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Le très récent système antiaérien russe S-350 déployé pour la première fois dans le cadre du conflit ukrainien

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 18 août 2022 à 13:30

Une partie de la batterie de S-350 russe déployée à Taganrog.

Une partie de la batterie de S-350 russe déployée à Taganrog.

Ministère russe de la Défense

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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Les Forces armées russes reçoivent depuis quelques années un nouveau système antiaérien de courte et moyenne portée, à savoir, le S-350. Il doit remplacer à terme les anciens S-300PM2 mais leur production est très récente. De fait, l’apparition de ces systèmes sur un théâtre d'opération est très rare. Or, il s’avère qu’une batterie ait été récemment déployée sur la base aérienne de Taganrog. Celle-ci est très utilisée par les Russes depuis leur redéploiement sur le Donbass, notamment via l’accueil de Su-25.

Tout premier déploiement en lien avec l'Ukraine

Une vidéo de propagande

Dans une vidéo de propagande, le ministère de la Défense russe souhaitait montrer que ses avions continuaient d'appuyer les troupes au sol en Ukraine depuis la base aérienne de Taganrog (Rostov, Russie), située à une quarantaine de kilomètres de la frontière ukrainienne. En dehors de la quinzaine d’avions d’attaque au sol Su-25 et au GPS présent dans le cockpit, la vidéo est intéressante d’un point de vue OSINT car elle permet de confirmer la présence d’une batterie antiaérienne S-350, dont ce serait le premier déploiement confirmé dans le cadre de l’invasion de l’Ukraine.

Un système très récent

Il s’agit d’un système antiaérien de courte et moyenne portée russe très récent et dont la conception a commencé grâce à un partenariat avec la Corée du Sud. En effet, durant les années 2000, la Corée du Sud cherchait à développer un système antiaérien capable de remplacer les vieilles batteries de missiles MIM-23 Hawk. L’entreprise d’état russe Almaz-Antey a alors été choisie pour soutenir les entreprises sud-coréennes dans ce développement, ce qui donnera lieu au KM-SAM Cheongong I et sa version modernisée, Cheongong II. Forte de cette expérience, l’entreprise Almaz-Antey a alors cherché à développer un nouveau système antiaérien pour remplacer les vieux S-300PM2 russes. Le système est montré au grand public en 2013 et les essais se terminent en 2015. Un plan de commande est alors lancé par les Forces armées russes pour la livraison d’environs 150 S-350 entre 2018 et 2027, avec une première arrivée en unités en 2019. De fait, le nombre de S-350 opérationnels est encore faible au sein des Forces armées russes. Il est ouvert à l’exportation : il s’agit d’un système antiaérien russe moderne et qui est moins coûteux à l’achat que le S-400 et plus moderne que le S-300PMU2.

La batterie déployée

Elle est déployée entre les taxiways et la piste de la base aérienne. Elle se compose d’au moins trois lanceurs 50P6, deux radars 50N6E, un poste de commandement 50K6 ainsi qu’un radar 96L6E/MZKT-7930. La photo ci-dessous montre deux lanceurs 50P6, un radar 50N6E et un radar 96L6E.

Une partie de la batterie antiaérienne courte et moyenne portée S-350 Vityaz sur la base aérienne russe de Taganrog.
Une partie de la batterie antiaérienne courte et moyenne portée S-350 Vityaz sur la base aérienne russe de Taganrog. (Crédits : Ministère de la Défense russe (vidéo), Air&Cosmos (analyse))
  • Lanceur 50P6

Au moins trois lanceurs 50P6 sont déployés sur la base. Ils peuvent tirer jusqu'à 12 missiles antiaériens et le temps de rechargement des 12 conteneurs est d'environ 30 minutes. Ils peuvent s'éloigner jusqu'à deux kilomètres du centre commandement de la batterie.

C’est un lanceur polyvalent puisqu’il peut emporter 12 conteneurs comprenant chacun un missile sol-air moyenne portée 9M96E (120 kilomètres de portée) ou plusieurs missiles (entre deux et quatre par conteneurs, selon les sources) sol-air infrarouge courte portée 9M100 (10 kilomètres de portée).

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  • Radar 50N6E

Il s'agit d'un radar à bande X monté sur le châssis d'un camion 6x6 BAZ-69092-12. Le système serait capable de détecter et suivre plus de 40 cibles et guider 16 missiles antiaériens sur les cibles hostiles. Il est capable de détecter des avions, hélicoptères, drones et missiles. La distance de détection est inconnue.

  • Poste de commandement 50K6

Il n’est pas visible (peut-être derrière le talus sur la photo ci-dessus) mais c’est le véhicule central d’une batterie S-350 car c’est le poste de commandement. Il permet à la batterie de rester en contact avec les autres batteries antiaériennes (permettant une défense en réseau) et les échelons supérieurs. C’est aussi le centre opérationnel de la batterie puisqu’il gère les radars et les lanceurs de la batterie en question.

  • Radar 96L6E/MZKT-7930

Un radar au départ sur semi-remorque...

Présenté en août 1997, il s'agit au départ d'un radar pour le nouveau S-300 de l'époque, dont les premiers essais ont eu lieu le 10 août 1995. Il doit permettre une modernisation et une certaine harmonisation des systèmes de détection des radars adjoints aux batteries antiaériennes russes. Il existe en deux versions sur semi-remorque ; 96L6E/40V6M, avec un mât d'une hauteur de 23,8 mètres ou 6L6E/40V6MD, avec un mât d'une hauteur de 38,8 mètres.

Lorsqu'il est monté sur un mât, il est très efficace pour le suivi de cibles en basse et très basse altitude.

... devenu mobile !

Il s'agit du radar aperçu dans la vidéo. Il est monté sur un châssis de camion 8x8 MAZ-7930. Il est présenté par l'entreprise d'état russe Almaz-Antey Air Defense au grand public en 2001 pour la toute première fois et les essais sont terminés en 2005. Deux ans après, les Forces russes passent une commande pour de nombreux radars, dont le premier exemplaire entre officiellement en service en 2008. 

C'est un système radar de détection toutes altitudes (jusqu'à 100 kilomètres d'altitude) et peut détecter des avions, hélicoptères, drones et missiles. Il est développé pour la détection, la recherche et l'identification de cibles.

Sa portée théorique est de 300 kilomètres mais les différents sites concernant ce système ne précisent pas la différence de portée entre les versions 96L6E/40V6M, 6L6E/40V6MD semi-mobiles (spécialisés pour le suivi en basse altitude) et 96L6E mobile (toutes altitudes).

Les différentes versions du radar d'acquisition russe 96L6E.
Les différentes versions du radar d'acquisition russe 96L6E. (Crédits : Image Air & Cosmos)

Quelle implication tactique ?

L'arrivée de ce système est récente puisqu'il n'apparait pas sur les images satellites de Google Earth (dernières images datant de février 2022). Avec une portée maximale de 120 kilomètres de portée, le système n’est en aucun cas déployé pour détruire les appareils ukrainiens volant en Ukraine puisque la base est trop éloignée de la ligne de front (au plus proche, 118 kilomètres).

En revanche, d’un point de vue défensif, il peut être utilisé pour protéger les installations et les appareils présents contre d’éventuels drones. Le 1er mars dernier, la base avait été attaquée par les Ukrainiens lorsqu’ils ont tiré un missile Tochka-U, détruisant ou endommageant sérieusement un avion de transport russe Il-76. La menace d’une attaque de drone est aussi réelle puisque le 22 juin, la raffinerie de Novochakhtinsk (située à 100 kilomètres au Nord-Ouest de Taganrog) avait été attaquée suite à l’utilisation par les Ukrainiens d’un drone longue portée, lancé à plus de 160 kilomètres derrière la ligne de front (plus d’infos dans cet article). 

Enfin, du côté des avions, il faut noter que la base aérienne regroupe quantitativement l'équivalent d'un régiment renforcé de Su-25 mais la quinzaine d'appareils identifiés appartient étonnamment à trois régiments différents (18ème, 368ème et probablement le 266ème régiment). Cela laisse à penser que les régiments sont dispersés sur d’autres bases ou que les Russes manquent d’avions opérationnels. A ce propos, le Su-25 est l'avion de combat russe le plus descendu par les Ukrainiens (selon les pertes confirmées par photos du site internet Oryx); depuis le 24 février, les Russes ont perdu 17 Su-25 ainsi que 2 lourdement endommagés (très probablement irréparables).

Gaétan Powis

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