Vols habités : des ambitions européennes forcément limitées
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Dessin d’artiste de la capsule Nyx proposée par The Exploration Company.
The Exploration Company
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Dessin d’artiste de la capsule Nyx proposée par The Exploration Company.
The Exploration Company
Lors de la dernière conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne, en novembre 2022, les ministres des Etats membres en charge des questions spatiales ont fait l’impasse sur le développement d’un système de transport spatial habité. Une décision surprenante, d’autant que Josef Aschbacher, le directeur général de l’ESA, était favorable et souhaitait amorcer un programme de vol habité européen. Plusieurs études, dont celle du Cnes, coordonnée par Christophe Bonnal, et celle d’ArianeGroup et du DLR, le Centre aérospatial allemand, montraient qu’un système de transport spatial, s’appuyant sur une capsule rudimentaire et une version adaptée d’Ariane 6 décollant du Centre spatial guyanais, pouvait être réalisé dans des délais très courts, pour un coût raisonnable. Un feu vert donné en 2022 aurait permis de réaliser un vol habité sur orbite basse avant 2030, voire même dès 2028. L’ESA pouvait également compter sur le plaidoyer d’André-Hubert Roussel, alors président d'ArianeGroup, ouvertement en faveur d'un tel programme basé sur des lanceurs réutilisables. Peine perdue, les gouvernements des Etats membres de l’ESA n’ont pas souhaité s’engager dans cette voie. Cependant, la présentation en avril 2023du rapport du groupe consultatif de haut niveau sur l'exploration humaine et robotique de l'espace pour l’Europe (High-Level Advisory Group), qui appelle l’ESA à accroître considérablement son autonomie en matière d’exploration humaine et robotique de l’espace, devrait pousser les gouvernements européens à revoir leur position lors de la conférence ministérielle de 2025, où la place de l’Europe dans les vols habités sera discutée.
Si depuis de nombreuses années l’Europe pourrait parfaitement acquérir une capacité autonome en matière de vols habités, cela n’a jamais été sa priorité, sauf dans les années quatre-vingt avec le projet d’avion spatial Hermes, abandonné en 1992. Aujourd’hui, la situation a changé. Quand on parle de vol habité, il s’agit d’aller sur la Lune, puis de s’aventurer jusqu’à Mars. Mais, même si l’ESA souhaitait se doter d’un programme ambitieux pour la décennie à venir en matière de vols habités, ses moyens financiers limités ne lui offrent guère d’autre choix que de se cantonner à l’orbite basse, siège d'une nouvelle économie à l'activité humaine importante, plutôt que de réaliser des vols lunaires habités au départ de la Terre. Car il faut se rendre à l’évidence : techniquement, l’Europe n’est pas capable d’envoyer ses astronautes vers la Lune. Pour cela, il faudrait un lanceur lourd de type Saturn 5 ou SLS (Space Launch System), avec une masse au décollage d’au moins 2 500 t. Aussi puissante soit-elle, Ariane 6 dans sa version à quatre propulseurs d’appoint n’en est pas capable ; seulement peut-elle faire du cargo à destination de la Lune ou du Gateway, ce qui est déjà très bien. Il y a certes des projets pour améliorer ses performances, avec une capacité d’emport portée à 10 t pour Ariane 62 (avec deux propulseurs d’appoint) et 20 t pour Ariane 64. Mais on est encore loin du compte, surtout que cela pourrait nécessiter de construire un nouveau pas de tir si les propulseurs d’appoint utilisaient des ergols liquides.