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Des Super-Étendards Modernisés pour l'Ukraine : entre rêve et réalité ?

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 12 juin 2024 à 15:41

Super-Étendard modernisé et Super-Étendard (arrière-plan) de l'Aéronavale argentine.

Super-Étendard modernisé et Super-Étendard (arrière-plan) de l'Aéronavale argentine.

Argentina Navy

Hebdomadaire

N2979 ● 17 juillet 2026

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L’Argentine serait en négociations avec la France et les États-Unis pour livrer cinq Super-Étendard Modernisé à l’Ukraine. Leur capacité antinavire pourrait être utile pour l’Ukraine mais de manière générale, cette livraison semble uniquement à l’avantage de l’Argentine : la livraison de ces SEM présente de nombreux inconvénients et très peu d'avantages au vu des moyens demandés pour les livrer !

Des négociations en cours

Ce 11 juin un article publié par le journal argentin Infobae a annoncé que le gouvernement argentin est en pleines négociations pour pouvoir livrer des avions de combat Super-Étendard aux Forces armées ukrainiennes. Javier Milei, président argentin, en collaboration avec Louis Petri, ministre de la Défense argentin, et Diana Mondino, ministre des Affaires étrangères argentine, discuteraient actuellement avec la France et les États-Unis en vue de cette potentielle livraison. Toujours d'après Infobae, cette livraison aurait été abordée par Diana Mondino avec Stéphane Séjourné, ministre des Affaires étrangères français lors d'une réunion à l'OTAN ou encore auprès de Jake Sullivan, conseiller à la sécurité auprès du Président américain, durant une visite à Washington DC.

Comme expliqué dans un précédent article, l'Aéronavale argentine (COAN) avait acheté 5 Super Étendard Modernisés (SEM) de seconde main à la France, ainsi que des pièces détachées. Or, ces cinq SEM n'ont été que très peu utilisé (voir pas du tout) en Argentine et ce, pour une très bonne raison : les sièges éjectables des avions ne sont pas fonctionnels ! Depuis 1982 et la guerre des Falklands, aucune livraison de matériels militaires du Royaume-Uni vers l'Argentin n'est autorisée, y compris les pièces de rechanges ou encore cartouches explosives permettant le déclenchement du siège éjectable des SEM livrés par la France.

Super-Étendard modernisé et Super-Étendard (arrière-plan) de l'Aéronavale argentine.
Super-Étendard modernisé et Super-Étendard (arrière-plan) de l'Aéronavale argentine. (Crédits : Argentina Navy)

Quelle utilisation ?

Les premiers Super-Étendard (SUE) à être modernisés aux standards Super-Étendard Modernisé (SEM)(nouveau radar, capacités d'emport élargies, système d'arme modernisé,...) sont livrés en 1993 et quelques améliorations seront ajoutées jusqu'à leur retrait définitif en 2016. Il peut ainsi emporter un pod de désignation ATLIS et ensuite Damocles, des bombes lisses ou guidées, des pods lance-roquettes, deux missiles air-sol AS-30L, air-air courte portée Matra ou encore un missile antinavire AM39 Exocet.

Ainsi, dans un contexte de guerre de haute intensité, avec les moyens détenus actuellement par les Forces armées ukrainiennes, il est fort peu probable d'apercevoir ces appareils sur la ligne de front. Les paniers de roquettes permettraient toutefois des tirs spray-and-pray mais avec une efficacité limitée. En revanche, en air-air, ils peuvent bien évidemment utiliser leur deux canons (en interne) DEFA de 30 mm pour détruire des drones au-dessus du territoire contrôlé par les Ukrainiens. En revanche, avec le remplacement des missiles Matra par les missiles MICA, il reste à savoir si une modification est possible pour l'ajout de deux missiles un peu plus récents.

Ces avions seraient ainsi peu utiles en Ukraine... hormis dans un rôle bien précis : la lutte de surface. En 1982, une importante force navale et aéronavale britannique avait repris les îles Falklands, envahies peu de temps auparavant par l'Argentine. Les Super-Étendard (SUE) argentins, équipés de quelques missiles antinavires Exocet, démontreront l'efficacité redoutable du missile antinavire moderne sur une flotte en détruisant ou endommageant :

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  • le destroyer HMS Glamorgan (D19, classe County), mis hors de combat par un missile Exocet.

Dès lors, ce binôme qui fut le cauchemar de la Royal Navy dans l'Atlantique Sud pourrait devenir le cauchemar de la Marine russe en mer Noire. Ces appareils complèteront ainsi la bulle antinavire ukrainiennes placée le long de ses côtes :

  • les batteries de missiles Neptune (made in Ukraine) ont déjà prouvé leur efficacité en coulant le croiseur lance-missiles Moskva (classe Slava).
  • les livraisons de batteries et de missiles AGM-84 Harpoon (livrés par le Danemark, l'Espagne, les États-Unis, les Pays-Bas et le Royaume-Uni) sont venues augmenter cette capacité.

En plus d'une posture défensive, les Ukrainiens disposeraient aussi d'une capacité de frapper des navires directement en mer Noire. S'il est peu probable qu'ils risquent ces appareils non loin des côtes de Crimée, le moindre navire de guerre isolé en mer Noire, ou encore navire civil utilisé pour ravitailler les Forces russes, serait alors une cible à portée de main pour les Forces ukrainiennes.

Informations techniques

Taille : 9,6 mètres d'envergure, 14,41 mètres de long et 3,85 mètres de haut

Propulsion : 1x turboréacteur SNECMA Atar k-50 (5 tonnes de poussée)

Vitesse maximale : 1 420 km/h

Distance franchissable : 2 000 kilomètres

Équipage : 1 (pilote)

Autres missions ?

Depuis l'intégration de missiles et bombes non soviétiques/russes sur les avions de combat MiG-29 Fulcrum et Su-27 Flanker, bombardiers tactiques Su-24 Fencer ou encore avions d'attaque Su-25 Frogfoot, il est bien évidemment possible que les SEM livrés soient aussi modifiés pour emporter des armements non-prévus au départ par Dassault Aviation. Cependant, les SEM ont été conçus dans un environnement OTAN, simplifiant ainsi une éventuelle modification. À noter tout de même que le SEM est un avion de combat aux capacités plus limitées par rapport aux F-16 Fighting Falcon. C'est d'ailleurs visible dans les capacités décrites précédemment mais aussi techniquement. Par exemple, au niveau de la masse maximale au décollage, le SEM peut atteindre 11,9 tonnes, alors que le F-16AM est à 17 tonnes.

Enfin, une dernière capacité est disponible : le ravitaillement en vol. Avec ses deux réservoirs supplémentaires et une nacelle de ravitaillement en vol, le SEM peut se transformer en un petit avion ravitailleur. Mais deux problèmes majeurs feront que cette capacité ne sera probablement jamais utilisée par les Ukrainiens. Il y a tout d'abord le type de ravitaillement effectué car la nacelle déroule un tuyau souple avec un panier au bout (type de ravitaillement dit probe-and-drogue). Or, les Fighting Falcon ne peuvent être ravitaillés en probe-and-drogue, ceux-ci étant uniquement compatibles avec un ravitaillement par perche (dit flying boom). Ce n'est en revanche pas le cas des futurs Mirage 2000-5F, MiG-29 ou encore Su-27. Mais là aussi, un autre problème de taille empêchera ce type de manœuvre : le type de kérosène utilisé est différent. Et enfin, les pilotes ukrainiens ne disposent plus d'une expérience dans ce domaine, et encore moins sur des Mirage 2000-5F !

Du rêve à la réalité

Au final, oui, ces appareils pourraient augmenter les capacités antinavires ukrainiennes... mais actuellement, il n'est pas du tout question de livrer des missiles antinavires Exocet ! Et encore, du côté des avions, l'annonce ne concerne que sur les négociations toujours en cours et aucune source ou annonce officielle ne vient confirmer une potentielle livraison. D'ailleurs, en échange de ces appareils, et d'après Infobae, l'Argentine espère recevoir une contrepartie : des drones ou hélicoptères ! De plus, le potentiel futur "cauchemar volant de la Flotte russe de la mer Noire" n'aura qu'un effet limité car les missiles Neptune et Harpoon verrouillent déjà une vaste zone au large des côtes ukrainiennes. Et ensuite, la combinaison des drones de surface et tirs de missiles de croisière SCALP EG/Storm Shadow sur Sébastopol ont fortement restreint les mouvements navals militaires russes en mer Noire.

Par ailleurs, il faut rappeler que ces cinq appareils n'ont presque pas volé depuis leur arrivée en 2019. Il est donc très probable que malgré les pièces détachées fournies avec les avions, ceux-ci n'ont pas été entretenus ou partiellement entretenus pendant près de 5 ans ! Une révision est donc obligatoire avant la livraison à l'Ukraine. Celle-ci serait alors coûteuse car rien ne confirme le bon état des pièces détachées argentines et les stocks français sont pour ainsi dire vides, ces appareils n'étant plus utilisés depuis 2016. Certains anciens appareils français pourraient être cannibalisés mais là aussi, leur âge et leur non-entretien sera synonyme d'une chaine logistique très courte.

Mais donc, avec un manque de pièces détachées, il reste à voir combien de temps ces appareils pourraient voler en Ukraine ? Quid de l'entrainement des pilotes sur des machines qui ne voleront au final bien moins longtemps et avec beaucoup moins d'effets que les F-16AM et Mirage 2000-5F ? Dès lors, cette livraison potentielle ne semble pas être avantageuse pour l'Ukraine ou encore la France. Elle serait, pour ainsi dire, au seul avantage de l'Argentine, celle-ci recevrait alors des drones ou hélicoptères fonctionnels. Inversement, la France devrait plutôt concentrer des moyens techniques et d'entrainement peut-être bien plus utiles pour des pilotes ukrainiens sur F-16 ou l'entrainement des pilotes et mécaniciens, ainsi qu'un entretien éventuel, en ce qui concerne les Mirage 2000-5F.

Gaétan Powis

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