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Aeromart Toulouse 2024 : la "supply chain" Airbus à l'heure des défis

Photo de Yann Cochennec

Yann Cochennec

Publié le 30 novembre 2024 à 14:57

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Alors que la convention Aeromart Toulouse se tient dans la Ville rose du 3 au 5 décembre, la question de la montée en cadence de la production aéronautique alimente plus que jamais les débats. Plus contrarié que prévu, le "ramp-up" se heurte en effet à un certain nombre de problématiques rencontrées par la "supply chain", en particulier en Occitanie.

Airbus : un "ramp-up" contrarié

Du 3 au 5 décembre, les allées du Meett, parc des expositions et centre de conventions et de congrès de Toulouse Métropole, bruisseront des échos d'un écosystème aéronautique en pleine effervescence, tiraillé entre les espoirs suscités par la montée en cadence de la production et les difficultés rencontrées par un certain nombre d'acteurs de la "supply chain". 

Pendant trois jours, la Ville rose accueillera Aeromart Toulouse, convention d'affaires internationale des industries aéronautiques et spatiales. Au programme : plus de 4 000 participants venus d'une quarantaine de pays, 1 200 entreprises représentées, quinze délégations internationales et quelque 17 000 rendez-vous BtoB planifiés. Et s'il est un sujet qui alimentera à coup sûr les débats ouverts mais aussi les discussions informelles de la grand-messe toulousaine, c'est bien celui-du "ramp-up". 

En terres airbusiennes, la parole du groupe européen est scrutée à la loupe. Au cours des neuf premiers mois de l’année, Airbus a enregistré 44,5 Md$ de chiffre d'affaires consolidé, en croissance de 5 % en glissement annuel, a-t-il annoncé le 30 octobre dernier. Le groupe toulousain, qui a livré 497 avions commerciaux durant cette période, maintient ses perspectives de livraison d'environ 770 appareils cette année. 

Si l'ambition est forte, le défi industriel l'est tout autant, reconnaît Guillaume Faury, président exécutif du groupe de 145 000 salariés, qui a enregistré 65,4 Md€ de chiffre d'affaires l'an dernier. "Nous nous adaptons en permanence à la complexité et aux évolutions rapides de notre environnement opérationnel, marqué par des incertitudes géopolitiques et par les difficultés spécifiques de notre chaîne d’approvisionnement, qui se sont matérialisées au cours de l’année 2024", indique-t-il. 

Ce dernier place "l’accélération des livraisons d’avions commerciaux" en tête de ses "priorités", au même titre que la transformation de la division Defence and Space du groupe. Ainsi, la montée en cadence de la production d'avions est amenée à se poursuivre. Le programme A220 tend vers l’objectif de quatorze avions assemblés chaque mois à l'horizon 2026, tandis que la famille A320 progresse, elle, vers une production mensuelle de 75 avions par mois en 2027 mais des nouveaux calendriers ne sont pas à exclure.

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Du côté des gros-porteurs, Airbus souhaite stabiliser la production de l’A330 autour de quatre avions par mois. Le groupe, qui vise par ailleurs toujours une cadence de douze A350 par mois en 2028, dit s'employer "activement à résoudre les difficultés spécifiques de la chaîne d’approvisionnement qui pourraient avoir un impact sur la trajectoire de montée en cadence du programme, notamment en 2025".

L'enjeu de la trésorerie

Tout le paradoxe est là. Tandis que les carnets de commande des grands donneurs d'ordre – Airbus en tête – se révèlent historiquement pleins, la "supply chain", en particulier dans une région Occitanie où le secteur aéronautique et spatial fait travailler plus de 83 000 personnes au sein d'un millier d'entreprises, se heurte à un certain nombre de difficultés organisationnelles, industrielles, mais aussi et surtout financières.

"La montée en cadence met en tension toute la filière", résume Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l'Industrie, en visite dans la Ville rose le 18 novembre dernier à l'occasion de la Semaine de l'industrie. "La montée en cadence aéronautique actuelle est très ambitieuse, surtout lorsqu’on la replace dans un contexte marqué par une succession de crises que la supply chain régionale a dû affronter", estime Olivier Renne, responsable du secteur aéronautique à la Dreets Occitanie, qui copilote le Comité stratégique de filière régional aéronautique avec Didier Katzenmayer, directeur aux affaires industrielles d'Airbus Opérations SAS, aux côtés de la Région Occitanie. 

Une analyse partagée par Alexandre Willemont, senior vice-président Aéronautique d’Expleo (19 000 salariés, CA 2023 : 1,4 Md€), prestataire de services global en ingénierie, technologie et conseil qui accompagne les grands noms de la filière. "Tous les acteurs de l’industrie aéronautique savent que le secteur va dans le bon sens à moyen et long terme", assure-t-il. 

"En revanche, la montée en cadence ne se fait pas aussi vite que prévu. Car, en sortie de Covid-19, les entreprises de la supply chain ont eu du mal à retrouver les compétences dont elles avaient besoin, ont eu des difficultés à s’approvisionner en matières premières et aussi à se financer pour investir dans les nouvelles chaînes et nouveaux outils de production nécessaires à la montée en cadence. L’accélération n’est donc pas aussi rapide qu’anticipée". 

Pour Olivier Renne, cela ne fait aucun doute : "L’écosystème régional devrait directement profiter du ramp-up lié notamment au carnet de commande d’Airbus". "Mais pour cela", insiste-t-il, "il faudra qu’il soit accompagné, que les partenaires bancaires suivent et qu’existe une véritable solidarité de filière. Car la situation financière de la supply chain est particulièrement tendue". Et le représentant de l'Etat d'insister sur la pluralité des écueils que l'écosystème occitan doit affronter à l'heure de la montée en cadence. 

Yann Cochennec

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