Matinales du CEPS : le spatial face aux risques d’encombrement et de pollution
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ESA
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La matinale organisée le 15 mars par le Centre d'étude et de prospective stratégique (CEPS) était organisée autour du thème faiblement mis en avant, mais néanmoins stratégique : face à la multiplication des débris spatiaux et à la montée en puissance exponentielle des constellations de satellites, ne court-on pas le risque de polluer l’espace ? Avec quelles conséquences sur la survie des objets spatiaux ? Etait invité à y répondre l’entrepreneur Julien Cantegreil, homme de lettres et de droit qui, après deux ans d’observation en Californie, a fondé en 2018 à Paris SpaceAble, une entreprise spécialisée dans la connaissance et la surveillance des risques humains et naturels sur orbite basse, dite SSA (Space Situational Awareness). A ce moment, le marché des constellations n’était pas encore installé, celui du SSA était un marché institutionnel fermé, de quelques millions d’euros, sans plateformes privées de données, tandis que l’écosystème spatial français était « intégralement hermétique aux startups ».
A l’évidence, pour Julien Cantegreil, la croissance du nombre des satellites sur orbite basse engendre bien un risque de pollution de l’espace. Avec un recul temporel, trois dates s’imposent dans le développement des activités spatiales depuis leurs débuts, en 1957. Au départ, on assiste à un espace très structuré par les Etats, avec assez peu de missions (parfois commerciales, comme Early Bird). En 2002, on passe ensuite à une dynamique de coût, avec l’avènement des startups et au premier rang desquelles SpaceX, qui s’est répercutée partout : les microlanceurs, les nanosats, la propulsion, les services orbitaux... En 2010 enfin, c’est l’investissement de Bessemer Venture Skybox Imaging, et le financement complètement privé d’une constellation pour l’observation de la Terre. A partir de là, les constellations se sont essentiellement développées via des startups : PayPal a permis SpaceX qui a permis Starlink, Amazon a permis Kuiper, Google dans WorldVu a permis OneWeb, Planet, Spire… Ces startups représentent aujourd’hui pratiquement 85 % des lancements orbitaux, tandis que le nombre de satellites autour de la Terre devrait être multiplié par 200 entre 2010 et 2030, et que le nombre de projets de service sur orbite devrait se démultiplier – chez Airbus Defence and Space, Northrop Grumman ou Maxar). Ainsi, d’ici dix ans, Julien Cantegreil s’attend à voir un espace qui sera « pluri-capacités, pluri-missions, multi-orbites (LEO, MEO, GEO et éventuellement cis-lunaire), complètement dual, avec des niveaux de performance extrêmement différents selon les acteurs : c’est une Terre parallèle (Twin Earth) qui est en train d’être créée, avec des infrastructures critiques pour opérer notre planète. C’est à ce monde qui arrive, au-delà de 2030, qu’il faut penser, et tout simplement s’y préparer ».