : Poker 2022-4 est lancé ! Les exercices Poker ont pour objectif d'entrainer les FAS mais aussi tous les appareils de combat et de soutien qui pourraient être déployés auprès des avions des FAS en vue d'une frappe nucléaire aérienne. Cet exercice est également un rappel des capacités nucléaires françaises.

Une "partie de Poker" standard au sein de l'AAE

En fonction des opérations Poker et des unités engagées, les moyens et effectifs peuvent différer. Toutefois, les schémas de la majeure partie des précédentes opérations Poker se produit en trois phases.

Phase 1 : montée en puissance

Cet exercice rassemble environ 50 avions de combat et de soutien, divisés en deux forces : une force de frappe stratégique, regroupant le gros des appareils ainsi que les Rafale des Forces aériennes stratégiques. Les autres avions de combat et quelques ravitailleurs jouent le rôle de force d'opposition (OPFOR). L'Armée de l'Air et de l'Espace mobilise donc un nombre important d'appareils qu'il faut rassembler et préparer :

  • une majorité d'avions de combat Rafale et Mirage
  • des ravitailleurs en vol A330 MRTT et KC-135FR
  • un avion de guet aérien avancé et de commandement (AEW&C) E-3F Sentry

Une fois l'opération lancée, ces avions décollent : la force de frappe se dirige vers la Bretagne et l'OPFOR se dirige vers le Massif central.

Phase 2 : raid à longue distance

Une fois rassemblé au-dessus de la Bretagne, la deuxième phase commence. Il s'agit simuler la longue distance du raid aérien stratégique : les avions sont ravitaillés par plusieurs avions ravitailleurs au-dessus de la Bretagne. Les appareils vont alors filer plein Sud jusqu'aux Pyrénées pour ensuite se diriger vers la Méditerranée. Un deuxième ravitaillement est également organisé avant le début de la phase 3.

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Phase 3 : raid nucléaire

Il s'agit de la phase offensive de l'opération Poker : l'OPFOR doit tenter d'empêcher les avions FAS d'atteindre un point de largage, simulant le point de largage des missiles nucléaires ASMPA-R. Cependant, les Rafale sont escortés par des avions de combat que l'OPFOR devra aussi prendre en compte. D'ailleurs, certains de nos lecteurs ont peut-être entendus les appareils puisque les avions des FAS ont plutôt tendance à voler bas afin d'éviter toute détection. Il est également possible qu'une ou plusieurs batteries antiaériennes sont déployées par l'OPFOR, d'où la nécessité de voler en basse altitude.

Quelques avions visibles

Les missions des Forces aériennes stratégiques étant classées, peu d'informations sont disponibles. Il est toutefois certains que les Rafale des FAS n'emportent pas de missile nucléaire ASMPA-R actif mais bien simulé. Le trajet est également connu car un NOTAM (disponible à la fin de cet article) est émis avant l'opération afin de réserver certaines zones de l'espace aérien français pour les appareils de l'Armée de l'Air et de l'Espace. Enfin, les appareils de soutien sont, en fonction des appareils, visibles durant une partie ou toute la durée de l'opération Poker. Ainsi, pour le dernier exercice Poker de l'année 2022, l'AAE avait mobilisé :

  • 1 avion de guet aérien avancé et de commandement (AEW&C) E-3F Sentry
  • 1 avion ravitailleur KC-135FR Stratotanker
  • 1 avion ravitailleur C-135FR Stratotanker
  • 5 avions ravitailleurs A330 MRTT
Première et deuxième partie de l'exercice Poker 2022-04. Cette image permet de distinguer très clairement la zone de ravitaillement au-dessus de la Bretagne et le trajet vers les Pyrénées.
Première et deuxième partie de l'exercice Poker 2022-04. Cette image permet de distinguer très clairement la zone de ravitaillement au-dessus de la Bretagne et le trajet vers les Pyrénées. (Crédits : Air&Cosmos (montage), ADS-B (carte))

L'exercice s'est probablement terminé aux alentours de 00h55 (GMT+1), heure à laquelle le E-3F Sentry a quitté sa zone de patrouille pour retourner sur sa base aérienne d'Avord. A l'heure où cet article est publié (03h00, GMT+1), la majeure partie des avions de soutien - et donc probablement la majeure partie des avions de combat - étaient également retournés sur leur base de départ ou base principale. Seuls deux avions ravitailleurs sont encore visibles mais se dirigent vers leur base :

  • MARC57 (ayant changé son indicatif par REFU406) : ce dernier effectue plusieurs cercles d'attente non loin de sa base de départ de Mont-de-Marsan avant de se diriger vers la base aérienne d'Istres
  • METIS405 : il se dirige vers sa base aérienne d'Istres

Une triade nucléaire unique

La France dispose de trois forces de projection du feu nucléaire :

  • La Force océanique stratégique (FOST), composée des quatre sous-marins nucléaire lanceurs d'engins de la classe Le Triomphant, tous déployés depuis l'île Longue (Finistère). Au moins un SNLE est constamment en mer et est prêt, sur ordre présidentiel, à déployer ses missiles balistiques stratégiques M51.
  • Les Forces aériennes stratégiques (FAS), centrée autour des avions de combat Rafale et des avions de ravitaillement A330 MRTT Phénix et quelques KC/C-135FR Stratotanker. Ces appareils sont déployés depuis trois bases aériennes à vocation nucléaire : la base aérienne 125 Istres-Le Tubé (Bouches-du-Rhône), la base aérienne 702 Avord (Cher) et la base aérienne 113 Saint-Dizier-Robinson (Haute-Marne). Les FAS disposent aussi de deux centres de commandement, situés à Taverny (Val-d'Oise) et Lyon (Rhône).
  • La Force aéronavale nucléaire (FANu) : il s'agit d'une capacité unique dans le monde car, avec le retrait de la capacité nucléaire des F/A-18F Super Hornet en 2021, l'US Navy ne compte plus de capacité aéronavale stratégique. Ainsi, la France est désormais la seule puissance nucléaire disposant d'une force de frappe stratégique déployée depuis un porte-avions, à savoir le Charles de Gaulle. Comme les Rafale des FAS, les Rafale M de la FANu peuvent emporter un missile nucléaire ASMP-A.

Il faut noter que, contrairement aux SNLE, les Rafale des FAS et Rafale M de la FANu disposent de capacités duales : ils peuvent être utilisés pour projeter le feu nucléaire français mais aussi être armés pour effectués des missions de combat classiques avec des munitions conventionnelles.

Pour terminer, cet exercice n'a aucun lien avec la guerre en Ukraine : les opérations Poker sont organisées quatre fois par ans, et la date même de cet exercice était connue depuis le 24 novembre, date d'émission du NOTAM (disponible ci-dessous).

media-20406.pdf
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Gaétan Powis

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