La « collision aviaire » : un risque bien pris en compte dans l'aérien
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Media DR
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Media DR
L’accident survenu le 29 décembre 2024 à Muan, en Corée du Sud, et ayant entraîné la mort de 179 personnes sur les 181 présentes à bord du vol Jeju Air 2216 a remis en lumière un phénomène bien connu du transport aérien international : le « risque aviaire », qui désigne la collision ou l’aspiration de tout type d’oiseau, en vol ou en phase d’atterrissage ou de décollage. Même si l’enquête n’en est qu’à ses débuts, il semblerait que cela soit une collision aviaire (pour laquelle le pilote avait émis un message d’alerte) qui pourrait être responsable d’une avarie du moteur hydraulique actionnant le train d’atterrissage du Boeing 737-800 de la compagnie aérienne coréenne.
Au-delà de la forte médiatisation que tout accident fatal aérien entraîne logiquement, il faut rappeler que les collisions aviaires n’entraînent pas dans l’immense majorité des accidents majeurs, même si les aspirations d’oiseaux ou des collisions éventuelles peuvent endommager la cellule des avions de ligne, notamment la partie la plus en avant du fuselage.
Le premier accident d’avion dû à une collision en vol avec un oiseau remonte à 1912. Il s’agissait d’une mouette qui s’était encastrée dans les commandes de vol. Avec le développement de l’aviation civile internationale, et la croissance du trafic aérien mondial, les collisions aviaires sont devenus un phénomène fréquent. Rien qu’aux Etats-Unis, selon une base de données mise en place par la FAA (Administration fédérale de l’aviation américaine), un total de 291 600 collisions a été recensé entre des oiseaux de toutes espèces et des aéronefs entre 1990 et 2023. Parmi les accidents les plus connus, citons celui intervenu le 15 janvier 2009, et qui concernait le vol US Airways 1549 (voir notre encadré). Selon l’Australian Aviation Wildlife Hazard Group (AAWHG), un groupe de travail spécialisé mis en place par l’aviation civile australienne, depuis 1988, les collisions aviaires ont causé 262 décès (hors l’accident de Jeju Air), et détruit un total de 250 avions dans le monde, en très grande majorité des petits avions monomoteurs. 65% des collisions avec un ou plusieurs oiseaux causent peu ou pas de dégâts aux appareils. Les accidents sérieux se produisent lorsque les oiseaux percutent les verrières des cockpits ou sont aspirés par les réacteurs. Le risque d’un accident fatal pour un appareil d’aviation commercial est relativement bas : il devient une certitude statistique au bout d’un milliard d’heures de vol. Les collisions aviaires avec des avions civils et les dommages qu’ils entraînent pour l’ensemble de la cellule sont estimés à 1,2 milliards de dollars annuellement. C’est pour cela que les constructeurs cherchent à renforcer la structure des fuselages, tout en ayant toujours à cœur de limiter le poids pour améliorer la consommation de carburant. La force de l’impact dépend de la masse du volatile, de la différence de vitesse avec l’avion et de la direction de l’impact. L’énergie d’un oiseau d’un poids de cinq kilos, avec une différence de 275 km/heure est équivalente à l’énergie développée lors de l’impact d’un poids d’une tonne tombant d’une hauteur de trois mètres. Les cas « d’ingestion » d’un oiseau par un réacteur sont facilités par l’effet d’aspiration présent à l’avant du réacteur, et peuvent présenter des conséquences graves, du fait de la vitesse élevée de rotation des ailettes du compresseur, qui atteignent leur vitesse maximale pendant la phase de décollage. Si le corps de l’oiseau provoque le déplacement ou la rupture d’une ailette, elle peut entraîner une rupture en cascade des autres ailettes et projeter des éclats métalliques dans les réacteurs et dans les ailes.