Matinales du CEPS : l'espace est-il à vendre ?
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Avec le New Space, qui a baissé la barrière d’accès au spatial, les activités spatiales connaissent depuis quelques années un engouement inédit, attirant de nouveaux acteurs provenant de différents secteurs, en particulier les Gafam (Google/Alphabet, Apple, Facebook/Meta, Amazon et Microsoft), mais aussi les jeunes entrepreneurs, dont les startups proposent de nouveaux services en observation de la Terre, télécommunications ou surveillance. De nouveaux modèles économiques se mettent en place, tandis que s’effectuent une transition numérique et une accélération du développement des nouvelles technologies. Au-delà des problématiques réglementaires (comment gérer une augmentation du trafic spatial ?), se posent également différentes questions : l’espace est-il un moteur d’innovation, qui peut y avoir accès, cet accès est-il libre, l’espace est-il à vendre, combien et à qui, comment l’Europe peut-elle réagir, avec quels acteurs et quels moyens ? C’est vers Géraldine Naja que le Centre d’étude et de prospective stratégique s’est tourné le 10 janvier pour y répondre. Polytechnicienne, diplômée de Sciences Politiques et de l’école d’ingénieur Ensta, Géraldine Naja a dirigé durant plus de neuf ans le bureau des Relations avec l’Union européenne de l'Agence spatiale européenne, avant d’être conseillère senior à la direction des lanceurs. Depuis mars 2021, elle est directrice de la commercialisation, de l'industrialisation et de l'approvisionnement de l’ESA. Son parcours lui a permis de vivre « des changements fondamentaux ».
Sans remonter aux débuts de sa carrière, il y a trente ans, Géraldine Naja constate qu’au cours des vingt dernières années, le nombre de pays actifs dans le domaine spatial à travers le monde est passé d’une trentaine à 85. L’activité commerciale, qui concernait au départ essentiellement les lanceurs et les satellites de télécommunications géostationnaires, touche désormais tous les domaines du secteur, y compris l’exploration, qui était au départ du ressort des institutions publiques. En Europe, c’est aussi l’Union européenne qui est apparue comme un acteur majeur du spatial, tout comme se sont multipliés les acteurs privés. Le New Space, apparu il y a quinze ans en Europe, fait aujourd’hui non seulement la une des journaux, mais concerne la majorité des lancements et des satellites : « Ce n’est pas un épiphénomène, considère Géraldine Naja. Ceci dit, on reste encore dans des schémas traditionnels puisque les budgets spatiaux publics proviennent à 98 % des puissances spatiales établies : Etats-Unis, Russie, Chine, Europe, Inde et Japon. Les 2 % restants concernent les puissances spatiales dites émergentes : Amérique latine, Moyen-Orient et Afrique ». Ces budgets publics spatiaux en 2020 s’élevaient pour le monde entier à environ 76 Md€ et, fait assez significatif, ils ont augmenté de 8 à 10 % malgré la situation sanitaire et économique. Ils restent donc assez soutenus, associés à des questions de défense, à des programmes civils assez larges et des ambitions d’exploration –certains servent parfois à alimenter le secteur privé, à l’image des contrats Nasa passés à SpaceX. Avec environ 11 Md€ par an, l’Europe représente, de manière assez stable, 15 % de ces budgets publics.