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Il y a 35 ans, la sonde européenne Giotto avait rendez-vous avec la comète de Halley

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 17 mars 2021 à 16:57

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

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Les 13 et 14 mars 1986, la sonde européenne Giotto réalisait une grande première astronautique : frôler la mythique comète de Halley.

La Terre croise plus ou moins régulièrement des comètes. L’une des plus célèbres est la comète de Halley, qui passe près de notre monde tous les 76 ans. C’est le scientifique et astronome britannique Edmond Halley (1656-1742) qui, en s’appuyant sur les calculs de Newton, détermine en 1705 sa périodicité. Depuis la plus haute Antiquité, les comètes suscitent peurs et angoisses, mais aussi de la curiosité…

Le passage de 1910

Quelques mois avant le passage près de la Terre de la comète de Halley de mai 1910, le grand astronome français Camille Flammarion écrit : « Nous pouvons avouer que nous ignorons la forme que le destin nous réserve pour le mois de mai prochain. L’empoisonnement de l’humanité par des gaz délétères est possible, quoiqu’improbable. Sans doute, si l’oxygène de l’atmosphère venait à se combiner avec l’hydrogène de la queue cométaire, ce serait l’étouffement général à bref délai. Si au contraire, c’était une diminution de l’azote, une sensation inattendue d’activité physique serait éprouvée par tous les cerveaux, et la race humaine périrait dans un paroxysme de joie, de délire et de folie universelle, probablement, au fond, très enchantée de son sort (…) ». Ce genre de propos n’était alors pas pour rassurer… Bien que la communauté scientifique ne soit pas affolée, la presse en revanche laisse transparaître l’inquiétude, jouant sur les peurs ancestrales. Ainsi, le 16 octobre 1909, Cosmos titre « La frayeur populaire et la comète de Halley » ; le supplément littéraire illustré du Petit Parisien du 15 mai 1910 se demande si la comète ne provoquera pas l’apocalypse avec, en « une », un superbe dessin montrant des Parisiens sur les toits attendant, inquiets, l’arrivée de la comète…

Le rendez-vous de 1986

Quelques décennies plus tard, les technologies spatiales ayant fait leur apparition, il devient alors envisageable d’engager une mission spatiale robotique pour étudier de près la célèbre comète qui sera alors à portée de sonde en mars 1986. Toutefois, une mission de cette nature se prépare des années à l’avance. Dès la fin des années 60, la NASA américaine envisage une mission spatiale dédiée à la comète de Halley. En 1973, l’agence spatiale européenne (ESRO, puis ESA) songe également à engager une action. Les deux agences regroupent alors leur projet pour une International Comet Mission (ICM). Toutefois, le coût de développement des navettes spatiales contraint la NASA à annuler son projet, au grand dam des Européens qui décident de poursuivre l’aventure.

Le programme Giotto

En juillet 1980, l’ESA approuve le projet d’exploration de la comète de Halley. En 1981, dix instruments scientifiques sont retenus : un système imageur, un détecteur d’impact de poussières, trois spectromètres de masse (pour l’étude des atomes, ions et poussières dans la chevelure), deux analyseurs de plasma, une sonde optique (pour l’étude des propriétés optiques des gaz et des poussières), un magnétomètre et un compteur de particules énergétique. Les instruments sont construits par des laboratoires allemands, anglais, suisse, français et irlandais, sous la maîtrise d’œuvre de British Aerospace.

D’une forme cylindrique de 2,96 m de haut et 1,82 m de diamètre, la sonde a une masse totale de 960 kg (59 kg pour les instruments). Outre les instruments scientifiques, elle embarque également des sous-systèmes vitaux pour la faire fonctionner, ainsi qu’une antenne à haut gain pour transmettre les données. La sonde reçoit un nom à la hauteur de l’événement : elle est baptisée « Giotto » en l’honneur du peintre florentin Giotto di Bondone (1267-1337) qui a peint vers 1304 une comète sur une de ses fresques (l’adoration des mages, chapelle des Scrovegni de Padoue).

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A l’assaut de la comète

Giotto n’est pas la seule sonde qui part étudier la comète. Alors que deux Venera soviétiques sont prévues pour explorer Vénus (avec une coopération française), il apparaît dès 1980 aux responsables qu’après avoir largué atterrisseurs et ballons-sondes, les orbiteurs pourront survoler la comète neuf mois plus tard, à des distances comprises entre 3 000 et 9 000 km. Renommés Vega, ces engins joueront ainsi le rôle « d’éclaireurs » permettant de préciser à Giotto où se trouve exactement le noyau dans la chevelure. Le Japon s’implique également en construisant les sondes Sakigake et Suisei (qui n’approcheront cependant la comète respectivement qu’à 10 000 et 200 000 km). De tous les engins, seul Giotto est appelé à frôler la comète à quelques centaines de kilomètres. Consciente d’avoir finalement raté l’événement, la NASA « détourne » une de ses sondes, ISEE-3, pour collecter des informations (à 8 000 km de distance).

Après Vega 1 et 2 (15, 21 décembre 1984) et Sakigake (8 janvier 1985), Giotto décolle à son tour le 2 juillet 1985 depuis Kourou, à l’aide du dernier exemplaire Ariane 1. Pour son quatorzième vol, le lanceur européen effectue à cette occasion sa première mission scientifique.

Une rencontre sous le projecteur médiatique

Comme en 1910, les médias sont particulièrement attentifs au retour de la comète de Halley, de même qu’aux différents vaisseaux spatiaux qui lui sont dédiés. Libération titre ainsi en « une » et en gros caractères le 15 décembre 1984, lors du lancement de Vega 1 : « Aujourd’hui, départ d’une sonde à destination de la comète de Halley. OUVERTURE DE LA CHASSE A LA COMETE ». Si les peurs manifestées en 1910 à l’égard de la comète ne sont plus aussi démesurées, il n’en reste pas moins quelques inquiétudes et interrogations, comme s’en amuse Le Parisien libéré le 8 novembre 1985 en titrant : « QUI A PEUR DE LA COMETE ? ».

Dans la nuit du 13 au 14 mars 1986, à 149 millions de kilomètres de la Terre, Giotto traverse la queue de la comète et frôle le noyau à une distance d’environ 590 km. Le rendez-vous est particulièrement suivi par les médias, une soirée spéciale est par exemple organisée à la Villette, comme l’annonce France Soir dans son édition du 13 mars. Tous les quotidiens et la plupart des hebdomadaires et des mensuels évoquent l’événement, y compris des publications humoristiques comme Hara Kiri... Quoi qu’il en soit, les médias sont tous sensibles à la dimension historique de la mission, comme Ciel & espace de mars qui titre : « Comète de Halley. 4 sondes à la rencontre de l’histoire ».

Des résultats et des premières spectaculaires

Giotto dépasse toutes les espérances. La sonde permet d’obtenir des images saisissantes (et émouvantes) du noyau cométaire, dévoilant même des aspects morphologiques. Les données collectées révèlent une chimie complexe qui se développe dans la chevelure, avec la présence importante de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote. Enfin, elle permet de déterminer la composition des poussières et d’en savoir plus sur les interactions de la comète avec le vent solaire.

Avec Giotto, l’Europe venait ainsi de réaliser sa première mission dans l’espace profond et ouvrait la voie à d’autres belles missions, comme celle de Rosetta.

Quelques références

- Un article : « Rencontre probable de la comète de Halley avec la Terre », Camille Flammarion, in l’Astronomie, Bulletin de la Société astronomique de France, janvier 1910.

- Un ouvrage : L’exploration cométaire. De l’Antiquité à Rosetta, Janet Borg et Anny-Chantal Levasseur-Regourd, Nouveau monde, Paris, 2018.

- Le film du survol de la comète par la sonde Giotto, Max-Planck-Institut für Sonnensystemforschung, ESA, 1986-2011 :

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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