Aviation décarbonée : L’AAE prône la mise en place d’investissements massifs
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Michel Wachenheim, président de l'Académie de l'Air et de l'Espace
AAE
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Michel Wachenheim, président de l'Académie de l'Air et de l'Espace
AAE
C’est un signal d’alarme que l’Académie de l’Air et de l’Espace (AAE), dans la droite ligne de ce préconisait l’Académie des Technologies en mars 2023, tire dans son dernier Avis n°20 « Vers un transport aérien décarboné » pour appeler l’ensemble des acteurs à lancer très rapidement tous les chantiers de décarbonation du transport aérien, seule approche globale devant permettre d’atteindre le « net zéro » d’émissions de CO2 en 2050. Selon l’AAE, il faut mettre une stratégie générale d’accélération : incitations à la modernisation des flottes et à l’utilisation de SAF, soutiens à la recherche, investissements dans la production de SAF et d’e-fuels et des techniques de séquestration de CO2. Comme le dit Michel Wachenheim, président de l’AAE : « Les autorités publiques devraient inciter les investisseurs à s’engager dans des programmes massifs et très supérieurs aux prévisions actuelles de production d’énergie et de carburants neutres en émissions de CO2. Ils devraient inciter chaque secteur à se tourner d’abord vers la solution la plus rationnelle et la moins coûteuse en énergie et n’intervenir que pour protéger un secteur qui n’aurait qu’une seule option. 2050 n’est pas loin, il est crucial de prendre ce chemin sans délai ».
L’apport principal de l’Avis de l’AAE concerne la part d’énergie nécessaire pour la mise en œuvre d’une production de SAF suffisante. « Nous estimons celle-ci au minimum à 11% du total requis pour l’ensemble des besoins de l’Union européenne à l’horizon 2050 (650 TWh (térawatt-heure) pour un total de 6 000 TWh). Quant aux investissements pour produire les SAF, y compris la production d’électricité, ils sont estimés annuellement au minimum à 40 Md€, soit 1000 Md€ d’ici 2050 ». L’Académie rappelle que 650TWh, cela correspond à la consommation électrique totale actuelle de pays comme l’Allemagne ou la France.
Le règlement ReFuelEU Aviation impose qu’en 2050 le taux minimum d’incorporation de SAF soit de 70%, dont au moins 35% de e-carburants (carburants de synthèse). Cette part s’appuie sur une production de biocarburants d’au moins 35%, mais selon l’AAE, cette part devrait plutôt plafonner vers 20% à l’horizon 2050, dont la part nécessaire de e-carburants devrait plutôt se situer autour de 50%. Cela justifie donc la nécessité de produire une très grand quantité d’énergie électrique décarbonée pour produire ces carburants de synthèse. Toute cette énergie est d’autant plus nécessaire que, aux côtés des biocarburants et des e-fuels, on trouve à présent un troisième type de carburant d’aviation durable : les e-biocarburants ou « e-bioSAF ». Il s’agit d’une variante de biocarburants « dopée » à l’hydrogène, utilisant donc plus complètement le carbone des plantes, mais demandant de l’énergie externe (10 kWh/kg). Il semble souhaitable, selon l’AAE, pour l’occupation des sols de substituer cette formule aux biocarburants car ils requièrent deux à trois fois moins de terrain… mais il faut disposer d’énergie « bas carbone » et donc avoir investi pour cela.