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Il y a 50 ans, les Britanniques déployaient le réseau de communications spatiales Skynet

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 09 décembre 2019 à 08:46

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

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Après l’URSS (1964) et les Etats-Unis (1966), le Royaume-Uni devenait en 1969 avec le lancement de Skynet 1A la troisième nation à se doter d’un réseau de communication militaire spatiale.

Alors que les yeux du monde sont rivés sur l’aventure lunaire américaine Apollo 12, les Britanniques s’emploient à déployer leur réseau spatial de communication militaire Skynet. Jusqu’alors, seuls les Soviétiques et les Américains s’étaient engagés dans le développement d’un tel système. Qu’est-ce qui a motivé le Royaume-Uni ?

Skynet, le « réseau du ciel ».

Le 22 novembre 1969, le lanceur de l’armée de l’Air américaine Thor place le satellite britannique Skynet 1A sur une orbite géostationnaire au-dessus de l’océan indien, pour assurer les communications entre la métropole et les forces militaires situées sur des théâtres d’opération éloignés. Le 30 janvier 1970, le système Skynet, opérationnel, est transféré au Royaume-Uni.

D’une forme cylindrique, haut de 810 mm, avec un diamètre de 1 370 mm et une masse totale de 422 kg, Skynet 1A a été construit en partenariat avec les Etats-Unis : Philco-Ford Corporation pour la partie américaine et Marconi pour la partie britannique. Ce dernier est alors pionnier dans le domaine de la radio, de la télévision ou encore dans celui des radars – précisons que Marconi a été racheté dès 1968 par GEC (General Electric Company), qui fusionnera en 1999 avec British Aerospace pour devenir BAE Systems.

Le « réseau du ciel » ou Skynet est appelé à utiliser deux satellites, 17 stations au sol dans le monde, ainsi que des terminaux aérotransportables, le tout relié au centre de contrôle de Oakhanger (Hampshire). Le premier satellite est alors prévu pour fonctionner pour environ cinq ans. Quant au second Skynet (1B), il devait être lancé en août 1970.

Un enjeu stratégique d’indépendance nationale.

Alors qu’il est chef d’état-major de la Défense britannique (1959-1965), Lord Mountbatten préconise au début des années 60 la mise en place d’un réseau de communication militaire national unique pour les trois forces armées, mais aussi pour les Affaires étrangères (Foreign Office) et le renseignement militaire, offrant ainsi une totale sécurité pour les communications orales, télégraphiques et fax. Depuis la crise de Suez (1956), les Britanniques ont pris conscience que, lors d’une crise majeure, ils ne pourraient peut-être pas toujours compter sur l’allié américain. De plus, la politique étrangère britannique est mise à l’épreuve avec la décolonisation et la mise en place de nouvelles alliances militaires avec les nouveaux états indépendants. Plus que jamais, les forces armées et le renseignement militaire britanniques doivent disposer d’un réseau de communication sécurisé qui, comme le souligne Serge Grouard dans son ouvrage La guerre en orbite, « garantit la liberté de décision du pouvoir politique ».

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Soutenu par le Premier ministre Harold Wilson, Lord Mountbatten charge l’officier de la Royal Air Force Frank Padfield (1922-2004) de concrétiser le projet Skynet. Celui-ci, spécialiste des armes guidées, a notamment été instructeur dans le domaine du radar aéroporté, et enseignant au Collège technique de la Royal Air Force à Henlow. Padfield forme alors un petit groupe chargé de définir ce qui allait devenir le système Skynet, avec un budget de 26 millions de livres sterling. Pour ce faire, il effectue plusieurs visites aux Etats-Unis, mais aussi il rencontre les partenaires de l’OTAN, l’organisation militaire de l’Atlantique Nord.

Skynet, un réseau intégré à l’OTAN.

Etroitement impliqués au sein de l’OTAN, les Britanniques acceptent en mars 1967 que leur système soit compatible, voire intégré, au système de communication par satellite de défense initiale (IDSCS) que les Etats-Unis mettent en place pour l’OTAN. En avril 1968, un accord est signé entre les différents partenaires de l’OTAN pour construire deux satellites quasi identiques aux Skynet britanniques, toujours sous la maîtrise d’œuvre de Philco-Ford. Ainsi, le 20 mars 1970, un Thor Delta américain lance le satellite NATO 2A développé à partir de la plate-forme Skynet, et le place au-dessus de l’océan Atlantique. Le 19 mai, il est transféré au quartier général des forces alliées de l’OTAN. Un NATO 2B suit le 3 février 1971. En combinant les réseaux Skynet et NATO, le Royaume-Uni cherche désormais plutôt à apporter « une valeur ajoutée militaire » sans une nécessité politique absolument liée à l’indépendance nationale.

Le 19 août 1970, un Delta-M américain lance Skynet 1B pour compléter le réseau britannique. Toutefois, celui-ci n’atteint pas son orbite prévue en raison d’une panne du moteur d’apogée. Quant au premier Skynet, il cesse de fonctionner 9 mois plus tard du fait d’une panne d’amplificateur. En 1974, les Britanniques lancent la génération Skynet II puis, à la fin des années 1980, les Skynet IV (les Skynet III ayant été abandonnés), et enfin les Skynet V à partir de la seconde moitié des années 2000.

Références.

Un article :« Air Commodore Frank Padfield », Reginald Turnill, 13 février 2004, in le site The Guardian.

Un ouvrage : La guerre en orbite. Essai de politique et de stratégie spatiales, Serge Grouard, Economica, Paris, 1994.

Un site : Encyclopedia Astronautica.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Pierre-François Mouriaux

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