Océan indien : La reprise reste très fragile
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Il y a quelques jours, la compagnie réunionnaise Air Austral voyait son avenir s'éclaircir un peu. La Commission européenne a en effet donné le mardi 18 janvier son aval à une aide d'un montant de 20 millions d'euros, sous forme d'un prêt garanti par l'Etat, qui avait été initialement annoncée en août 2021. Cette aide vient en complément du prêt d'actionnaires de 25 millions d'euros venue de la région Réunion, que les élus du conseil régional avaient déjà voté et qui avaient le 22 novembre dernier voté une résolution "d'urgence" pour appeler l'Etat à l'aide pour soutenir Air Austral.
Ces deux aides viennent s'ajouter aux déjà nombreuses aides et financement publics dont Air Austral a déjà bénéficié depuis deux ans pour faire face à la crise du transport aérien international liée à la pandémie du Covid-19. La compagnie réunionnaise a ainsi reçu 120 millions d'euros en 2019 et 60 millions d'euros en 2020, sous forme de prêts garantis par l'Etat, de prêt d'actionnaires octroyé par la Région ou d'aide directe.
Les fonds débloqués devraient permettre de mettre en place un plan de restructuration qui devrait être finalisé dans les six mois à venir et qui « garantisse la continuité de son activité sur le long terme ainsi que la pérennité de ses emplois », a annoncé parallèlement la direction de la compagnie réunionnaise. Néanmoins, le conseil régional de la Réunion a déclaré à l’AFP, au moment de l’annonce de la validation de la nouvelle aide financière, qu’il restait « lucide », et s’attendait à ce que la situation d’Air Austral nécessite de la part de l’Etat « d’autres efforts aux moins égaux à ceux consentis notamment pour Air France ». Pour rappel, Air Austral employait à la fin 2021 un total de 848 personnes. Elle est détenue à 99% par une société d’économie mixte qui rassemble notamment la Région Réunion (73,5%), la Caisse des dépôts (13,6%) et le département (11,4%). La compagnie exploite une flotte de dix appareils : trois Boeing 777, deux Boeing 787 Dreamliner, deux Boeing 737 et trois Airbus A220, avec lesquels elle dessert la métropole mais aussi l’Afrique du Sud, Madagascar, Mayotte, Maurice et les Seychelles. La compagnie a bouclé son exercice 2020-2021 (clos le 31 mars 2021) avec une perte nette de 76 millions d’euros et un chiffre d’affaires de en chute de 55% sur un an à 185 millions d’euros. Et elle porte une dette cumulée de 161 millions d’euros, hors prêts d’actionnaires. En août dernier, Corsair et Air Austral avaient annoncé dans un premier temps une coopération commerciale sur la desserte de l’Océan indien, pour améliorer leur rentabilité. Par la suite, bien que Corsair se soit refusé à tout commentaire, des discussions se sont engagées. Et notamment depuis la mi-novembre, un rapprochement voire une fusion entre Corsair et Air Austral est régulièrement évoqué. Le ministre des Comptes publics, Olivier Dussopt, a évoqué ce rapprochement comme étant une "option" sur laquelle il fallait travailler. Pour l'instant, les syndicats d'Air Austral et le président de la région Réunion s'y sont opposés, craignant qu'Air Austral soit pénalisée si la fusion est opérée. Dès l’annonce de la coopération commerciale entre Air Austral et Corsair, la nouvelle président du conseil régional de la Réunion, Huguette Bello, s’inquiétait d’une fusion trop déséquilibrée entre Corsair et Air Austral dans une lettre directement adressée à Emmanuel Macron le 17 août 2021. Selon le site réunionnais Imaz Press Réunion, Huguette Bello écrivait notamment qu’elle déplorait « que les services de l’Etat conditionnent la mobilisation des aides à une restructuration capitalistique d’Air Austral, qui se traduirait sous la forme d’une holding avec Corsair ». Mais cette possibilité devrait vraisemblablement être remise en avant dans le cadre du plan de restructuration. A moins qu’Air Caraïbes ne vienne encore jouer le troisième larron. En effet, à la fin du mois de décembre, Marc Rochet, le directeur général d’Air Caraïbes, a déclaré à l’AFP que la compagnie était elle aussi ouverte à une « coopération commerciale » avec Air Austral. « Mettons les choses sur la table, travaillons de façon rationnelle, que chacun compare ses performances, ses coûts, ses contraintes et peut-être qu’il y a des solutions à trouver, notamment en matière de coopération commerciale, c’est pour ça que nous y sommes ouverts », avait-il alors déclaré sur BFM Business.