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Les Emirats Arabes Unis pourraient acheter des chasseurs chinois J-20

Photo de Xavier Tytelman

Xavier Tytelman

Publié le 06 mai 2024 à 05:31

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Media DR

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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Bien que l'approbation d'Israël ait finalement été obtenue pour la vente des F-35 aux Émirats arabes unis, des spéculations sur un possible choix chinois par les EAU voient le jour, malgré les restrictions à l'exportation du J-20. Le chef des opérations conjointes des Forces armées émiraties s'est rendu à Pékin fin avril afin d'y rencontrer le commandant de l'Armée de l'air chinoise, une rencontre symbole d'un rapprochement entre les deux nations qui pourrait laisser envisager une future collaboration dans le domaine de l’aviation militaire.

Les Emirats face au F-35 américain

La Force aérienne des Émirats arabes unis dispose traditionnellement de deux types d'appareil, il s'agit jusqu'à présent des F-16 vendus par les USA, et de Mirage 2000-9 de Dassault. Alors que les 67 Mirage 2000 vont être remplacés par 80 Rafale au standard F4 pour un contrat signé en 2021. Mais la question de la succession des F-16 reste posée.

En novembre 2020, l’administration Trump approuve la vente de 50 chasseurs furtifs F-35 aux Émirats, pour un montant de 23 milliards de dollars. Cette décision intervient après la signature, le 13 août 2020, d'un accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis, suivi par la reconnaissance de l’État hébreux par ces derniers en septembre. Et si les médias de l’époque se réjouissent alors d’une future paix régionale (l’avenir leur donnera tord), le désir des Émirats d’acquérir le chasseur américain furtif F-35 va compromettre ce début de normalisation des relations avec Israël. Le pays s’oppose en effet fermement à la vente de l'appareil aux Émirats, invoquant la politique « d’avantage militaire qualitatif » dont elle bénéficie. 

Cette politique, initiée par les États-Unis dans les années 1960, vise à garantir qu'Israël dispose des moyens militaires les plus avancés pour maintenir sa supériorité régionale, et la vente sera donc gelée par l’administration Biden en 2021. Plusieurs raisons à cela : Israël en premier lieu, mais également les conditions imposées par Washington sur les bilans en matière de droits de l’homme, et enfin la Chine, dont le rapprochement avec les Émirats est vu d’un mauvais œil par Washington. Les États-Unis craignent particulièrement que la Chine n’utilise la technologie 5G de Huawei pour espionner les capacités des actions du F-35, alors que les Émirats ont refusé de mettre fin au contrat avec le géant technologique. Dernier frein et non des moindres, les EAU co-financent le développement du chasseur russe Su-75, dérivé du Su-57 qui brille par son absence dans la guerre en Ukraine.

Malgré l’abondance de pétrodollars, les Émirats peinent donc à accéder au F-35 et vont à leur tour menacer d’annuler le contrat. Poussé dans les bras d’autres fournisseurs militaires potentiels, l’option émiratie pour le J-20 semble alors plausible.

Rapprochement Emirats / Chine

Sur le plan économique, les Émirats arabes unis sont le plus grand marché d'exportation des États-Unis au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Plus de 1 000 entreprises américaines opèrent dans le pays et de nombreuses autres l'utilisent comme siège régional pour mener des affaires dans toute la région du Moyen-Orient, de l'Afrique du Nord et de certaines parties de l'Asie. Le fait que les Émirats se rapproche de la Chine n’est donc pas anecdotique. Comme l'a rapporté The Hill l'année dernière, "Le tissu des liens stratégiques de l'Amérique avec la région du Golfe se déchire", et il semble que la situation ne fasse qu'empirer. Si la Chine est le plus grand partenaire commercial non pétrolier des Émirats arabes unis à l'échelle mondiale, c’est dans le domaine militaire que les relations évoluent le plus.

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En 2021, les services de renseignement américains ont ainsi découvert l'existence d'une installation militaire de la Chine dans un port des Émirats arabes unis. Les Émirats ont accepté de mettre fin au projet à la demande des États-Unis, mais la construction aurait repris fin de 2022. Les Emiraties ont également participé à l’exercice conjoint « Falcon Shield 2023 », avec leurs avions F-16 block 60 ou encore le Mirage 2000-9. Autant d'occasion pour la Chine d'en apprendre sur le matériel occidental.

La récente rencontre entre le général Saleh Mohammed bin Majren Al Ameri et le lieutenant-général Chang Dingqiu, de l'Armée de l'air chinoise, illustre ce rapprochement entre les deux pays. Fait intéressant, les photos partagées par le ministère de la Défense des Émirats arabes unis après la visite en Chine montrent une peinture avec deux chasseurs J-20 Mighty Dragon, véritables vedettes de cette réunion.

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663889cd3645a.webp (Crédits : Image Air & Cosmos)

Le J-20 : un candidat à l’exportation ?  

La récente acquisition par les Émirats des jets-entraîneurs chinois Hongdu L-15A Falcon, et les spéculations entourant l'intérêt potentiel pour le chasseur furtif Chengdu J-20, vont dans le sens du rapprochement entre les Émirats et la Chine, d'autant que les EAU ont renoncé à tout partenariat avec la Russie dans le domaine de l'aviation suite aux contre-performances des chasseurs de Moscou en Ukraine.

Les obstacles rencontrés dans l'acquisition des chasseurs F-35 américains, malgré les liens étroits entre les deux pays, ont incité les Émirats à envisager sérieusement d'autres alternatives, dont le J-20 chinois. Ironique quand on sait que les États-Unis accusent la Chine d’avoir fabriqué le J-20 à l’aide de technologies américaines, acquises par le biais d’espionnage.  

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66388e0df0c9b.webp (Crédits : Image Air & Cosmos)

Pour l'instant, il est encore trop tôt pour dire si les Émirats arabes unis finiront par acquérir le J-20 de la Chine, étant donné que ce type d’avion serait difficile à intégrer avec d'autres actifs au sein de leur armée de l’air et que la Chine ne semble pas avoir pour ambition de l’exporter (privilégiant le FC-31). En outre, les discussions avec la Chine pourraient également être un moyen pour les Émirats de mettre la pression sur les États-Unis, en raison du blocage de l'accord sur le F-35. Pour l’instant, l’accord de vente reste viable selon Daniel Mouton, ancien responsable du Conseil de sécurité national des États-Unis.

Cependant, compte tenu de la crise régionale et d'autres raisons géopolitiques, les pays arabes représentent une bonne opportunité de marché pour la Chine, qui entretient déjà des relations amicales avec nombre d’entre eux et ambitionne de devenir le principal fournisseur d'avions de combat et de drones au Moyen-Orient. A moins que les USA ne permettent une montée en puissance des EAU en tant qu'armée de première ligne face à la menace régionale iranienne, une menace partagée par tous les États de la région, qu'ils reconnaissent ou non l’État d'Israël...

Xavier Tytelman

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