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Offensive de Kherson : première étape d'une nouvelle phase de la guerre ?

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 30 août 2022 à 13:40

Trois VBTT YPR-765 et de l'infanterie ukrainienne durant l'une des offensives de Kherson.

Trois VBTT YPR-765 et de l'infanterie ukrainienne durant l'une des offensives de Kherson.

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Depuis la nuit du 28 au 29 août, les combats du côté de Kherson ont repris en intensité. Les Ukrainiens ont utilisé de nombreux moyens pendant la nuit afin de diminuer le front russe à plusieurs endroits. Il ne s'agirait pas d'une offensive générale sur tout le front de Kherson mais plutôt de plusieurs offensives locales ayant réussi à percer les premières lignes russes. Il reste à voir comment la situation va se développer. Par ailleurs, les Ukrainiens ayant détruit les quelques ponts sur le Dniepr aux mains des Russes, afflux en hommes et matériels est très limité.

Une offensive annoncée...

De nombreux analystes, journaux et même officiels ukrainiens avaient annoncé une offensive du côté de Kherson au début de l'été. Les Ukrainiens n'ont cependant pas attaqué durant cette période : le front est resté presque stable, hormis quelques petites avancées et reprises dans les deux camps. La seule opération intéressante des dernières semaines est la destruction des quelques ponts sur le fleuve Dniepr (article sur le sujet). L'afflux logistique était alors assuré par au moins deux ferries et un pont flottant était en construction à côté du pont autoroutier de Kherson.

... désormais confirmée

Depuis la nuit du 28 au 29 août, les deux parties au conflit s'accordent sur une offensive lancée dans la région de Kherson. Les Ukrainiens se réservent un droit de discrétion sur les opérations mais confirment que des actions sont en cours sur le front Sud-Ouest. A l'inverse, l'ancien ministre de la Défense de la république de Donetsk, Igor Girkin, a lui aussi confirmé qu'une offensive ukrainienne était bien en cours. Il atteste également que tous les ponts sur le Dniepr sont hors d'usage et que les militaires sont dépendants des quelques ferries (au moins une barge au pont autoroutier et une seconde au pont ferroviaire).

Cependant, les récentes frappes ukrainiennes des dernières 48 heures ont détruit un ponton permettant le transbordement des véhicules sur l'un des deux ferries (aucune information à propos de l'état du ferry concerné) et le pont flottant, terminé à environ 60 % a partiellement été détruit par une frappe ukrainienne (au vu de la précision, probablement une roquette guidée lancée depuis un M142 HIMARS ou un M270 MLRS). 

De fait, les 20 à 25.000 soldats russes (première ligne mais aussi personnel de soutien divers etc.) présents dans la zone ne disposent pas d'un afflux logistique suffisant pour une guerre de haute intensité, les deux ferries n'étant clairement suffisant pour transporter le matériel (munitions mais aussi nourriture et eau potable) et d'éventuels renforts.

Un coup d’œil par le FIRMS

Les premières informations annonçaient de très nombreux tirs d'artillerie sur les positions russes. Les incendies causés par ces derniers sont d'ailleurs visibles depuis l'espace grâce au FIRMS (acronyme de Fire Information for Resource Management System). La majeure partie des incendies sont localisés sur le flanc Nord des Russes, alors que deux autres zones sont aussi visibles au centre et au Sud de leur dispositif. Une quatrième zone, située sur les bords du golfe de Dniprovs'ka semble aussi se dégager. Toutefois, au vu de son éloignement de la ligne de front et de la complexité à monter une opération amphibie pour les Ukrainiens, il s'agit plus que probablement d'impacts d'artillerie sans aucun mouvement de troupes au sol.

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Les divers incendies laissent apparaitre trois zones d'actions principales pour l'offensive ukrainienne, ainsi qu'une quatrième zone au sud (mais probablement des tirs d'artillerie sans mouvement de troupes).
Les divers incendies laissent apparaitre trois zones d'actions principales pour l'offensive ukrainienne, ainsi qu'une quatrième zone au sud (mais probablement des tirs d'artillerie sans mouvement de troupes). (Crédits : NASA (image FIRMS), Air&Cosmos (analyse))

Sur le terrain

Les autorités ukrainiennes insistent sur la non-publication de vidéos tournées/photos prises dans cette zone. Cependant, certaines vidéos et photos sont parfois publiées. Elles permettent pour l'instant de confirmer la présence d'infanterie et de véhicules blindés transporteurs de troupes YPR-765 (tweet ci-joint). Pour rappel, un YPR-765 est un M113 hollandais amélioré et ont été offerts par les Pays-Bas à l'Ukraine. Un autre tweet démontre également la présence de lance-roquettes multiples mais il est pour l'instant impossible de confirmer le modèle exact. Il y a toutefois une forte probabilité que le système en question soit un (ou plusieurs) M142 HIMARS ou M270 MLRS.

Les moyens aériens utilisés sont inconnus. Les Ukrainiens avaient toutefois annoncé de précédentes missions dans la région, ainsi qu'une récente mission de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD). Aucune image ne permet de confirmer le résultat de ces attaques mais l'étonnante compatibilité des missiles AGM-88 HARM sur les avions de combats ukrainiens MiG-29 permet à l'aviation ukrainienne d'augmenter ses possibilités de soutien pour les troupes au sol en disposant d'une capacité SEAD moderne (plus d'infos ici).

L'artillerie russe n'est pas non plus silencieuse : en dehors des tirs de contrebatterie, des missiles de croisière sol-sol ont été lancés depuis Kherson - ou sa région proche - vers la ville de Mykolaïv. Inversement, des troupes russes se seraient retirées de la ligne de front, créant un trou dans les défenses russes. Le cas d'une unité de mercenaires pro-russe et de troupes parachutistes semble faire le buzz sur internet mais à l'heure où ces lignes sont écrites, ces informations ne sont pas vérifiables et restent hypothétiques.

Quelle importance ?

Conte-offensive majeure ?

Encore une fois, le manque d'images et de vidéos du côté ukrainien ne permet pas de jauger les forces employées. Cependant, en regardant le FIRMS (image ci-dessus) et d'après Oleksiy Arestovych, un conseiller du président ukrainien, il ne s'agit pas d'une offensive majeure sur tout le front de Kherson mais bien de plusieurs offensives à plus petite échelle, lentes et concentrées sur plusieurs zones.

Un intérêt tactique

A termes, si les Ukrainiens peuvent reprendre Kherson, ils pourront réduire la ligne de front en s'appuyant sur le fleuve Dniepr jusque la ville de Zaporijia (la ville est aux mains des Ukrainiens mais la centrale nucléaire, située en dehors de la ville est sous le contrôle des Russes). Cette ville comprend les premiers ponts intacts entre la mer Noire, tous les autres points de passages étant détruits par les roquettes guidées des HIMARS ou MLRS ukrainiens. Ce serait aussi l'occasion pour l'Ukraine de ne plus compter de soldats russes à l'Ouest du Dniepr et de pouvoir redéployer des troupes vers d'autres fronts. Enfin, Kherson étant légèrement dans les terres, la capture de cette zone permettrait aux lance-roquettes de précision de continuer à endommager un peu plus les différentes infrastructures russes. D'ailleurs, à partir de certains points de la rive Ouest du Dniepr, la frontière avec la Crimée serait à portée de ces systèmes mais il existe peu de cibles d'intérêts dans cette zone.

Gaétan Powis

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