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Biden autorise l'Ukraine à tirer des missiles longue portée en Russie... ou presque !

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 17 novembre 2024 à 23:27

Tir d'un missile ATACMS dans le White Sands Missile Range (USA) par un M270 MLRS (14 décembre 2021).

Tir d'un missile ATACMS dans le White Sands Missile Range (USA) par un M270 MLRS (14 décembre 2021).

US Army

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Le président américain Joe Biden a annoncé que l’Ukraine pouvait désormais utiliser les missiles ATACMS en Russie. Cependant, l’autorisation semble restreinte à une zone spécifique. À voir si elle concerne également d’autres munitions à longue portée livrées par les États-Unis mais aussi d’autres pays, tels que les missiles SCALP-EG/Storm Shadow, respectivement livrés par la France et le Royaume-Uni à l’Ukraine ?

Des frappes en Russie...

Ce dimanche 17 novembre, l'Associated Press a annoncé que Joe Biden, président des États-Unis, a autorisé l'Ukraine à utiliser les armes à longue portée fournies par les États-Unis dans le cadre de frappes en Russie. Précédemment, les Forces armées ukrainiennes étaient limitées à des frappes en Russie mais proche de la frontière avec l'Ukraine. Désormais, d'après les sources anonymes de l'AP, les missiles balistiques courte portée (SRBM) Army TACtical Missile System, plus connus sous l’acronyme ATACMS, pourront donc frapper des cibles bien plus éloignées de cette zone frontalière.

... mais pas partout !

Mais cette décision en cache une autre ; alors que de nombreux médias publient des cartes de cibles potentielles en Russie, le New York Times annonce :

"Les responsables ont déclaré que les Ukrainiens utiliseraient probablement les missiles en premier lieu contre les [militaires] russes et nord-coréens qui menacent les forces ukrainiennes dans [l'oblast] de Koursk, Mr. Biden pourrait les autoriser à utiliser ces armes autre part."

La fin de cette déclaration est très importante car elle annonce donc indirectement que le Président américain autoriserait uniquement ces frappes en Russie et à longue portée... autour des positions ukrainiennes dans le seul oblast de Koursk. Alors bien évidemment, les sources du New York Times annoncent des possibilités de frappes en dehors de l'oblast mais uniquement sous l'autorisation du président Biden. Cependant, cela n'autorise donc pas, pour l'instant, ces frappes longue portée 'partout en Russie'.

Dans tous les cas, c'est à nouveau une ligne rouge annoncée par les soutiens de l'Ukraine qui est franchie : précédemment il était hors de question de fournir des avions de combat F-16AM Fighting Falcon, des missiles de croisière longue portée, des missiles balistiques,... et à chaque fois, avec un peu de temps, ces lignes rouges ont été franchies. À noter que ces lignes rouges ont été tracées par les mêmes pays qui les ont annoncées. C'est aussi une nouvelle fois la démonstration que l'autorisation arrive bien trop tard, après plus de 2,5 ans de guerre et avec à nouveau, une limitation non pas en nombre de F-16 ou de missiles fournis, mais à minima, sur les zones pouvant être frappées, à savoir, l'oblast de Koursk.

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Des restrictions déjà en place

Il faut noter que les armes, livrées ou non par les États-Unis et disposant d'une portée et d'une certaine précision, sont à chaque fois utilisées par les Forces armées ukrainiennes avec des restrictions d'emploi. Aucune annonce officielle ne vient confirmer ces restrictions mais les différentes utilisations filmées permettent d'en connaitre deux.

La première règle autoriserait l'utilisation de ces armes uniquement dans le cadre de frappes sur des cibles militaires. Cela peut paraitre logique, avec par exemple les frappes de missiles de croisière SCALP-EG/Storm Shadow sur le quartier général de la Flotte russe de la mer Noire, sur un sous-marin et un navire de débarquement à Sébastopol ou encore une frappe d'ATACMS sur l'épave de ce même sous-marin. Toutefois, cette règle comprend aussi des objectifs qui, à première vue, ne sont pas militaires. Ce fut notamment le cas en août 2023, lorsqu'une partie des ponts routiers et ferroviaires entre la Crimée et l'Ukraine ont été détruits par des frappes de SCALP-EG/Storm Shadow. En effet, ces ponts, utilisés par les civils, étaient aussi et surtout utilisés par la logistique des Forces armées russes afin de soutenir les différentes unités déployées dans le sud et le sud-ouest de l'Ukraine.

Liaisons routières et ferroviaires entre l'Ukraine et la Crimée au 1er août 2023.
Liaisons routières et ferroviaires entre l'Ukraine et la Crimée au 1er août 2023. (Crédits : Air&Cosmos, Google Earth)

Au niveau de la deuxième règle, elle limite la première au niveau de certaines cibles spécifiques. En effet, alors que des cibles militaires peuvent être frappées, certaines sont totalement intouchables. Pour rester sur les ponts, un de ceux-ci est hautement stratégique : il s'agit du pont de Crimée, un ouvrage comprenant un pont ferroviaire et un pont routier. Sans ce véritable cordon ombilical, la Crimée n'est reliée à la Russie uniquement via quelques navires... ou par un énorme détour par le sud de l'Ukraine. Or, les bombardiers tactiques Su-24 Fencer ukrainiens équipés de missiles de croisière SCALP-EG/Storm Shadow, peuvent frapper ce pont depuis les lignes ukrainiennes. La confirmation a été apportée par les Ukrainiens eux-mêmes, lorsque la corvette Askold avait été frappée coup sur coup par deux de ces missiles. Celle-ci se trouvait alors à quai, dans la base navale de Zaliv à seulement 8 kilomètres au sud des ponts de Crimée. Toutefois, il semblerait que la valeur stratégique de ce pont empêche les militaires ukrainiens de disposer de la précieuse autorisation pour frapper cet ouvrage.

Missile de croisière courte portée air-sol SCALP-EG français sous l'aile d'un bombardier ukrainien Su-24 Fencer.
Missile de croisière courte portée air-sol SCALP-EG français sous l'aile d'un bombardier ukrainien Su-24 Fencer. (Crédits : @ZelenskyyUa)

Juste de l'ATACMS ?

À voir si cette autorisation concerne uniquement les SRBM ATACMS ou d'autres systèmes longue portée fournis par les États-Unis. En effet, les Forces armées ukrainiennes ont reçu de nombreuses munitions américaines d'une certaine portée :

  • missile anti-radar AGM-88 HARM
  • missile balistique courte portée ATACMS, dans sa version M39 Block I (sous-munitions) d'une portée supérieure à 160 kilomètres. Une version similaire mais à plus longue portée (300 kilomètres) se trouve peut-être en Ukraine mais il n'est pas possible de confirmer avec une image cette livraison.
  • bombe planante Joint Direct Attack Munition-Extended Range (JDAM-ER), larguée depuis les avions de combat ukrainiens et capable de planer sur 72 kilomètres (diminue en fonction de l'altitude et de la vitesse de largage).
  • bombe planante GBU-39B Small Diameter Bomb, notamment aperçues sous un avion de combat MiG-29 Fulcrum ukrainien et pouvant planer sur plus de 111 kilomètres (diminue en fonction de l'altitude et de la vitesse de largage).
  • bombe planante Ground-Launch Small Diameter Bomb (GLSDB), la version de la SDB mais tirée en sol-sol, depuis des lance-roquettes multiples M142 HIMARS ou M240 MLRS et d'une portée de 150 kilomètres.

À noter que les frappes à longue portée demandent par définition, un certain temps avant de déclencher le tir : il faut localiser la cible, faire remonter l'information aux centres de commandement, autoriser la frappe et éventuellement demander l'autorisation au pays ayant livré l'arme à longue portée, déployer le système capable de lancer la munition en question... et enfin, tirer la munition vers sa cible. Il est donc totalement impensable d'utiliser ces armes - en Russie ou même sur les zones occupées par les Forces russes en Ukraine - sur des systèmes mobiles. En fonction de la charge emportée, ces systèmes cibleront donc des cibles faiblement mobiles ou des installations. En dehors des missiles anti-radars, il faut donc s'attendre à des frappes sur des bases aériennes, postes de commandement, regroupement de troupes, dépôts de munitions... D'ailleurs, la première frappe confirmée d'ATACMS avait vu pas moins de 21 hélicoptères de différents modèles endommagés ou détruits sur les aéroports de Louhansk et Berdyansk. Le 23 juin dernier, une frappe de ces mêmes missiles avait vu la destruction d'installations d'un centre spatial russe en Crimée.

Beaucoup d'inconnues

Cette annonce concerne uniquement des systèmes américains mais le Royaume-Uni avait par exemple annoncé refuser toute autorisation à l'Ukraine de frappe longue portée en Russie afin de suivre la ligne américaine. La France n'avait pas annoncé de décision similaire mais le fait est qu'aucun Storm Shadow (anglais) ou SCALP-EG (français) n'a frappé une cible en Russie et ce, à longue distance de la frontière avec l'Ukraine. À voir donc si cette décision en provenance de la Maison-Blanche va 'libérer' ces missiles sur la Russie, que ce soit dans la région de Koursk ou bien plus loin ?

Cette annonce ouvre ainsi de nombreuses questions : est-ce que la décision entrainera uniquement une utilisation des ATACMS, d'autres munitions américaines ou encore des munitions similaires mais en provenance d'autres pays ? Ces utilisations seront-elles limitées uniquement à Koursk ? Est-ce que des cibles militaires seront privilégiées et dans quel but ?... Encore une fois, les réponses à ces nombreuses proviendront peut-être d'éventuelles annonces officielles mais aussi et surtout, du terrain grâce aux informations disponibles en sources ouvertes (OSINT).

Gaétan Powis

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