Concept MORANE : l'Armée de l'Air et de l'Espace renforce son agilité
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Armée de l'Air et de l'Espace
Ce contenu est réservé aux abonnés Air&Cosmos

Armée de l'Air et de l'Espace
Depuis février 2022, la guerre en Ukraine a remis en lumière l’importance de la boucle de ciblage et des risques encourus par les moyens militaires lorsque leur positionnement est trop prévisible : un manque de discrétion visuelle et c’est un prochain passage de satellite qui va démasquer un poste de commandement avancé, une émission électromagnétique trop fréquente et les moyens d’écoute de l’adversaire vont rapidement localiser un système sol-air… mais c’est en fait l’ensemble des moyens qui se retrouve désormais sous la menace des drones, des missiles de croisière et des armes balistiques : les bases arrières ne sont plus des sanctuaires où le stationnement dans la durée des avions était possible sans risque, et il redevient critique pour les forces aériennes de protéger leurs appareils des frappes adverses.
A l’échelle d’un théâtre comme celui de l’Ukraine, la grande majorité des emprises se retrouve ainsi à portée de tir des systèmes russes (et réciproquement, les forces ukrainiennes parviennent à frapper des bases russes, en Crimée voire en Russie). Pour les pays de l’OTAN, cette situation rappelle la Guerre Froide et invite au retour des principes de protection des terrains (défense sol-air, abris durcis…) et de dispersion, qui avaient structuré les doctrines et l’entrainement pendant plusieurs décennies. Cependant, les performances des armes modernes impliquent de disposer de défenses multicouches complexes, nombreuses et coûteuses pour espérer les arrêter, ce qui rend la sécurisation d’ensemble difficile à concrétiser.
Ne pas stationner trop longtemps, ne pas concentrer les moyens au sol, tout en créant des dilemmes pour ses adversaires, représente donc l’enjeu auquel l’Armée de l’air et de l’espace (AAE) fait à nouveau face pour se préparer aux conflits de haute intensité. Cet enjeu se traduit par un besoin d’agilité dont la pratique n’a que peu été entretenue depuis 30 ans et qui doit être maitrisé, comme le rappelle le général de corps aérien Laurent Rataud, commandant la Défense Aérienne et les Opérations Aériennes (COMDAOA).
Si depuis quelques années l’US Air Force développe déjà une doctrine et s’entraine à l’agilité au travers du concept d’Agile Combat Employment (ACE) largement repris par la Royal Air Force (RAF), les aviateurs français ont pour leur part lancé leurs premières expérimentations dans le domaine depuis 2022. Après une ébauche théorique, c’est une approche pratique incrémentale qui a débuté sur le terrain par un premier déploiement réalisé en Finlande, en octobre 2022, par des Rafale B de la 4ème Escadre de chasse. A la même période, l’Etat-Major Opérationnel Air du CDAOA proposait de baptiser le concept selon l’acronyme MORANE (Mise en Œuvre Réactive de l’Arme aérienNE), qui rend hommage aux frères Robert et Léon Morane : deux pionniers de l’aviation qui ont marqué l’essor de l’industrie aéronautique française, de ses prémices dans les années 1910 jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale.