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René Mouchotte, épopée d'un FAFL mort pour la France il y a 80 ans

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 29 août 2023 à 02:30

René Mouchotte à bord de son chasseur Hawker Hurricane de la RAF.

René Mouchotte à bord de son chasseur Hawker Hurricane de la RAF.

Musée de l'Ordre de la Libération

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N2979 ● 17 juillet 2026

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Il y a 80 ans, le 27 août 1943, René Mouchotte était descendu en plein ciel. Le Groupe de Chasse Alsace perdait alors son commandant et la France libre, l’un de ses plus ardents défenseurs. Français libre de la première heure, pilote expérimenté, il fut également un commandant d’unité respecté de tous. Bataille d'Angleterre, Blitz, Dieppe,... il participa aussi à la création du GC Île de France et entrera dans l’histoire de la RAF en devenant le premier officier ne faisant pas partie du Commonwealth à commander un Squadron.

De la formation à l’évasion...

En 1939, le sergent de réserve René Mouchotte est mobilisé suite aux tensions croissantes en Europe. Ce dernier cherchait alors à voler sur les chasseurs de l'Armée de l'air française : H.75, MS.406, MB.150, D.520,... Il n'aura jamais cette occasion car il sera affecté au sein de l'École de formation des instructeurs de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône, France), puis à l’École de formation des sous-officiers du personnel naviguant à Avord (Cher, France) et enfin, le centre d'instruction à la chasse d'Oran (Wilaya d'Oran, Algérie) en mai 1940. C'est là qu'il apprend l'armistice et refuse clairement de déposer les armes ; il doit rejoindre le Royaume-Uni ! Cependant, afin d'éviter de tels actes, les avions sont déréglés s'ils ne doivent pas voler. Il n'empêche, le 30 juin 1940 à 04h30, huit irréductibles décident de voler un Caudron-Goéland et un Caudron-Simoun pour se rendre à Gibraltar :

  • Charles Guérin, pilote le Caudron-Goéland et René Mouchotte prend la place du second-pilote. Henri Lafont, Georges Heldt, André Sorret et Claude Raoul-Duval prennent place à l'arrière.
  • François Fayolle et Jean-Hubet Stourm pilotent le Caudron-Simoun.
René Mouchotte à bord du Président Houduce au début du mois de juillet 1940, entre Gibraltar et l'Angleterre.
René Mouchotte à bord du Président Houduce au début du mois de juillet 1940, entre Gibraltar et l'Angleterre. (Crédits : Collection Fondation de la France Libre)

... et enfin au combat

Après une traversée en bateau, René arrive au Royaume-Uni au début du mois de juillet 1940. Désireux de prendre enfin part aux combats, il s'engage rapidement dans la Royal Air Force (RAF), effectue un entrainement pour voler sur le chasseur Hawker Hurricane. Affecté au Squadron 615 de la RAF, il effectue sa première sortie opérationnelle le 11 octobre et participe à la Bataille d'Angleterre et au Blitz. En juillet 1941, il est promu lieutenant et occupe le poste de chef d'escadrille. Durant cette période, il enregistre, le 26 août 1941, sa première victoire aérienne en abattant un bombardier moyen Ju-88.

Entre FAFL et RAF

Il participe, à la fin de l'année 1941, à la naissance du Squadron 340, ou groupe de chasse n°2 Île de France, sur Spitfire I/II. Promu capitaine le 15 mars 1942, il est alors à la tête de la 1ère escadrille Paris, alors que le GC n°2 est rééquipé sur le chasseur Spitfire Mk.V. Il recevra le 14 juillet de la même année la croix de guerre avec palme (citation à l'ordre de l'armée) des mains du général de Gaulle. 

Le 20 août 1942, il prend part à la couverture aérienne de l'opération Jubilee (raid de Dieppe) en réalisant pas moins de quatre missions sur cette seule journée ! Le 1er septembre, le "Captain René" comme le surnommait les Anglais, est à nouveau décoré mais par la RAF : il reçoit la prestigieuse Distinguished Flying Cross (DFC) anglaise.

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Il prend ensuite le commandement du Squadron 65 de la RAF : c'est la première fois dans l'histoire de la Royal Air Force qu'un officier n'appartenant pas à un pays du Commonwealth prend la tête d'un escadron ! Le 9 janvier 1943, il est à nouveau affecté au sein des FAFL et commande alors le GC n°1 Alsace (341 Squadron Free French). L'unité est alors basée sur la très prestigieuse base aérienne de Biggin Hill (Londres, Royaume-Uni), en charge de la défense du Sud-Est de l'Angleterre et de Londres : les squadrons affectés à cette base comptent parmi les plus expérimentés des Forces alliées au vu de sa position géographique. Le 15 mai 1943, il fera la une des journaux aux côtés du Squadron Leader Jack Charles : durant une mission commune, les deux pilotes abattront deux avions, portant le palmarès du Wing de Biggin Hill au chiffre record de 1.000 victoires !

Le 27 août, durant sa 141ème mission avec le GC Alsace, il escorte des bombardiers lourds B-17 Flying Fortress. Leur objectif est de bombarder le blockhaus d’Éperlecques, une imposante base fortifiée de lancement de missiles V2. Il ne reviendra jamais de cette mission, René Mouchotte avait alors 29 ans.

Avec leur deux victoires et le score de 1.000 victoires pour le Wing, René Mouchotte (gauche) et Jack Charles (droite) font la une de la presse.
Avec leur deux victoires et le score de 1.000 victoires pour le Wing, René Mouchotte (gauche) et Jack Charles (droite) font la une de la presse. (Crédits : 611 Squadron RAUXAF)
... 999 et enfin 1.000 pour le Wing de Biggin Hill ! Jack Charles marquant les deux victoires du Wing sur un Sptifire devant les pilotes du Squadron 611.
... 999 et enfin 1.000 pour le Wing de Biggin Hill ! Jack Charles marquant les deux victoires du Wing sur un Sptifire devant les pilotes du Squadron 611. (Crédits : 611 Squadron RAUXAF)

Une identification compliquée

Le 3 septembre 1943, le corps d'un pilote allié s'échouait sur la plage de Middelkerke (Flandre-Occidentale, Belgique), avec la plaque d'identification d'un certain "René Martin". Son corps, enterré sur la plage, est retrouvé par la RAF au printemps 1949 mais aucun René Martin n'est porté manquant sur les listes. Il faudra qu'un officier anglais porte son attention sur l'inventaire des vêtements retrouvé par les Allemands : une étiquette en partie effacée affichait "adj. Ren. MO[][][]O[][][]". Pierre Clostermann, qui vola sous ses ordres au sein du GC Alsace, confirma alors que René Martin était bel et bien René Mouchotte. Après un hommage aux Invalides, sa dépouille fut définitivement inhumée au cimetière du Père Lachaise.

Totalisant 1.748 heures de vols, dont 408 heures pour 382 missions de guerre, ce pilote "mort pour la France" en opération aérienne aura, grâce à son expérience de pilote, permis la formation de nombreux autres pilotes, l'aide à la création et à la formation du GC Île de France et commandé plusieurs unités de la RAF. En plus de la croix de la croix de guerre et de la DFC, René Mouchotte est également chevalier de la Légion d'Honneur et Compagnon de la Libération (décret du 8 mai 1943), en plus que d'autres décorations. Il reçoit aussi six citations et totalisera trois victoires confirmées (dont une en collaboration), une probable et un chasseur endommagé.

Des hommages en France… et à Gibraltar !

Honoré par son bref passage et preuve de son implication au sein de la RAF, le quartier général de la Royal Air Force de Gibraltar a été renommé "Mouchotte Building" (en français, Bâtiment Mouchotte) le 14 septembre 2013. Le changement de nom a été effectué à l’occasion de la cérémonie commémorative de la bataille d’Angleterre présidée par l'Air Chief Marshal Stuart Peach, qui était à l'époque le Vice-Chief of the Defence Staff.

Son nom est aussi repris dans plusieurs villes de France pour des rues et des places. La base aérienne 103 de Cambrai-Epinoy porta également son nom, ainsi que l’École de Transition Opérationnelle ETO 00.008 de Cazaux ou encore l'aéro-club du Plessis-Belleville.

Gaétan Powis

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