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Les télécommunications spatiales au service de la révolution bolivarienne vénézuélienne

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 30 octobre 2023 à 13:13

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Il y a 15 ans, la Chine plaçait sur orbite Venesat 1, ou « Simon Bolivar », premier satellite vénézuélien de télécommunication mis au service de « l’émancipation du peuple ».

Le début du spatial vénézuélien s’inscrit dans les pas de la « révolution bolivarienne », consistant à mettre en place une « démocratie populaire participative » et, dans le même temps, à s’émanciper économiquement du géant américain (notamment dans le secteur énergétique). Initiée au début des années 2000 par Hugo Chavez, celle-ci s’identifie à Simon Bolivar (né à Caracas), émancipateur des populations colonisées (par les Espagnols).

La coopération sino-vénézuélienne

Face aux pressions des Etats-Unis, Hugo Chavez se rapproche de la Chine dès 2001 afin, soulignent les spécialistes des questions politiques latino-américaines Elodie Brun et Victor Mijares, de « constituer un partenaire clef pour la mise en œuvre de la Révolution bolivarienne ». Les deux analystes précisent que « en ce qui concerne la Chine, les ressources financières qu’elle investit au Venezuela sont importantes pour couvrir ses besoins énergétiques et minéraux à long terme ; cela lui permet en outre d’équilibrer la présence américaine (…) ». Quelques années plus tard, en 2007, le régime d’Hugo Chavez se radicalise en érigeant « le socialisme [comme] doctrine d’Etat », l’entraînant peu à peu dans un isolement régional (suspension au sein du Mercosur en 2017) et dans des tensions internationales (en s’opposant notamment au projet de Zone de libre-échange des Amériques porté par les Etats-Unis). De ce fait, Chavez accroît la coopération avec la Chine qui devient un allié et surtout son créancier. Dans les années qui suivent, celle-ci prête 50 milliards de dollars au Venezuela qui rembourse essentiellement… en hydrocarbure.

La coopération ne se limite cependant pas à la question des ressources. Comme elle l’a fait avec le Nigeria en 2004, la Chine propose au Venezuela de lui livrer clé en main un réseau de télécommunication. Le 1er novembre 2005, le Ministère vénézuélien des Sciences et de la Technologie et la China Great Wall Industry Corporation (CGWIC) signent un contrat pour la livraison en orbite du satellite Venesat-1. Pour la Chine, ce contrat est le premier qu’elle signe avec un Etat d’Amérique latine et, pour le Venezuela, le premier projet de coopération spatiale.

Du CEV à l’ABAE

Pour assurer le programme Venesat, le Ministère pour la Science et la Technologie crée le 28 novembre 2005 un Centro Espacial Venezolano (CEV) pour « concevoir, coordonner et exécuter les actions politiques de l’exécutif dans le cadre d’un usage pacifique de l’espace ». Trois domaines d’action sont alors retenus : les télécommunications, l’observation de la Terre et des études géophysiques (champ magnétique, océans, haute atmosphère). Toutefois, voyant rapidement ses compétences et champs d’action élargis (développement de technologies spatiales, formation d’ingénieurs, création de services, établissement de coopérations à l’échelle régionale et internationale, etc.), le CEV mute le 25 octobre 2007 en Agencia Bolivariana para Actividades Espaciales (ABAE)… dépendante directement du président Chavez qui rêve d’exploiter la dimension spatiale pour diffuser sa révolution bolivarienne. Si l’ABAE annonce vouloir développer en priorité les sciences et l’éducation spatiale, la recherche et l’innovation, ainsi que des systèmes spatiaux, en réalité souligne en 2008 le spécialiste Théo Pirard, « l’agence veille [d’abord] à la coopération avec la Chine pour le transfert de la technologie spatiale au Venezuela ».

Le satellite Venesat

Le premier transfert concerne les télécommunications, un domaine vital pour assurer le développement du pays… et la propagande d’Etat dans les barrios (bidonvilles) et les campagnes les plus reculées. La CGWIC se charge de du satellite et de son lancement, mais aussi de l’implantation d’une station de contrôle sur la base Captain Manuel Rios à El Sombrero (Etat de Guarico) à 200 km de Caracas, avec un centre secondaire de secours à Fort Manikuya (Etat de Bolivar) à 515 km au sud-est de la capitale, sans oublier la formation de 90 ingénieurs et techniciens vénézuéliens.

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Venesat est fabriqué par l'Académie chinoise des technologies spatiales (CAST) à partir de sa plate-forme DFH-4. D’une masse totale de 5 050 kg, le satellite est équipé de quatre antennes couvrant l'Amérique du Sud et les Caraïbes, avec 28 répéteurs (14 en bande C, 12 en bande K, 2 en bande Ka). Ces dernières permettent, outre d’assurer des télécommunications modernes (internet haut débit, télévision haute définition, téléphonie portable, etc.), de faire de la télémédecine et de la télé-éducation pour favoriser l’accès à l’ensemble de la population à des services médicaux et éducatifs.

Lancement et portée du « satellite socialiste vénézuélien »

Dans la nuit du 29 au 30 octobre 2008, une fusée chinoise Longue Marche 3B décolle depuis la base de Xichang et place avec succès le satellite Venesat sur une orbite géostationnaire à environ 36 500 km. Une fois à poste, le satellite est communément appelé « Simon Bolivar » et entre en fonction en janvier 2009. Chavez exulte, tout comme une partie des médias clamant que « le Venezuela est désormais dans l’espace ». De son côté, Nuris Orihuela, la ministre vénézuélienne pour la science et la technologie, salue l’avènement du « premier satellite socialiste vénézuélien ». Pour l’Etat, le réseau Venesat est important à quatre niveaux d’échelle. Au niveau local, il touche les communautés indigènes et les zones rurales non reliées par des câbles de fibre optique et n'ayant pas accès à la télévision par câble. Au niveau national, il offre aux armées vénézuéliennes un système de communication efficace pour « assurer l’indépendance et la sécurité de la nation ». Au niveau régional, il offre des opportunités : ainsi, dès le 14 mars 2007, un accord bilatéral est signé avec l’Uruguay le 14 mars 2007, permettant à ce pays de disposer de 10% de la capacité du satellite. Enfin, il établit « une infrastructure de communication par satellite indépendante des grands opérateurs privés à l'échelle mondiale ».

Toutefois Venesat 1, qui devait fonctionner au moins jusqu’en 2024 (année où le relais devait être assuré par Venesat 2), tombe en panne en mars 2020, laissant le Venezuela dans l’expectative mais pouvant néanmoins compter sur son réseau filaire (qui s’est étoffé ces dernières années), ainsi que sur l’opérateur… américain Intelsat. Quant à la Chine, elle utilise désormais le domaine spatial dans sa politique internationale : en fournissant des systèmes clés en main, elle développe des ensembles régionaux qui lui sont favorables, exerçant son influence dans le « Sud Global ».

Quelques références

- Un article : « Venezuela : premier satellite lancé par la Chine », Théo Pirard, in Air et Cosmos, n°2146, 7 novembre 2008.

- Deux études : « Envers et contre l’Occident : les ressorts de la relation stratégique entre la Chine et le Venezuela », Elodie Brun et Victor Mijares, in Annuaire français de relations internationales, 2021 ; « Analyse comparée de la stratégie spatiale des pays émergents : Brésil, Inde, Chine », Florence Gaillard-Sborowsky, Emmanuel Puig et Isabelle Sourbès-Verger, in Rapport n°15 de la Fondation pour la recherche stratégique, 9 janvier 2012.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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