Séquence passion : Un Français sur le New Shepard
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Blue Origin
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Blue Origin
Sylvain Chiron a l’air d’un homme comblé. La barbe courte, une discrète casquette noire Blue Origin visée sur le crâne et une chemise en jean sur les épaules, il arrive au musée de l’Air et de l’Espace – qu’il connaît par cœur – avec un large sourire et une bonne humeur qu’il ne va jamais quitter. Il monte avec entrain sur la scène de l’auditorium, et salue avec panache la soixantaine d’étudiants européens réunis devant lui : « OK, hello everybody! ». Sa conférence – dans un très bon anglais –, pleine d’anecdotes mais aussi d’humour et d’autodérision, va durer près d’une heure, captivant l’assemblée.
Né en 1970 dans les Alpes, Sylvain Chiron se présente tout d’abord comme un passionné de l’air et de l’espace, lui qui a obtenu son brevet de pilote à 16 ans et passé plusieurs étés en Floride pour assister à des décollages de la navette spatiale. Durant son service militaire, il a été moniteur de ski pour les pilotes de l'Armée de l’Air française et de l’Otan. Il a ensuite suivi un MBA international à l'Université de Tempel (où il a fait la découverte des bières IPA), puis a fait des études de commerce à Tokyo. De retour en France dans les années 2000, il a créé la Brasserie du Mont-Blanc à la Motte-Servolex, en Savoie, où il vit aujourd’hui avec sa famille. Le chef d’entreprise est également philanthrope, impliqué dans des actions éducatives et pour la préservation de l’environnement.
Aux jeunes à qui il s’adresse en anglais, Sylvain Chiron prédit : « Je viens personnellement de vivre un rêve de gosse. Et je suis presque certain que, dans 10 ou 20 ans, vous pourrez vous aussi aller dans l'espace ou au moins vivre vos rêves. En tout cas, vous êtes très chanceux car vous vivez actuellement le début d’une nouvelle ère spatiale, ouverte au secteur privé comme jamais auparavant. J’espère que mon expérience va vous convaincre de croire en votre futur et de vous accrocher à vos rêves… »
Avant d’avoir la possibilité d’effectuer un vol suborbital, l’entrepreneur s’était offert en 2015 un vol de découverte à bord de l’Airbus Zéro g de Novespace. Ce fut pour lui (et son épouse) une (première) « expérience incroyable », vécue en compagnie de l’astronaute Jean-François Clervoy. « Vous pouvez toucher un peu ce qu'est la micropesanteur, et vous vous sentez vraiment très fort », s’amuse-t-il en montrant une photo sur laquelle il soulevait sa compagne avec juste une main. L’étape suivante fut de se porter candidat auprès de de Blue Origin pour embarquer à bord du New Shepard. « J’ai suivi le projet de Blue Origin depuis le début, quand les premiers vols ont démarré en 2015, précise Sylvain Chiron. En juin 2021, Jeff Bezos a proposé les premiers sièges aux enchères, dans le cadre d’une vente de charité. J’ai évidemment fait une offre, mais bien loin des 28 M$ qui ont été adjugés ! J’ai cependant continué à montrer mon intérêt pour voler, jusqu’à ce que Blue Origin reprenne contact avec moi au bout de quelques semaines. Il a alors fallu que je montre à quel point j’étais motivé et que j’avais le bon profil, notamment parce que serait bien d’avoir un Européen sur ce programme. Être en bonne santé, pratiquer régulièrement des sports extrêmes, avoir fait mes études aux États-Unis, ne pas trop mal parler anglais et être impliqué dans des activités aéronautiques m’ont notamment aidé à passer tous les filtres : finalement, au mois d’août, j'ai eu un appel de la part d’Ariane Cornell, la directrice des ventes chez Blue Origin. Elle me proposait de participer au neuvième vol habité du New Shepard. À quel prix ? C’est une information que tous les clients de Blue Origin se sont absolument engagés à ne pas divulguer. Je vous dirai juste que je n’ai connu le prix du billet seulement après la sélection... »