Le général Denis Mercier aux Conférences Air & Cosmos
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Le général Denis Mercier, commandant suprême allié Transformation de l'OTAN.
Cyrille Cosmao
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Le général Denis Mercier, commandant suprême allié Transformation de l'OTAN.
Cyrille Cosmao
Dans le cadre d'un déjeuner conférence organisé par Air & Cosmos en partenariat avec Thales Raytheon Systems à l'Aero-Club de France, le général Denis Mercier, commandant suprême allié Transformation de l'OTAN, s'est exprimé sur sa vision de l'innovation au sein de la défense. Un discours que nous partageons dans son intégralité avec nos lecteurs.
Mes chers amis,
Je vous remercie pour cette invitation, et tout particulièrement Air et Cosmos, organisateur de cet événement.
Je suis aussi très heureux d’être à l’Aéroclub de France (le plus ancien au monde), qui est avant tout une association de pionniers et un berceau de l’innovation, comme en témoigne la médaille du club qui récompense les avancées de l’aéronautique. Vous savez que l’état-major d’ACT que je commande est à Norfolk, non loin de Kitty Hawk, en Caroline du Nord, ville d’origine des frères Wright. Et Wilbur Wright notamment, bien qu’Américain, fut accueilli à l’Aéroclub de France, où il fut l’un des premiers récipiendaires de la fameuse médaille.
C’était il y a plus de cent ans. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis mais les défis sont toujours plus nombreux, et l’importance de l’innovation toujours intacte, même si elle a changé de physionomie.
L’innovation est donc un cycle perpétuel, et dans l’OTAN, c’est la raison d’être d’ACT, que je commande. Qu’en est-il aujourd’hui dans le monde de la défense ?
La complexité et l’évolution incessante du monde nous obligent à nous adapter en permanence, tout en conduisant simultanément nos opérations (operate and adapt).
Entrez chaque jour au coeur des enjeux de l'aéronautique, de la défense et du spatial avec l'expertise de la rédaction et suivez les actualités structurantes de ces secteurs stratégiques.

Dans ce contexte d’adaptation permanente, le numérique n’est pas une fin en soi. Il constitue effectivement une révolution pour la défense, parce qu’il nous donne de nouveaux outils, à condition d’en saisir les opportunités pour atteindre nos objectifs. Le numérique est donc l’un des éléments constitutifs de l’innovation.
===== Caractéristiques de l’environnement=====
Je veux avant tout souligner un premier point essentiel : la révolution numérique n’a pas changé l’objet premier de notre défense, qui est d’éviter les crises, à défaut de limiter leur escalade, et enfin, dans le haut du spectre, de vaincre l’adversaire.
Ce qui change, c’est l’environnement et les façons d’atteindre les effets recherchés.
Je vais d’abord insister sur l’environnement, parce que c’est essentiel pour bien poser le problème.
Notre contexte stratégique est un contexte de complexité. Nous vivions jusqu’alors dans un monde « compliqué » où les paramètres étaient nombreux, mais pouvaient néanmoins être analysés et mis en équation. Nous sommes désormais dans un monde « complexe, » c’est à dire que les paramètres sont si nombreux et imbriqués qu’il est impossible de prévoir avec exactitude leur évolution. Ce monde complexe est caractérisé par plusieurs phénomènes :
L’interrelation des crises : chaque perturbation dans une crise régionale peut désormais rapidement s’étendre et avoir des conséquences dans d’autres régions (exemple : Russie en Syrie et en Ukraine). C’est une quatrième phase dans l’histoire de l’OTAN, après la période de la Guerre Froide, puis l’élargissement et l’ouverture à de nouveaux partenaires, parmi lesquels la Russie, de 1991 à 2001, puis enfin la période de conflits expéditionnaires après le 11 septembre 2001, et avec notamment l’intervention en Afghanistan. Cette quatrième phase, débutée avec le conflit à l’est de l’Ukraine, en 2014, est donc celle de l’interrelation des crises.
Nous sommes aussi confrontés à l’interrelation des acteurs, étatiques ou non, qui agissent dans plusieurs crises distinctes (exemple de la Russie, mais aussi des organisations terroristes) avec des enjeux et objectifs différents.
Un autre phénomène est la variété des menaces, parfois cumulées dans une même région (exemple des Balkans, confrontés à la fois à la pression politique russe, à la montée de l’islam radical, aux flux migratoires, au crime organisé).
L’apparition de nouveaux domaines d’affrontement, tels que l’espace, le cyber – reconnu officiellement par l’OTAN lors du Sommet de Varsovie – ou encore l’information.
Enfin, un dernier point important est lié à l’évolution technologique. L’accès accru à la technologie augmente la dangerosité des menaces potentielles, qu’elles soient étatiques ou non.
La combinaison de ces différents facteurs nous a donc fait passer dans un environnement complexe. Et les réponses du vingtième siècle ne sont pas adaptées à ce contexte.
De plus, nous sommes également confrontés à l’accélération du temps médiatique, politique et décisionnel, qui influe sur la façon de conduire les opérations, d’autant que celles-ci sont conduites simultanément dans les dimensions politiques, militaires et diplomatiques.
Le premier impératif est donc de bien comprendre cet environnement complexe pour poser le problème auquel nos défenses sont amenées à faire face, tout en gardant à l’esprit cette nécessité de s’adapter en permanence et de préparer l’avenir, simultanément à la conduite des opérations.
=== Quels principes d’adaptation à un environnement complexe ? ===
J’ai visité la Silicon Valley il y a quelques semaines, et j’y ai rencontré beaucoup d’acteurs du monde civil lié à la technologie et au numérique, et j’y ai constaté plusieurs choses très intéressantes.
Le premier constat est que le secteur civil privé lié au numérique s’est adapté plus vite que le monde militaire, et investit davantage dans la préparation de l’avenir.
Il y a en particulier un réel dynamisme dans le monde de l’entreprise. Regardez l’exemple de compagnies comme Google, Amazon, Uber, Air BnB, ou encore Free, pour prendre un exemple français : elles redéfinissent les règles en s’adaptant à un environnement qui évolue.