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L’Allemagne dans les débuts de la conquête spatiale (première partie)

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 07 novembre 2024 à 11:45

Max Planck (1858-1947)

Max Planck (1858-1947)

Das Digitale Bildarchiv des Bundesarchivs

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N2973 ● 05 juin 2026

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Il y a 55 ans, le 8 novembre 1969, une fusée américaine lançait Azur, le premier satellite de l’Allemagne (de l’Ouest). Cette dernière entrait alors officiellement dans l’aventure spatiale commencée quelques années auparavant.

PARTIE 1 – DES HÉRITAGES A LA FONDATION DE L’EUROPE SPATIALE

Dès le début de la conquête de l’espace, sous la dynamique de l’Année géophysique internationale (AGI) – manifestation destinée à l’étude globale de la Terre et de son environnement – de nombreux satellites scientifiques sont lancés, à commencer par les Spoutnik soviétiques (1957) et Explorer américains (1958). D’autres satellites d’autres nations suivent avec l’aide des Etats-Unis (pour les lancements notamment) comme l’Ariel britannique (1962), le San Marco italien (1964), le FR-1 français (1965), etc. Les scientifiques ouest-allemands veulent également participer, d’autant plus qu’ils ont bien failli être les premiers à se rendre dans l’espace...

L’héritage scientifique

Dès 1911, est mise en place la Société Kaiser Wilhelm pour l’avancement des sciences (Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft zur Förderung der Wissenschaften / KWG), une des plus importantes organisations de recherche au monde, rassemblant de nombreux centres et instituts, attirant de brillants chercheurs (Max von Laue, Albert Einstein, James Franck, Werner Heisenberg, etc.). Certains d’entre eux s’intéressent à la compréhension de la haute atmosphère et de la météorologie, d’autres aux rayonnements, d’autres encore à la science du vivant, etc. Entre 1930-37 et en 1945-46, la KWG est présidée par l’un des plus brillants physiciens, Max Planck, Nobel de physique en 1918. Au lendemain de la guerre, alors que l’Allemagne n’existe plus en tant qu’état, les scientifiques allemands, qui n’ont pas fui ou se sont mis au service des nations vainqueurs, s’attachent à relancer la recherche en Allemagne. Ainsi, la KWG rétablit ses activités dès 1946, prenant le nom de Max-Planck Society le 26 février 1948 en l’honneur de son ancien dirigeant.

L’héritage balistique

Au cours des années 20, des ingénieurs s’engagent dans le développement des fusées. Ainsi, le 5 juin 1927 naît l’Association pour la navigation spatiale (Verein für Raumschiffahrt / VfR) qui rassemble de remarquables spécialistes (Johannes Winkler, Hermann Oberth, Klaus Riedel, Rudolf Nebel, Eugen Sänger, Wernher von Braun, etc.). Plusieurs prototypes de fusée sont construits et testés, dont la Mirak de Nebel et Riedel, une des toutes premières fusées à propulsion à liquides qui atteint 4 000 m d’altitude. Impressionnés, les militaires allemands recrutent plusieurs spécialistes, dont Riedel et von Braun. Ce dernier conçoit la A4, la première fusée moderne de l’histoire qui, le 3 octobre 1942, atteint 80 km d’altitude, tutoyant ainsi l’espace. L’Allemagne se trouve alors au seuil de l’astronautique. Toutefois, la A4 est utilisée en 1944-45 contre les centres urbains et industriels alliés sous le nom de V2 (Vergelstunwaffe, « arme de représailles »).

Le grand pillage

Au moment de la victoire, les Alliés, conscients de l’avance allemande dans de nombreux domaines notamment dans celui des fusées, récupèrent matériels, ingénieurs et techniciens allemands qui transmettent leur savoir. Dans le cadre de l’opération Paperclip, environ 1 500 scientifiques allemands se rendent aux Etats-Unis et, parmi eux, von Braun qui permet le 1er février 1958 de placer sur orbite le premier satellite américain (Explorer 1) à l’aide du missile Redstone, un dérivé du V2. De même, à travers l’opération Osoaviakhim, les Soviétiques récupèrent plusieurs milliers de spécialistes allemands, tout comme les Français. Ainsi, Karl Heinz Bringer, un collaborateur de von Braun, met au point les premiers moteurs fusées à ergols liquides pour les fusées françaises Véronique, Diamant et même plus tard pour les premières Ariane.

L’Allemagne post-1945 dans « l’internationalisme scientifique »

Quant à l’Allemagne en 1945, elle n’existe plus. Il faut attendre 1949 pour que deux Etats (RFA, RDA) réapparaissent, et du temps est encore nécessaire pour que ceux-ci rejoignent progressivement les organisations internationales, dont les scientifiques. Ainsi, la RFA n’intègre le Conseil international des Unions scientifiques (CIUS) qu’en 1952, la RDA en 1962. Or, c’est le CIUS qui, à la même époque, joue un rôle de premier plan dans l’organisation de l’AGI. Quelques années plus tard, la RFA adhère à d’autres organisations scientifiques comme le Comité sur la recherche antarctique (SCAR, 1958), le Comité sur la recherche spatiale (COSPAR, 1959), etc. En intégrant ces organisations, « véritables lieux d’échange intellectuel », elle prend part aux premières expériences spatiales par le biais de la coopération.

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Membre fondateur de l’Europe spatiale

La mise en place du COSPAR déclenche une véritable dynamique en Europe de l’Ouest où dix Etats établissent en mars 1961 la Commission préparatoire européenne de recherche spatiale (COPERS) ayant pour objectif la création d’une organisation spatiale européenne. Deux groupes de travail se constituent : le premier pour préparer les programmes scientifiques, le second pour s’occuper des questions administratives et financières confié au haut fonctionnaire allemand Alexander Hocker (alors responsable des questions financières au CERN). Dans le premier groupe, l’astrophysicien Reimar Lüst de la société Max Planck a le poste de secrétaire coordinateur. En 1964, la COPERS cède la place à l’European Space Research Organisation (ESRO), au sein de laquelle Alexander Hocker devient vice-président, puis président de 1965 à 1967 (et directeur général en 1971-74). Quant à Reimar Lüst, il remporte la direction technique de l’ESRO, puis la vice-présidence (1968-70) et, plus tard, la direction générale de l’European Space Agency (1984-90) qui succède à l’ESRO en 1975.

Par ailleurs, lorsque les Britanniques proposent en 1960 de construire un lanceur européen (Europa) à partir d’un de leur missile balistique dans le cadre de l’European Launcher Development Organisation (ELDO), créée le 29 mars 1962, cinq nations répondent à l’appel : la Belgique, la France, l’Italie, les Pays-Bas… et l’Allemagne. Cette dernière s’engage à réaliser le troisième étage (Astris), tandis que les Britanniques fourniront le premier et les Français le deuxième. Toutefois, Europa n’aboutira pas au succès…

En participant à l’ESRO et à l’ELDO, l’Allemagne est présente dans les débuts du spatial européen, apportant ses compétences et son savoir-faire, tout en retrouvant sa place dans le concert des nations.

(A suivre)

Quelques références

- Deux ouvrages : Les armes V1, V2 et les Français, JARRY Maud et HAUTEFEUILLE Roland, Marines éditions, 2010 ; Histoire de l'Agence spatiale européenne (1958-1987), volume 1 de L'histoire de l'ESRO et de l'ELDO 1958-1973, KRIGE John et ROSSO Arturo, Ed. ESA, SP-1235, ESTEC, 2000.

- Un article : « Jalons pour une histoire de l’internationalisme scientifique : le Conseil international des unions scientifiques et l’Union académique internationale », TOURNES Ludovic, in La guerre froide et l’internationalisation des sciences, pp.51-68,

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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