[Tribune libre] Cnes : Demolition Party

Entrée du Centre spatial de Toulouse
Guyblade / Wikipedia CC BY-SA 3.0

Entrée du Centre spatial de Toulouse
Guyblade / Wikipedia CC BY-SA 3.0
« On s’était cru singulier, peut-être n’étions nous qu’en retard », écrivait récemment le philosophe Régis Debray dans « Tout » (Gallimard, avril 2026).
En septembre 2024, lorsqu’il a fallu déménager le siège du Cnes aux Halles pour rénovation, la présidence organisa une « Demolition Party » permettant à chacun, muni d’une masse, de casser son bureau, les cloisons et autres marques d’un passé que certains nostalgiques voyaient comme glorieux. Cette action n’était que la fin d’un long processus qui voit l’État détruire, s’alléger de compétences techniques pour donner le pouvoir aux gestionnaires : qui sait mieux gérer une organisation qu’un entrepreneur ?
Avec une réduction de plus de 20 % de son budget de fonctionnement sur trois ans, le Cnes n’est qu’une victime parmi d’autres, et les Préfets, les diplomates, les organisations scientifiques, la recherche sont victimes d’une même philosophie : le Vieux Monde doit disparaître. Quoi de mieux qu’une startup pour créer le futur ? Qui de mieux qu’un manager pour penser le temps long ?
Alors certes, le monde a changé dans le spatial. D’autres acteurs du New Space sont apparus dans la décennie 2020, les méthodes ont changé, le temps s’est accéléré. Mais comme le spatial reste, pour les investissements, à plus de 85 % dépendant des financements publics, il est bon de garder une expertise. Pour le Cnes, le début du mépris du gouvernement peut être daté du ministère de Geneviève Fioraso, et du choix d’une version controversée pour la future Ariane 6. La Ministre imposa une solution chère et synonyme de subvention d’exploitations, contre l’analyse du Cnes : les industriels ne pouvaient qu’avoir raison face aux réserves du Vieux Monde. Puis vint le transfert de la tutelle du Ministère de la recherche au Ministère de l’économie, avec Bruno le Maire qui pensa que les startups allaient révolutionner le spatial français, et se passa de l’expertise scientifique pour financer des projets « Power Point ». L’État prenait des risques ! Enfin, quand il s’agit de proposer une stratégie spatiale, ce fut le SGDSN qui en fut chargé. Fin de l’histoire pour le Cnes.
Depuis, la réduction de budget sur l’exploration et l’observation de la Terre, où la France reste encore un leader scientifique, les limitations de déplacements pour les grands colloques internationaux, le Cnes n’en finit plus de mourir dans l’indifférence. En termes de communication, le troisième vol de Thomas Pesquet et le Sommet spatial du Président Macron des 9 et 10 septembre prochain peuvent donner le change. Mais se priver de compétences scientifiques et technologiques du Cnes est mortifère. Quand l’Allemagne et l’Italie portent une ambition spatiale européenne, la France semble passer son tour. Dilapidant un héritage que l’Europe nous envie et dont Ariane 64 est le drapeau. Ceux qui ont travaillé au Cnes, et ceux qui admirent son héritage et ses capacités, ne peuvent se résoudre à cet abandon.