Topaze : la chasse française prête à intervenir dès « ce soir »
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Jean-Marc Tanguy
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Jean-Marc Tanguy
« Ouuuuuuuuga », le vrombissement caractéristique des réacteurs M88 monte crescendo. En quelques minutes, les cinq Rafale sont au roulage, prêts à prendre la piste principale de la base aérienne 120 « Commandant Marzac » de Cazaux (Gironde). Sous quatre des cinq appareils, la même configuration de haute intensité se répète : deux maquettes (réalistes) de missiles de croisière Scalp EG, deux Mica IR (avec des autodirecteurs authentiques) et deux Meteor. De quoi ouvrir un chemin au raid Rafale que le général de brigade Pierre Gaudillière a demandé à un jeune capitaine de préparer, dans le cadre de l’exercice Topaze.
Ce jeudi 29 janvier, la base aérienne de Cazaux vit déjà son deuxième départ de raid Scalp-EG, alors que les avions ne sont arrivés que dans l'après-midi du mardi précédent, en provenance de la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan. Le commandant la brigade aérienne de l'aviation de chasse (COMBAAC) avait donné sept heures à ses aviateurs pour se disperser, en préalable à une « frappe de rétorsion » avec 8 missiles de croisière Scalp-EG.
« Il était 8h, j'étais en train d'écrire des mails à l'escadron et le chef ops nous a convoqué en salle d'opérations, raconte ce capitaine, chef de raid Scalp et pilote au régiment de chasse 2/30 Normandie-Niemen. Il nous a appris qu'on avait jusqu'à 15 heures pour quitter la base pour un autre site que l'on nous communiquerait en temps et en heure. J'ai préparé un petit sac pour trois jours, et j'ai quitté la base avec mon Rafale. Ce n'est qu'au roulage que le commandement de la 30e escadre m'a appris que je devais rejoindre la base aérienne 120. »
La « 30 » était en ambiance depuis quelques jours, mais les pilotes imaginaient une « sorte de test », pas forcément ce French ACE (dispersion en mode léger) qui s'inscrit dans une série d'exercices, lancée par la BAAC depuis un an et demi. Toutes les escadres de chasse y ont eu droit, comme menant ou comme concourant. Même la défense aérienne a été mobilisée pour un exercice thématique Saphir, durant lequel « tous les industriels, dont Eurosam, ont joué le jeu pour permettre la disponibilité maximale des lanceurs » apprécie le général Gaudillière. Un de ses artilleurs sol-air, que nous avons pu contacter à l'époque, nous a livré les ressorts du succès de la manœuvre : une mobilisation inédite des industriels, effectivement, mais aussi celle des artilleurs de escadrons de défense sol-air, particulièrement engagés ces dernières années au Proche et Moyen Orient, en Afrique et même sur le territoire national. Il n'y avait jamais eu un tel niveau de disponibilité sur les Crotale-NG, Mamba (Aster 30) et VL-Mica. Un artilleur sol-air témoigne à propos de son chef : « Il vient régulièrement nous voir. La défense sol-air n'était pas sa spécialité, comme chasseur, mais il a appris très vite. »