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Il y a 30 ans, les Sud-Coréens faisaient leur premier pas dans l’espace (1/2)

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 01 septembre 2022 à 05:00

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KARI

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A l’été 1992, une Ariane lançait Kitsat 1, surnommé Uribyol (« Notre étoile »), le premier satellite artificiel de la Corée du sud.

Partie 1 – Des origines aux premiers acteurs

Traumatisées par la guerre d’invasion nord-coréenne communiste (1950-53), les autorités sud-coréennes n’ont eu de cesse de vouloir acquérir et maîtriser tout système d’arme leur permettant d’assurer la sécurité du territoire, à commencer par les engins-fusées.

Les premières études de fusée

Dans un premier temps, malgré la protection américaine, le premier président Syngman Rhee (1948-1960) souhaite que son pays acquiert les éléments de base scientifique et technologique nécessaire à la réalisation de missiles guidés. Pour cela, il met en place en 1956 le National Defense Scientific Research Institute (NDSRI) et dont les spécialistes, motivés par les premiers Spoutnik soviétiques, mettent au point en 1958 les premières fusées sud-coréennes (à propergol solide) à un (005-ho), deux (67-ho) et même trois étages (556-ho). Cette dernière, d’une longueur de 3,1 m, vole jusqu’à une distance de 81 km à l’altitude maximale de 42 km (avec une charge utile de 1,2 kg). Fort de ce succès, le NDSRI envisage construire des fusées à propergols liquides. Cependant, à partir d’avril 1960, le pays s’enfonce dans une crise politique aboutissant au coup d’état du 16 mai 1961 de Park Chung-he. Le nouvel homme fort donne alors la priorité au développement industriel de son pays afin de rattraper le retard par rapport au Nord. Les Américains soutiennent l’initiative mais à la condition que la Corée reste dépendante des Etats-Unis au niveau militaire. Le NDSRI est sacrifié…

A la fin des années 60, Park Chung-he se met à douter de la fiabilité de l’allié américain en cas d’un nouveau conflit, d’autant plus que l’aide militaire risque de diminuer. Cela l’amène à mettre notamment en place le 6 août 1970 l’Agence de développement de la Défense (ADD), pour engager des recherches devant aboutir à de nouveaux systèmes d’arme, équipements et matériels. Un programme de missile sol-sol est lancé en utilisant des technologies américaines (propulseurs, systèmes de guidage, etc.). Si les travaux aboutissent en 1978 au missile NHK-1 / Paekkom, ceux-ci jettent également les bases industrielles et technologiques fort utiles lors du développement des fusées-sondes et même du premier lanceur national une vingtaine d’années plus tard…

Priorité au développement économique

L’action de Park Chung-hee ne se cantonne pas seulement à la modernisation des armées. Tout au long de sa présidence autoritaire (1962-79), il contribue à transformer la Corée du sud en un nouveau pays industrialisé. Il soutient l’essor de chaebols et de pôles de haute technologie, comme la Daedeok Science Town (aujourd’hui Daedeok Innopolis). Situé à 150 km au sud de Séoul, ce pôle regroupe de nombreux laboratoires privés et instituts de recherche d’Etat, comme celui du Korean Advanced Institute of Science and Technology (Kaist) – l’une des plus importantes universités sud-coréennes.

Après l’assassinat de Park Chung-he en 1979, Chun Doohwan prend le pouvoir par un coup d’état. Le nouvel homme fort décide la suspension des programmes de missile de l’ADD pour ne pas nuire aux relations américano-sud-coréennes, paralysant momentanément les études de fusée. Toutefois, à la fin des années 80, face à l’évolution de la politique américaine - qui envisage de se désengager de la Corée - et à la menace terroriste nord-coréenne, l’ADD est remise en place (1988).

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1987, un tournant dans le spatial sud-coréen

Jusqu’alors ne prime que la sécurité nationale avec l’éventuel développement de missiles. Mais, lors de l’attribution en 1981 des Jeux olympiques à Séoul (pour 1988), l’idée d’avoir des satellites de communication pour la diffusion des jeux apparaît indispensable. N’ayant cependant ni les moyens technologiques, ni le budget, la Corée du sud est contrainte de louer des satellites au consortium Intelsat… Cette frustration fait bouger les lignes et le spatial devient un enjeu. Ainsi, en décembre 1987, le gouvernement fait passer une loi pour favoriser les initiatives en faveur du développement des technologies spatiales. Trois acteurs émergent et vont jouer un rôle clé dans l’essor du spatial sud-coréen : l’institut de recherche Kari, l’entreprise industrielle Korean Telecom (KT), et l’université du Kaist.

Premiers acteurs, premiers programmes

En novembre 1988, le ministre de la Science et de la Technologie propose la création d’une agence aérospatiale : le Korean Aerospace Research Institute (Kari). Si les études militaires restent à l'ADD, les activités aérospatiales civiles sont confiées au Kari, fondé le 10 octobre 1989. Le président Roh Tae-woo, partisan d’un spatial national, déclare : « J'espère que nous pourrons fabriquer un satellite de nos mains et le lancer entre nos mains au cours de ce siècle. » L’objectif premier du Kari est ainsi de créer un environnement favorable au développement d’industries aérospatiales nationales. Concernant le spatial, il s’agit de faire émerger des applications, notamment dans le domaine de l’observation de la Terre, de réaliser les premiers satellites scientifiques et technologiques, mais aussi des fusées-sondes pour acquérir un savoir-faire permettant ensuite de construire un lanceur afin d’assurer à la Corée du sud son indépendance en matière de libre accès à l’espace. Quant à l’entreprise KT, elle est chargée du développement du premier satellite de télécommunication (Koreasat), en coopération avec les Américains qui fournissent le bus (par Martin Marietta / Lockheed Martin) et le lancement (par un Delta 7925 le 5 août 1995).

Toutefois, les débuts du Kari sont difficiles. Au niveau du satellite scientifique, celui-ci doit faire face à une autre proposition qui obtient l’approbation du gouvernement : créé quelques mois avant le Kari à l’initiative des scientifiques du Kaist, le Satellite Technology Research Center (SaTRreC) formule l’idée de commencer par envoyer à l’étranger des ingénieurs en sciences spatiales et ingénierie pour parfaire leur formation, afin de réaliser à moindre coût des petits satellites scientifiques et technologiques devant utiliser des composants miniaturisés (projet Kitsat). Quant au Kari, en lieu et place des satellites scientifiques, il devra se concentrer sur la réalisation du premier satellite d’observation de la Terre (Kompsat).

(A suivre)

Quelques références

- Un ouvrage général : Emerging space powers : The New Space programs of Asia, the Middle East and South America, Brian Harvey, Henk H. F. Smid, Theo Pirard, Springer Paxis, 2010.

- Une étude : National Aspirations, Imagined Futures, and Space Exploration: the Origin and Development of Korean Space Program 1958-2013, de Hyoung Joon An, Georgia Institute of Technology, décembre 2015.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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