
Portrait : capitaine Geoffrey
Un rêve de voltige
Le 6 mars, le Secrétaire d’État Anthony Blinken était interviewé par Margaret Brennan dans son émission Face the Nation. Durant cette interview, elle a posé une question concernant les nouvelles mesures que les Etats-Unis pouvaient prendre sur la guerre en Ukraine.
M. Brennan : "L'OTAN a dit qu'aucun de ses 30 États membres ne voulaient mettre en place une zone d'exclusion aérienne, le Président Biden a été très clair qu'il n'a aucune envie d'en créer une, ni même de déployer de troupes au sol [en Ukraine]. Mais, qu'est ce que les États-Unis peuvent faire de plus ici, si par exemple, le gouvernement polonais - un pays membre de l'OTAN - veut envoyer des avions de combat, est-ce que les États-Unis donneront leur feu vert ? Ou vous avez peur que cela va entrainer une escalade des tensions ?
Le Secrétaire d’État à alors répondu que les États-Unis soutiendraient cette mesure et qu'ils sont actuellement en discussion avec la Pologne pour remplacer les différents matériels polonais déjà donnés à l'Ukraine, mais aussi les matériels qui seront délivrés, que ce soient des armes ou des avions.
Le même jour, Steven Herman, un des journalistes attaché à la Maison-Blanche publiait un tweet annonçant que l'Ukraine allait utiliser des avions de combat depuis des bases aériennes étrangères.
Ces deux annonces combinées font alors beaucoup de bruit dans la presse : l'autonomie des MiG-29 démontre très clairement que les appareils seront basés au sein de bases aériennes situées dans des États membres de l'OTAN, insinuant donc que les bases seraient intouchables pour les Russes.
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Cependant, le compte Twitter de la Chancellerie du Premier ministre polonais a rapidement démenti les deux informations : aucun MiG-29 polonais ne sera livré à l'Armée de l'air ukrainienne et aucun appareil de combat ukrainien ne sera basé en Pologne.
Cette formulation maladroite signifie probablement qu'en cas de fourniture d'avions à l'Ukraine, ceux-ci seraient récupérés sur le territoire du pays en fournissant (par exemple la Pologne) par des pilotes ukrainiens formés sur Mig-29 afin de pouvoir les ramener dans leur pays. Le fait que l'Ukraine utilise des Mig-29 permet de penser qu'elle dispose de pilotes capables de récupérer les avions, bien que les modernisations du parc polonais nécessite probablement quelques mises à jour des pilotes ukrainiens. L'option semble cependant de moins en moins crédible, tant la destruction des aéroports ukrainiens semble de plus en plus probable (un Su-22 ukrainien a encore été vu en vol le 5 mars, et deux Su-25 le 6 mars).
Par le passé, l'URSS a fourni des avions (et des pilotes) à de nombreux pays en guerre avec les Etats-Unis, sans que cela ne soit considéré comme une entrée du bloc soviétique : guerres de Corées, du Vietnam, conflits israélo-arabes... A l'inverse, la fourniture de matériels en Afghanistan suite à l'invasion du pays par l'URSS de 1979 à 1989 s'est limitée à des systèmes de missiles récupérés sur les stocks des armées arabes défaites par Israël, sans aller jusqu'à la fourniture d'aéronefs (ce soutien ayant été suffisant pour générer une guérilla amenant finalement l'URSS à se se retirer du pays).
La Turquie a pour sa part ouvertement déclaré qu'elle continuerait à fournir des drones Bayraktar TB2 à l'Ukraine en guerre.