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L'Ukraine détruit un navire de débarquement et un sous-marin russe à Sébastopol

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 13 septembre 2023 à 11:06

Incendies en cours dans deux cales sèches de Sébastopol après une attaque ukrainienne (12-13 sept. 2023).

Incendies en cours dans deux cales sèches de Sébastopol après une attaque ukrainienne (12-13 sept. 2023).

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Durant la nuit du 12 au 13 septembre, la base navale de Sébastopol a subi une attaque. Les premières images confirment la destruction d’un navire de débarquement. Des annonces d’officiels russes permettent aussi d’affirmer la perte d’un sous-marin russe. Cette attaque démontre comment une marine ne possédant qu’une flottille de patrouilleurs peut faire face à l’une des plus grosses puissances navales au monde.

Sébastopol sous le feu ukrainien

Dans la nuit du 12 au 13 septembre, la base navale de Sébastopol a été la cible d'une attaque coordonnée. Celle-ci, d'après le ministère de la Défense russe, comprenait 10 missiles et trois drones maritimes (Reuters). Les Ukrainiens ont visé deux cales sèches situées dans la zone sud de la base navale. De récentes images satellites montraient que les deux cales étaient occupées par ;

  • le navire de débarquement de char Minsk (classe Ropucha)
  • le sous-marin Rostov-sur-Don (classe Kilo améliorée)

L'attaque semble avoir été extrêmement précise, comme démontré par les premières images (ci-dessous) des cales sèches et du Minsk en feu.

Une image publiée dans la journée démontre l'importance des dégâts : alors que le mât s'est affaissé (en rouge), on n'aperçoit seulement la cheminée bâbord (gauche) et il manque une partie de la superstructure arrière (en jaune), située entre le mât et la tourelle arrière (en bleu). Deux possibilités :

  • il s'agit du point d'impact du missile et l'explosion a fait disparaitre la majeure partie de la superstructure arrière.
  • suite à l'incendie provoqué par le missile en question, le pont s'est affaissé, faisant disparaitre la majeure partie de la superstructure arrière.

Les dégâts sont beaucoup trop importants pour une éventuelle réparation : le navire est totalement détruit. L'image ne permet pas de voir le sous-marin, situé dans l'autre cale sèche, entre le Minsk et la grande échelle de pompier visible en arrière-plan.

D'après d'autres informations OSINT, différentes autorités russes (Flotte de la mer Noire, Etat-major et officiels de Sébastopol) confirment que le Minsk et le sous-marin Rostov-sur-Don (classe Kilo améliorée) sont tous deux irréparables. La frappe de missile aurait tuée 11 personnes et blessant aussi 31 autres (des militaires ou ouvriers).

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Comparaison entre un navire de la classe Ropucha et le Minsk (classe Ropucha) après l'attaque du 12-13 septembre 2023 (distances différentes entre les deux images).
Comparaison entre un navire de la classe Ropucha et le Minsk (classe Ropucha) après l'attaque du 12-13 septembre 2023 (distances différentes entre les deux images). (Crédits : Air&Cosmos, Mil.ru, open sources)

Marine ukrainienne vs Flotte russe de la mer Noire

Concrètement, la Marine ukrainienne est pratiquement inexistante sur le papier, ses navires de combat n’étant que de simples patrouilleurs. À l’inverse, la Flotte russe de la mer Noire aligne pas moins de 29 navires de guerre de premier plan, sans compter les autres bâtiments de guerre des mines, de soutien, de débarquement,… :

  • 4 frégates de la classe Krivak (2) ou Grigorovich (2)
  • 21 corvettes de la classe Grisha (6), Buyan-M (4), Bora (2), Tarantul (5) ou Bykov (4)
  • 4 sous-marins d’attaque de la classe Kilo (sans compter le Rostov-sur-Don, détruit)

À noter que cette flotte comptait également un trentième navire : le croiseur lance-missile Moskva (classe Slava), navire amiral de la Flotte russe de la mer Noire mais ce dernier a été coulé en mer Noire par une attaque de missiles sol-mer ukrainiens. 

C’est probablement l’une des seules fois, voire l’unique exemple, au sein de l’Histoire navale moderne où une marine totalement surclassée parvient à maintenir le contrôle de son espace maritime proche, tout en se permettant des attaques à longue distance ou en se payant le luxe de détruire des bâtiments ennemis dans une de ses bases les plus importantes. La Marine ukrainienne effectue ainsi une véritable démonstration d’école d’une guerre asymétrique en plein conflit de haute intensité.

Deux bassins en moins

Si le focus s'effectue bien évidemment sur les deux bâtiments détruits, il faut aussi noter que la Flotte de la mer Noire perd momentanément deux cales-sèches. Elles sont utilisées pour l'entretien des navires de guerre mais aussi pour effectuer des réparations lourdes. Or, il faudra du temps à la Marine russe pour évacuer les épaves et nettoyer les deux emplacements. La base navale de Sébastopol comprend quelques docks flottant mais ceux-ci ne peuvent pas tous être utilisés pour de grandes unités. Il existe une autre cale sèche en dehors de la base en question mais située dans la baie de Sébastopol. Si quelques navires de guerre l'ont utilisée ces dernières années, elle semble plutôt centrée sur l’accueil de navires civils.

Classe Ropucha ?

La classe Ropucha est une classe de navire de débarquement de char (LST) roll-on/roll-off. Il peut faire rentrer ou faire débarquer les véhicules depuis sa porte avant ou une porte à l’arrière. À pleine charge, le tonnage d’un de ces navires est estimé à 4.360 tonnes. Trois bâtiments de cette classe diffèrent par un réarrangement interne offrant une capacité d’accueil de troupe plus importante et un système d’arme modifié avec 2 tourelles AK-630 à l’arrière en lieu et place de la seconde tourelle AK-176 (76 mm). Cette sous-version est dénommée Ropucha II. Dans ce cas-ci et comme démontré par la présence de la tourelle de 76 mm arrière, le Minsk était un navire de la classe de base Ropucha/Ropucha I.

Classe Kilo ?

Pour rappel, la classe Kilo est une classe de sous-marin d’attaque à propulsion conventionnelle (diesel-électrique). Pour être plus précis, le Rostov-sur-Don est un bâtiment de la classe Kilo améliorée. Celle-ci est une version modernisée de la classe Kilo, avec des systèmes digitaux, permettant le tir de munitions modernes, telles que des missiles depuis ses six tubes lance-torpilles. Ce sous-marin est assez récent car il est entré en service le 26 décembre 2014. Si les images permettent de confirmer sa perte, il s’agira du premier sous-marin russe détruit par les Ukrainiens depuis le début de l’invasion russe (24 février 2022).

Article modifié le 13 septembre 2023 à 16h35.

Sous-marin d'attaque à propulsion conventionnelle (SSK) russe Rostov-on-Don.
Sous-marin d'attaque à propulsion conventionnelle (SSK) russe Rostov-on-Don. (Crédits : Mil.ru)

Gaétan Powis

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