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Les ballons, nouvelle opportunité pour les armées

Photo de Xavier Tytelman

Xavier Tytelman

Publié le 07 février 2022 à 10:42

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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Alors que les "plus légers que l'air" ont laissé la place à des systèmes plus efficaces, mais aussi plus complexes et coûteux, une nouvelle génération de ballons, aérostats et dirigeables commence à être déployée par de nombreuses armées, en Israël, en Afrique, en Europe...

Le dictionnaire Larousse décrit les aéronefs comme “tout appareil capable de s’élever ou de circuler dans les airs”, ceux-ci peuvent être séparés grossièrement en deux grandes familles : les aérostats (“ceux plus légers que l’air”) et les aérodynes (“ceux plus lourds que l’air”).  Les premiers incluent les ballons (non-motorisés) et les dirigeables (motorisés), tandis que les seconds concernent tous les avions, hélicoptères et drones ; en soit la majorité des aéronefs mis en œuvre aujourd’hui. Mais avant l’ère des aérodynes, à l’aube de l’aéronautique, les aérostats furent les appareils phares des armées et des sociétés.

Des expérimentions nombreuses

Dans les dernières années, l’US Army puis l’US Air Force ont travaillé sur un programme de surveillance appelé Blue Devil. Le but était d’obtenir des capacités d’ISR en Afghanistan grâce à un ballon captif mais le projet fut abandonné en 2014. La compagnie russe RosAeroSystems (projets SOKOL et Augur) et la compagnie ukrainienne Aeros, ont eu, elles aussi, des projets d’aérostats mais ceux-ci ne semblent pas avoir donné suite.

De nombreux autres projets ont vu le jour, jusqu'à la possibilité de réaliser des missions de transport de fret avec Lockheed Martin et son LMH-1 Hybrid Airship. Celui-ci serait capable de transporter 19 personnes et 21 tonnes de matériel, en plus de ces capacités d’ISR. L’Elysée a considéré les dirigeables pour des missions de logistique dans des environnements peu contestés, comme celui que présente l’opération Barkhane.  Toujours dans l’hexagone, l’entreprise Flying Whales travaille avec l’ONF afin d’utiliser son appareil LCA60T pour transporter du bois depuis des régions inaccessibles aux moyens classiques, le tout en consommant moins que ces derniers.

Les études et les projets d’aérostats militaires et civils se multiplient ces dernières années. Même s’il y a eu de nombreux abandons dans la dernière décennie, la multiplication des investisseurs et des intéressés aux quatre coins du monde semblent promettre un avenir radieux au secteur comme aux constructeurs. Déjà au 19ème siècle, le passage de la conception à la mise en œuvre à ‘’grande échelle’’ des Zeppelins s’était étalé sur de nombreuses années, on peut donc penser qu’il en sera de même pour les dirigeables modernes.

Le retour des ballons captifs et des dirigeables

En novembre 2021 l’armée de l’air Israélienne a présenté son programme “Sky Dew” (“rosée du ciel”), un ballon équipé d’un radar de haute précision qui doit être déployé dans le Nord du Pays, à proximité du Plateau du Golan. Ce programme a été réalisé conjointement entre l’IMDO (Organisation israélienne de défense anti-missiles) et l’US MDA (Missile Defence Agency), dans le but de pourvoir l’état Hébreu d’un système avancé de détection des menaces aériennes. Tsahal est en effet inquiété par l’émergence dans l’arsenal du Hezbollah d’une flotte de drones très importante ainsi que de missiles de précision. Produits localement ou fournis par l’Iran, ces technologies lancées depuis le Liban sont la nouvelle bête noire de l’état-major Israélien. De par sa hauteur supérieure à un équipement radar, l’appareil peut aussi détecter des avions et hélicoptères en basse altitude. 

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Le ballon est produit par la société américaine TCOM, spécialisée dans la construction d’engins de surveillance de ce type. Le radar est quant à lui de fabrication israélienne. Le Sky Dew s’ajoute au système "dôme de fer" et à la "fronde de David" pour compléter l’un (si ce n’est le) des systèmes de défense anti-aérien les plus poussés au monde.

Sky-Dew-balloon.jpg
Sky-Dew-balloon.jpg (Crédits : Image Air & Cosmos)

Un appareil, des missions multiples

Le cas israélien n’est pas une exception, les ballons et dirigeables sont de retour au service des Etats et dépassent la fonction très répandue de ballon sonde (pour la météorologie).  Les sociétés qui les construisent les mettent en avant comme une alternative fiable, low-cost et très efficace pour effectuer de la surveillance, aussi bien pour l’armée que pour les pompiers et la police (surveillance des mouvements de foules). 

L’entreprise française A-NSE produit ainsi des aérostats au profit de la Brigade des Marins Pompiers de Marseille, qui a utilisé un appareil T-C60L pour surveiller le risque d’incendie sur le Parc National des Calanques. Frontex a employé un appareil du même constructeur pour surveiller la frontière entre la Grèce et la Turquie, tout comme l'armée allemande au Niger, cette dernière ayant choisi le modèle T-C350L (doté également de capacités de guerre électronique) pour surveiller ses bases avancées dans le pays.

T-C350L.jpg
T-C350L.jpg (Crédits : Image Air & Cosmos)

La France parie sur le HAPS

Depuis leurs invention, les aérostats ont toujours été utilisés par les Etats à des niveaux d’intensité variables selon l’époque, et il semblerait que ces technologies se démocratisent à nouveau. L’armée française a lancé un contrat d’études pour un dirigeable HAPS (High Altitude Platform System, ou pseudo-satellite). Confié à Thales et Thales Alenia Space, le “Stratobus”, ses quatre moteurs électriques et ses 140 mètres de long, devrait “voler” à 20 km d’altitude et remplir un rôle d’ISR (Intelligence, Surveillance and Reconnaissance) tout en étant capable d’établir un réseau de communication d’urgence.

Même si TCOM et A-NSE ne font pas autant de bruit que Lockheed Martin et Dassault, les aérostats marquent un retour important dans la sécurité publique, la sécurité civile et la défense. Une étude de 2016 menée par T-COM prévoyait déjà une augmentation du marché des aérostats et désignait une dizaine de futurs grands clients à la recherche d’appareils de surveillance comme ceux proposés par la firme. De la première utilisation de l'aérien dans une bataille à Fleurus en 1794 (que la France a gagné grâce à des observations réalisées depuis un ballon) au HAPS, en passant par les ballons espions de la CIA (tel le WS-461L), les aérostats (ballons comme dirigeables) seuls bombardiers lourds de la Première Guerre Mondiale, le concept a offert de grandes opportunités pour les armées équipées. Si le renouveau observé semble moins "high tech" que ce les concepts originaux, ils permettent avant tout d'offrir une permanence opérationnelle pour un coût inégalé. L'efficience et la comptabilité, voilà peut-être le levier qui va accélérer ce retour aux sources.

stratobus.jpg
stratobus.jpg (Crédits : Image Air & Cosmos)

Xavier Tytelman

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