« Le sens de l’histoire est qu’à terme il n’y ait plus qu’un seul pilote à bord des avions, assisté par une IA ou un ordinateur de bord »
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« Faire des prévisions à un aussi long terme, c’est un exercice périlleux. Néanmoins, une des rares certitudes que l’on a sur les soixante prochaines années, c’est qu’il va y avoir un déplacement du centre de gravité du transport aérien mondial de plus en plus vers l’Est et de plus en plus vers l’Asie. Actuellement, les passagers en provenance d’Europe et des Etats-Unis sont ceux qui fixent les standards internationaux en matière de transport aérien. Dans soixante ans, la grosse majorité des passagers aériens dans le monde seront asiatiques. Ils seront Chinois, Indiens, Indonésiens et finalement, les passagers européens et américains ne joueront plus qu’un rôle très secondaire.
Cela va amener probablement des changements dans la manière de penser le secteur aérien dans son ensemble. Par exemple, dans l’expérience passagers. Dans soixante ans, on pourrait tout à fait imaginer qu’il y ait des annonces qui soient faites en chinois dans les avions, mondialement, parce que peut-être qu’un passager sur deux dans le monde sera chinois. Et cela va aussi changer des choses sur le rôle des constructeurs. On voit apparaître des acteurs comme Comac actuellement qui sont au tout début de leur développement, mais si on revient en arrière, Airbus n’a qu’une cinquantaine d’années, et c’est aujourd’hui le leader mondial. Peut-être que le duopole Airbus/Boeing va changer et être remis en question par des acteurs provenant de pays émergents et à minima avec la Comac.
Nous allons aller vers un multilatéralisme des constructeurs mondiaux, donc ?
Exactement. Si on poursuit les tendances actuelles, on va avoir une plus forte « asiatisation » du transport aérien qui va se matérialiser aussi bien sur le plan de l’expérience passagers que du côté des constructeurs. Nous serons donc un peu moins dans une vision occidentale du transport aérien. Il risque aussi d’y avoir un basculement en matière de gestionnaires d’aéroports. Actuellement, les plus importants sont le groupe ADP, VINCI, Aena mais rien n’empêche que dans quelques décennies on ait des propriétaires ou des gestionnaires d’aéroports d’envergure mondiale qui soient de nationalité chinoise ou indienne.
Va-t-on vers des aéroports toujours plus grands ?
C’est un vrai sujet. Si on regarde actuellement, les Indiens sont entre 0,1 et 0,2 vols par an et par habitant. Les Chinois sont entre 0,4 et 0,5. Et de mémoire, en France, nous sommes à 1,4 vol par habitant et aux Etats-Unis, ils sont au-dessus de 2 vols par habitant. Donc, oui, plus de passagers, cela va nécessiter un développement beaucoup plus important d’infrastructures, notamment aéroportuaires dans ces pays. Les Chinois ont déjà entamé ce travail, les Indiens sont un peu plus en retard, mais il y a une vraie prise de conscience sur le besoin d’infrastructures depuis quelques années. Il y a aussi le Vietnam ou encore, l’Indonésie qui a aussi une croissance folle. Ces pays n’ont pas toujours assez d’aéroports ou de contrôleurs aériens pour assurer un transport aérien de qualité. Le développement des infrastructures doit donc s’entendre au sens large. Il va donc y avoir beaucoup d’investissements dans ces pays et à l’inverse moins dans les économies matures, qui font déjà beaucoup de transport aérien, et qui sont peut-être en train de rentrer dans une phase de stagnation ou de décroissance comme en Europe ou aux Etats-Unis et qui vont être amenées à jouer un rôle beaucoup plus secondaire.