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Juste après avoir perdu un (vrai) sous-marin à Sébastopol, la Russie met à l'eau un faux sous-marin

Photo de Gaétan Powis

Gaétan Powis

Publié le 20 août 2024 à 14:51

Image satellite d'un faux sous-marin à côté du (vrai) sous-marin Rostov-sur-le-Don (filets de camouflage) à Sébastopol (9 août 2024).

Image satellite d'un faux sous-marin à côté du (vrai) sous-marin Rostov-sur-le-Don (filets de camouflage) à Sébastopol (9 août 2024).

@MT_Anderson

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Après avoir été frappé par un missile de croisière en 2023, le sous-marin d’attaque à propulsion diesel-électrique Rostov-sur-le-Don (SSK, classe Kilo amélioré) a de nouveau été frappé au début du mois d’août 2024. Les images satellites confirment la frappe… et la présence d’une réplique grandeur nature ; la Marine russe a déployé un faux sous-marin à Sébastopol.

Un sous-marin sous des filets de camouflage

Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2023, la base navale de Sébastopol était frappée par plusieurs missiles de croisière SCALP-EG/Storm Shadow. Les missiles avaient alors détruit le navire de débarquement de char Minsk (classe Ropucha I) et le sous-marin Rostov-sur-le-Don (classe Kilo amélioré), tous deux en cale sèche. Toutefois, la Russie avait étonnamment annoncé la réparation du sous-marin ; annonce réelle, propagande ou volonté de cannibaliser le sous-marin pour les autres Kilo en mer Noire ? Quoiqu'il en soit, les deux épaves avaient été sorties de leur cale sèche respective.

Des images satellites ont alors permis de géolocaliser le sous-marin ; ce dernier se trouvait sous de grandes bâches, à l'eau et toujours à Sébastopol. Les images satellites montrent d'ailleurs l'hélice et la barre de plongée dépasser des installations temporaires installées par les Russes.

Des images non datées et prises par le groupe de résistance ukrainien Atesh permettent d'avoir des images (ci-dessous) directement depuis le sol : le sous-marin est caché par des filets de camouflage et différentes installations flottantes sont présentes autour du sous-marin d'attaque. Il n'est toutefois pas possible d'apercevoir clairement le Rostov-sur-le-Don sur ces images mais les installations portuaires visibles sur la totalité des images confirment qu'il s'agit bel et bien du même endroit.

Une destruction définitive ?

Le 3 août 2024, les Forces armées ukrainiennes ont réussi à frapper à nouveau le sous-marin. Le ministère de la Défense britannique estime que la frappe a été effectuée par un missile balistique courte portée ATACMS. Les images satellites de la zone confirment que les filets de camouflage ont été endommagé mais ne permettent pas d'analyser clairement les résultats de la frappe. Il n'empêche, avec de précédents dégâts catastrophiques, une nouvelle frappe sur le sous-marin russe a plus que probablement définitivement clôt la carrière de ce bâtiment.

À noter qu'au niveau stratégique, la perte définitive du Rostov-sur-le-Don n'impactera pas les capacités de la Flotte russe de la mer Noire ; quand bien même ce dernier aurait pu être réparé, il était impossible que ce dernier ait été remis en service le 3 août 2024. En revanche, l'attaque confirme que les Forces armées ukrainiennes peuvent toujours frapper Sébastopol et sa base navale, vidée de tout navire de guerre opérationnel. C'est aussi un gros coup de boost pour le moral des Ukrainiens, qui, malgré une Marine peu puissante, peut toujours détruire un sous-marin russe dans sa base.

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Un faux sous-marin

Cet article aurait pu s'arrêter au paragraphe précédent si les images satellites du 9 août n'avaient pas montrer une nouveauté dans la zone où se trouve l'épave du Rostov-sur-le-Don. En effet, en plus de pouvoir apercevoir des trous dans les filets de camouflages, non visibles sur les images satellites d'avant-frappe, un objet flottant est entretemps apparu. Comme expliqué sur X (ex-Twitter) par MT-Anderson (@MT_Anderson), il s'agit d'un sous-marin de la classe Kilo... à quelques détails près ! Alors qu'il est toujours possible d'apercevoir la barre de plongée et l'hélice du Rostov-sur-le-Don, ce nouveau sous-marin est coupé net à hauteur de sa poupe : aucun gouvernail, barre de plongée et encore moins hélice ne sont visible. Par ailleurs, la couleur ne correspond pas. Il s'agit d'un leurre, un faux sous-marin créé de toutes pièces par les Russes.

L'efficacité de ce leurre est toutefois discutable. Au niveau des leurres représentant des véhicules, navires,... ceux-ci peuvent être utilisés dans une optique de contre-renseignement. Alors que l'ennemi voit plusieurs de ces (faux) systèmes à un endroit, les réels systèmes se trouvent dans une autre zone et de préférence non-détectés pour garder l'élément de surprise. L'opération Fortitude (1944) a notamment utilisé de nombreux avions, chars et bateaux gonflables afin de simuler une armée fictive. Mais cette dans ce cas-ci, le leurre est découvert : il est clairement identifié comme tel et ne peut donc jouer un rôle de contre-renseignement.

Une autre option serait de servir de cible : les missiles de croisière SCALP-EG/Storm Shadow ou encore missiles balistiques courte portée ATACMS cibleraient cette coquille vide, épargnant au passage les navires et autres sous-marins (réels) de la zone. Mais là aussi, l'efficacité est discutable car le Rostov-sur-le-Don a été touché par une seconde frappe. Le leurre était peut-être déjà à l'eau et n'a donc pas eu l'effet escompté ou inversement, a été déployé après la frappe et n'a donc pas pu être ciblé. À noter qu'avec les technologies actuelles, seule une munition équipée d'un capteur optique ou infrarouge pourrait cibler le leurre. En revanche, une munition équipée d'un système optique mais couplée à un système INS et/ou GPS ou pas du tout équipée d'un système optique ne ciblera pas le leurre. Par ailleurs, la précision de certaines munitions est telle qu'une erreur d'identification est peu probable ; le SCALP-EG/Storm Shadow a une précision inférieure au mètre.

Enfin, il ne s'agit pas du premier leurre russe dont l'efficacité est limitée ; les images satellites prises en septembre/octobre 2023 de la très stratégique base d'Engels-2 avaient confirmé que des bombardiers stratégiques Tu-95 Bear avaient été peints sur les parkings. Mais là encore, des détails ont mis la puce à l'oreille ; absence de "pneus de protection", contrairement à de réels Tu-95 stationné sur cette même base, des peintures non terminées, l'absence d'ombre, etc.

Gaétan Powis

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