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Vers un manque de missiles de précision russes en Ukraine

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 14 juin 2022 à 04:40

Des missiles sol-air Kh-101 montés sous des Tu-95 russes.

Des missiles sol-air Kh-101 montés sous des Tu-95 russes.

Russian MoD

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Au début de la guerre, la Russie a tiré un grand nombre de missiles guidés sur les installations ukrainiennes de premier ordre. Cependant, avec la prolongation inattendue du conflit, le stock de ces missiles semble désormais assez bas, comme le confirme l'utilisation de missiles antinavires contre des cibles terrestres ou encore les tirs de missiles datant des années 60.

Les premières frappes

Durant les premières heures de l'invasion russe, de nombreuses installations ukrainiennes ont été détruites voire endommagées. Ces destructions ont été causées par des missiles Kh-101 ou Kh-555 (AS-15 Kent), lancés depuis des bombardiers stratégiques Tu-95 Bear russes. En mer, les quelques frégates et sous-marins de la flotte de la mer Noire ont aussi lancé des missiles 3M-54 Kalibr (SS-N-27 Sizzler). Les forces terrestres participent aussi aux premiers bombardements avec les tirs de missiles Iskander 9K720 (SS-26 Stone). Ces différents moyens représentent alors les principaux missiles longue portée de précision au sein de l'arsenal russe mais aussi les plus modernes :

  • Kh-101 en service depuis 2012
  • 3M-54 en service depuis 2015
  • 9K720 en service depuis 2006

Une précision historiquement plus faible

Toutefois, la culture stratégique russe ne laisse pas beaucoup de place aux bombardement de haute précision : en pleine guerre froide, les forces de l'OTAN développent des bombes à guidée laser ou encore des missiles guidés de haute précision. Ces nouveaux systèmes doivent réduire les éventuels dommages collatéraux tout en augmentant l'efficacité des munitions, à tel point qu'aujourd'hui, certaines munitions ont une précision de l'ordre du mètre ! Or, suite au manque d'intérêt des munitions de précision du côté soviétique, les systèmes russes développés par après impactent parfois avec une précision d'une dizaine de mètres. 

Cette faible précision est confirmée par les images satellites des premiers jours du conflit, comme par exemple la piste de la base aérienne de Zhytomyr : il est possible d'apercevoir que des missiles ont été tirés pour détruire la piste mais qu'ils ont impacté sur les côtés de celle-ci.

De "nouveaux" missiles utilisés

Avec un conflit qui dure plus longtemps que prévu, les différentes frappes russes diminuent en intensité et ce, malgré la confirmation que des objectifs sont intacts. Certains annoncent alors une diminution des stocks de missiles russes...

Cette diminution des lancements s'accorde aussi avec une différenciation des matériels déployés afin de continuer les destructions dans la profondeur : des missiles stand-off air-sol Kh-59 (Kingbolt) ont été lancés sur l'Ukraine, quelques semaines après le début du conflit. Ces missiles stand-off sont cependant assez rarement utilisés. Ils sont aussi étrangement tirés contre des cibles dont la valeur militaire est nulle et donc peu défendue, comme des entrepôts à grains.

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Les quelques missiles hypersoniques tirés sur l'Ukraine semblaient au départ être un coup de communication. Certes, le premier tir sur une installation militaire est clairement effectué dans une optique de propagande. Toutefois les autres missiles hypersoniques ont probablement été utilisés suite au manque de missiles de précision. Mais, tout comme le Kh-59, certaines cibles touchées semblent d'un faible intérêt militaire, comme par exemple, le complexe commercial et d'hôtels de la ville d'Odessa touché en mars !

Artillerie et bombes lisses

A défaut d'utiliser des missiles de précision, l'Armée de l'Air russe a continué d'appuyer les troupes et ce, avec un certain regain, d'ailleurs confirmé par l'augmentation des pertes. En effet, les avions doivent voler bas pour pouvoir viser les cibles avec leurs bombes lisses ou leurs roquettes. Ils sont donc des cibles d'intérêt pour les MANPADS ukrainiens. Cet appui et plus visible dans le Donbass que du côté de Kherson. Il semblerait que les systèmes de défense aérienne longue portée ukrainiens sont plus en arrière de la ligne de front du côté du Donbass, au contraire de la région de Kherson. Il n'empêche, dans ce cas-ci, certaines munitions sont très vétustes, comme le montre l'état de la FAB 3000 utilisée en avril contre Marioupol.

Du côté des troupes terrestres, le soutien russe est principalement composé de pièces d'artillerie tractées, automotrices ou de lance-roquettes multiples. La Russie a particulièrement regroupé un nombre important de troupes dans cette zone, en ce compris, leurs soutiens d'artillerie. Il est possible de voir des champs totalement remplis de trous d'obus, démontrant la massification des pièces d'artillerie sur la zone.

Enfin, les missiles longue portée n'ont pas entièrement disparus mais se font de plus en plus rare : ils semblent viser principalement des nœuds ferroviaires importants pour les Ukrainiens afin de ralentir la logistique ukrainienne. Ils espèrent aussi ralentir l'afflux des obusiers autopropulsés offerts à l'Ukraine (article spécifique). Ces obusiers s'avèrent important dans cette phase du conflit car ils peuvent détruire les pièces russes sans s'exposer à un tir de contre-batterie (shoot-and-scoot).

Des missiles antinavires... des années 60

Mais les Russes profitent aussi des stocks de missiles peu utilisés depuis le début du conflit. Cela comprend notamment des missiles antinavires utilisés en tant que missiles de croisière contre des cibles terrestres. C'est par exemple le cas au début du mois de mars lorsque des tirs de missiles P-600 Onyx depuis des systèmes K-300P Bastion P (SS-C-5 Stooge) sont filmés par le Ministère de la Défense russe.

Toutefois, le manque de missiles de croisière semble se confirmer au début du mois de mai quand un bombardier Tu-22M3 filme le lancement de missiles antinavires Kh-22 (AS-4 Kitchen) air-sol... entrés en service au début des années 60 ! Ces missiles sont peu précis car leur objectif devait être les porte-avions et grandes unités navales des marines des États membres de l'OTAN et ils pouvaient transporter une bombe nucléaire tactique ou une ogive classique. Il n'est pas clair si ces missiles ont été mis à la retraite et réactivés ou seulement stockés (et officieusement mis à la retraite) et puis réutilisés en Ukraine. Il n'empêche, leur faible précision risque d'augmenter les pertes civiles en Ukraine tout en augmentant le besoin de frapper avec plusieurs missiles certaines cibles ukrainiennes.

Enfin, du côté des troupes terrestres, les troupes russes ont remis en service des OTR-21 Tochka (SS-21 Scarab), comme le confirme la vidéo d'un convoi datée du 30 mars : celui-ci comprend huit OTR-21 Tochka (SS-21 Scarab), neuf camions Kamaz (dont certains transportant des conteneurs de missiles de croisière) et plusieurs véhicules de communication dans les environs de Gomel (Gomel, Biélorussie). Contrairement à l'Ukraine, la Russie ne comptait plus de Tochka en service, puisqu'ils ont été remplacés par les Iskander. Cependant, avec les nombreux tirs d'Iskander au début des opérations, la Russie a surement dû ressortir ses anciens Tochka pour continuer de détenir une capacité sol-sol longue distance.

Une confirmation anglaise

Le manque de missiles de précision longue portée semble se confirmer dans le rapport du Defense Intelligence anglais du 11 juin (original dans le tweet ci-dessous) :

"[...] Depuis avril, des bombardiers moyens russes ont probablement lancé des dizaines de missiles antinavires lourds Kh-22/AS-4 Kitchen des années 60 contre des cibles terrestres. Ces missiles de 5,5 tonnes étaient principalement destinés à détruire des porte-avions en utilisant une ogive nucléaire. Lorsqu'ils sont employés dans un rôle d'attaque au sol avec une ogive conventionnelle, ils sont très imprécis et peuvent donc causer des dommages collatéraux importants et des pertes civiles.

La Russie a probablement recours à des systèmes d'armes aussi inefficaces parce qu'elle manque de missiles modernes plus précis, tandis que les défenses aériennes ukrainiennes continuent de dissuader ses avions tactiques de mener des frappes sur une grande partie du pays."

Gaétan Powis

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