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Turbulences : faut-il renforcer les procédures de sécurité à bord des avions ?

Photo de Jean-Baptiste HEGUY

Jean-Baptiste HEGUY

Publié le 15 juin 2024 à 10:00

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L’incident qui est survenu à bord d’un vol Singapore Airlines le 21 mai dernier a été provoqué par un type de turbulences sévères qui est encore difficilement prévisible avec les moyens actuels. Ne faut-il pas prévoir un renforcement des consignes de sécurité à bord si le changement climatique accroît la fréquence et la durée de ces turbulences dans les décennies à venir ?

Le 21 mai dernier, un vol Singapore Airlines entre Londres-Heathrow et Singapour a subi alors qu’il était en train de survoler la Birmanie de très fortes turbulences qui a généré des perturbations gravitationnelles très importantes. D’après le rapport préliminaire du ministère des Transports singapourien, le Boeing 777 300ER aurait chuté de 178 pieds (54 mètres) en moins d’une seconde ce qui aurait projeté un grand nombre de passagers et de PNC en haut de la cabine. Les dégâts à l’intérieur de la cabine ont été d’autant plus importants que, au moment de l’incident, le personnel de bord était en train de servir un repas. Pour échapper à la zone de turbulences, l’avion a du effectuer une descente rapide mais contrôlée et a été déroutée vers l’aéroport de Bangkok. Suite à ces très fortes turbulences, un citoyen britannique de 73 ans est décédé d’une crise cardiaque. L’avion transportait au total 211 passagers et 18 membres d’équipage. Sur l’ensemble des personnes à bord, plus d’une centaine de personnes ont été transportées à l’hôpital dont une vingtaine en soins intensifs. Beaucoup souffre de lésions au crâne, à la moelle épinière et à la colonne vertébrale mais plus aucune n’ont leur pronostic vital engagé.

Le 26 mai, un vol Qatar Airways qui faisait la liaison entre Doha et Dublin a, à son tour, connu une phase de fortes turbulences alors qu’il se trouvait au-dessus de la Turquie. Sur l’ensemble des personnes à bord, six passagers et six membres d’équipage ont été blessés. Mais à la différence du vol SIA, le vol de Qatar Airways a pu rejoindre Dublin comme prévu initialement. Les secours ont pris en charge les blessés et huit d’entre eux ont été conduits à l’hôpital.

Les turbulences sévères restent exceptionnelles

Si rapprochés que sont ces deux incidents, ils ne doivent pas masquer le fait que sur l’ensemble des vols qui sont effectués quotidiennement, les cas de turbulences sévères ou graves restent toujours très rarissimes. Rappelons que le phénomène des turbulences est créé par un changement dans les courants d’air qui affectent la stabilité d’un vol. Ces changements peuvent être provoqués par des orages, des mouvements d’air autour des crêtes de montagnes (on parle alors de turbulences « orographiques »), des fronts d’air froid ou d’air chaud, ou encore des vents cisaillants qui se forment le plus souvent à basse altitude à l’atterrissage et/ou au décollage mais qui peuvent aussi se produire au niveau des jets-streams en générant de pertes de portance et créant des éventuels décrochages. Il peut y avoir globalement trois types de turbulences : les turbulences légères qui créent de petits mouvements d’avions, mais qui permettent aux passagers de se tenir debout à l’intérieur de la cabine sans bouger, les turbulences modérées créant un mouvement qui ne permet pas aux passagers de se tenir debout dans l’avion et qui peut créer des chutes, les turbulences sévères qui peuvent perturber la gravité et donner au passagers l’impression qu’ils sont « collés » à leur siège ou au contraire, les faire « décoller » du siège. C’est pour cela que dans ce dernier cas, les passagers ainsi que les PNC doivent rigoureusement et obligatoirement être sanglés à leurs sièges pour qu’il n’y ait pas de dommages éventuels.  Bien qu’elles ne soient pas totalement exactes, car la météo peut-être très changeante en cas de perturbations, il existe des prévisions de turbulences et des capteurs installés dans certains avions qui servent à détecter les zones de turbulences et leur intensité. Depuis 2017, le constructeur Boeing teste un système de laser placé à l’avant de l’avion qui peut détecter les particules qui produisent les turbulences à une distance de 17 kilomètres et qui donne au pilote plus d’une minute pour réagir et éventuellement éviter la zone. Alors que les avions sont déjà capables de subir des déformations très importantes lors de la traversée de zone de mauvais temps et/ou de turbulences, le constructeur Airbus est aussi en train d’étudier la conception d’une « aile haute performance » capable de subir encore plus de déformations pendant le vol, qui est pensée pour rendre les futurs avions plus efficaces en termes de consommation de carburant ou d’émissions de CO2, mais pourrait avoir son importance en réduisant les sensations liées aux turbulences à l’intérieur de la cabine.

Jean-Baptiste HEGUY

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