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Envoi de troupes en Ukraine : Sébastien Lecornu, ministre des Armées, donne des précisions et temporise l'affolement médiatique

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 28 février 2024 à 17:00

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, lors de la Commission de la défense du 27 février 2024.

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, lors de la Commission de la défense du 27 février 2024.

@SebLecornu

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N2973 ● 05 juin 2026

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Depuis la conférence de presse du Président Emmanuel Macron du 26 février, l’annonce de ce dernier d’un éventuel envoi de troupes de combat en Ukraine à fait le tour des réseaux. Une analyse moins rapide de TOUTES les déclarations sur ce sujet et la précision de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, semble démontrer une toute autre option.

Une conférence stratégique

Le 26 février dernier, sur invitation d'Emmanuel Macron, Président de la République, 27 chefs d'États et de gouvernement se sont entretenus autour d'une table ronde afin d'organiser de nouvelles mesures d'aides militaires à l'Ukraine. Le Président a ensuite tenu une conférence de presse afin de préciser quelques points décidés durant cette conférence.

"[...] Ceci nous a conduit, après une discussion très stratégique et prospective, a nous mettre d'accord sur cinq catégories d'actions, sur lesquelles il y a un consensus pour prendre de nouvelles initiatives :

  • Le cyber-défensif
  • La co-production d'armement, de capacités militaires, de munitions,... en Ukraine.
  • La défense de pays menacés directement par l'offensive russe en Ukraine, en particulier la Moldavie.
  • La capacité de soutenir l'Ukraine à sa frontière avec la Biélorussie avec des forces non-militaires.
  • Et les opérations de déminage.

Sur ces cinq axes, un consensus s'est détaché pour agir ensemble, faire d'avantage, avec une volonté de garder un cadre clair, que je vais ici rappeler en trois points très simples :

  • La Russie ne peut, ni ne doit gagner cette guerre, dont elle est l'unique agresseur et c'est elle qui en a décidé le début et la conduite.
  • La Russie, de fait aujourd'hui menace notre sécurité collective par ses actions en Ukraine et ses attaques hybrides à notre égard.
  • Nous voulons maitriser la communication et évidemment, éviter toute escalade, rappel étant fait que nous ne sommes pas en guerre avec le peuple russe, nous ne voulons simplement pas les laisser gagner en Ukraine. [...]"

Une phrase importante

Concrètement, pas de mesures claires et nettes mais de nouveaux axes à suivre afin de renforcer l'aide à l'Ukraine. Lors des questions-réponses, Ania Nussbaum, journaliste de Bloomberg, alors posé LA question et dont la réponse du Président va littéralement faire exploser les réseaux sociaux et déclarations politiques à travers le monde"

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A. Nussbaum : "Bonsoir Monsieur le Président, Ania Nussbaum de Bloomberg. Deux très petites questions sur les propos du premier ministre slovaque, qui avant cette conférence d'aujourd'hui évoquait la possibilité d'envoyer des troupes, au sol, occidentales, en Ukraine. Est-ce que cela a été discuté aujourd'hui ? Qu'est-ce que vous en pensez ? [...]"

Sur cette première question, le Président a alors répondu : "Sur la première question, tout a été évoqué ce soir, de manière très libre et directe. Il n'y a pas de consensus aujourd'hui pour envoyer, de manière officielle, assumée et endossée, des troupes au sol mais, en dynamique, rien ne doit être exclu. Nous ferons tout ce qu'il faut pour que la Russie ne doive pas gagner cette guerre." Le Président a ensuite rappelé la montée en puissance des livraisons qui, au début de la guerre, se limitaient à des sacs de couchages, alors qu'aujourd'hui, des chars et des missiles longues portées sont livrés en Ukraine, avant de conclure la réponse à cette question par "[...] Donc tout est possible, si c'est utile pour atteindre notre objectif."

Sa réponse à peine terminée, la grande majorité des médias à travers le monde annoncèrent que la France était prête à envisager l'envoi de soldats français sur le front ukrainien. Cette analyse est toutefois bien trop rapide !

Des troupes sur le terrain ? Un précédent

Il faut d'abord revenir à la déclaration de Robert Fico, le premier ministre slovaque :

"Je me limiterai à dire que ces thèses [en préparation à la réunion de Paris] impliquent qu'un certain nombre d'États membres de l'OTAN et de l'Union Européenne envisagent d'envoyer leurs troupes en Ukraine sur une base bilatérale." (Reuters)

De fait, aucun pays, que ce soit la Slovaquie, la France ou autre, n'a annoncé l'envoi de troupes en Ukraine. Le Président a d'ailleurs été claire sur ce sujet, ajoutant seulement que la porte n'était fermée à cette option. Cependant, deux mots importants ressortent de la déclaration du Premier ministre slovaque : "base bilatérale".

Plusieurs pays, dont la France, ont signé un accord bilatéral avec l'Ukraine afin de renforcer les livraisons, la production de munitions, l'entrainement des militaires ukrainiens, etc. Or, cet entrainement a actuellement lieu en dehors de l'Ukraine, sur le continent européen principalement. Mais historiquement, la guerre est présente en Ukraine depuis 2014, avec l'annexion de la Crimée par la Russie et surtout, la guerre contre les séparatistes pro-russes dans le Donbass. Or, depuis le déclenchement de cette guerre, de nombreux pays se sont mobilisés afin de soutenir l'Ukraine, notamment en entrainant les militaires ukrainiens, en les aidant par exemple à transformer leur armée soviétique vers des standards OTAN, maitrise de la manœuvre interarmes, etc. C'est ainsi que du 24 février 2015 au 17 février 2022, le Royaume-Uni a soutenu les Forces armées ukrainiennes via l'opération Orbital, où des militaires britanniques étaient directement déployés en Ukraine, via un accord bilatéral. Le Canada était aussi engagé dans cette formation, via l'opération UNIFIER, de même que le Danemark, États-Unis, Slovaquie, Suède et bien d'autres encore. Or, à cette époque, les combats faisait toujours rage dans le Donbass et a aucun moment, ces militaires étrangers n'ont pris part à ces combats. La base militaire de Yavoriv (oblast de Lviv), très proche de la frontière avec la Pologne, fut d'ailleurs le centre de gravité de ces entrainements et formations. Des exercices de grandes ampleurs étaient même parfois organisés, avec des manœuvres aux côtés d'unités militaires des pays organisateurs.

Les déclarations de la conférence de Paris vont également dans ce sens ; il n'est pour l'instant pas question d'envoyer des troupes combattre en Ukraine. Jens Stoltenberg, Secrétaire Général de l'OTAN, a d'ailleurs réagit dans ce sens, juste après avoir rappelé le soutien à l'Ukraine dès 2014 :

"Les alliés de l’OTAN apportent un soutien sans précédent à l’Ukraine. Nous le faisons depuis 2014 et nous avons intensifié nos efforts après l’invasion à grande échelle. Mais il n’est pas prévu que des troupes de combat de l’OTAN soient déployées sur le terrain en Ukraine." (AP)

Char T-64 (93e brigade mécanisée ukrainienne) durant un entrainement au niveau du bataillon au sein de la base d'entrainement internationale de Yavoriv en Ukraine (31 nov 2019).
Char T-64 (93e brigade mécanisée ukrainienne) durant un entrainement au niveau du bataillon au sein de la base d'entrainement internationale de Yavoriv en Ukraine (31 nov 2019). (Crédits : US Army)

Une précision du Ministre des Armées

Le 27 février, à l'occasion d'une audition parlementaire, Sébastien Lecornu a donné plus de précisions sur les propos du Président de la République :

"[...] Un certain nombre de pays invités hier au soir, dans le cadre de la réflexion autour de faire différemment les choses, de notre accompagnement et de notre aide à l'Ukraine, ont mis sur la table, un certain nombre d'idées. Notamment, autour du déminage et autour de la formation, comme vous le savez, non pas la formation sur le territoire polonais comme nous le faisons aujourd'hui, mais sur la formation sur le territoire ukrainien, en arrière des lignes. Et le Président de la République a donc dit qu'il n'y avait pas de consensus au moment où nous parlions pour réaliser ce genre de formation, ce genre d'action de déminage mais que par nature même, il n'excluait rien. Je précise parce que je vois la tournure des choses sur les réseaux sociaux ou sur le volet plus médiatique : ce n'est pas envoyer des troupes pour faire la guerre à la Russie et le Président de la République a été clair au soir que nous n'étions pas en guerre avec le peuple russe ou la Fédération de Russie. [...] 

En tout cas, dire qu'on n’exclut rien, ce n'est ni être faible, ni être escalatoire. J'y reviendrait, parce que... ou alors, à considérer que la Russie doit gagner. Mais si on ne considère pas que la Russie doit gagner, par définition, ne rien exclure n'est pas quelque chose d'escalatoire et il est assez naturel que différents chefs d’État et de gouvernement rassemblés à Paris puissent se poser des questions de ce qui peut être fait en plus, notamment sur les champs que j'ai indiqué : déminage, formation, qui sont des objets qui ont fait l'objet de discussions, mais qui de fait, ne fait pas consensus. [...]"

Conclusion

Ainsi, il n'a en réalité été jamais question de déployer des troupes de combat en Ukraine. Les propos du Président ne reflétaient qu'une volonté de laisser ouvertes toutes les options concernant les axes décidés, en ce compris le déminage et la formation. 

Par ailleurs, l'option de l'envoi de militaires en Ukraine pour la formation des militaires ukrainiens est certainement limitée en termes de moyens : le 13 mars 2022, la base de Yavoriv était touchée par une frappe de missile russe. Les frappes sur cette zone existent mais sont assez rares mais le danger existe ! En revanche, la formation peut prendre différentes formes : gestion de la logistique, mise en place war games pour les officiers, formations médicales,... bref, toutes formations ne nécessitant pas un entrainement extérieure d'un grand nombre de militaires... facilement visible depuis l'espace. Encore une fois, il ne s'agit actuellement que d'une hypothèse et aucun militaire sous uniforme national (en dehors de l'uniforme ukrainien) ne se bat actuellement contre les Russes en Ukraine.

Gaétan Powis

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