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Il y a 30 ans, Tele-X ou l’ambition des télécommunications spatiales suédoises

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 23 avril 2019 à 08:13

Document philatélique

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Collection Association Histoires d'espace

Hebdomadaire

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Au cours des années 1980, alors que les systèmes de télécommunications spatiales se multiplient à travers le monde, la Suède souhaite à son tour constituer un réseau pour le monde scandinave.

Au cours des années 1970, les systèmes spatiaux de télécommunications prennent leur essor à diverses échelles, internationale, régionale et nationale. Si l’intérêt de disposer de son propre réseau répond à des nécessités pratiques (facilitant les communications entre régions difficilement accessibles) et économiques, les systèmes de télécommunications répondent également à une volonté d’indépendance et de fierté nationale. Ainsi, au début des années 80, plusieurs systèmes nationaux se mettent en place en France, en Chine, en Inde, en Indonésie, en Australie, etc.

Du projet Nordsat à Tele-X.

Le gouvernement suédois prend alors conscience de la montée en puissance du marché des services par satellite en général, de celui des télécommunications en particulier. Le budget national augmente afin d’aider les entreprises à prendre leur place dans l’aventure des télécommunications. En 1975, les Suédois proposent aux pays nordiques de mettre en place Nordsat, un réseau de télécommunications scandinaves couvrant un espace allant du Groenland à la Finlande. Toutefois, la question financière du projet entraîne des hésitations…

En attendant de rallier des partenaires, la Suède décide de lancer le programme pré-opérationnel Tele-X. L’objectif est de démontrer l’intérêt de disposer d’un système de télédiffusion directe régional, mais aussi d’un service de transmission de données numériques et vidéo. En 1982, Suédois et Norvégiens créent la compagnie Nordiska Satellitaktiebolaget (NSAB) « à des fins de coopération en matière de télécommunication par satellites ».

De la coopération nordique à la coopération franco-suédoise.

Le grand projet d’un réseau scandinave n’aboutit cependant pas. André Rémondière, ancien directeur du Centre Spatial Guyanais (CSG) à l’époque où le satellite Tele-X a été lancé, se souvient : « Tele-X aurait dû être un satellite scandinave. Mais la Norvège et la Finlande ont trouvé le coût trop élevé… Finalement, la France et la Suède ont réussi à trouver un accord car les Suédois tenaient beaucoup à ce projet ». Défini fin 1982-début 1983, l’accord stipule notamment que le satellite Tele-X sera fabriqué par un consortium placé sous la maîtrise d’œuvre de l’entreprise française Aerospatiale avec la participation du groupe suédois SAAB (Svenska Aeroplan Aktiebolaget). Si Aerospatiale livre la plateforme de type Spacebus-300, la charge utile est réalisée principalement par le groupe industriel Ericsson, l’un des fleurons de l’excellence technologique suédoise (qui créé fin 1991 avec SAAB le groupe SAAB Ericsson Space AB). Par ailleurs, le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES), l’agence spatiale française, joue un rôle important dans le développement du programme, comme le précise André Rémondière : « Le CNES a fourni une aide importante au niveau des revues de projet et surtout au niveau des opérations ». En effet, un contrat de support technique permet à plusieurs ingénieurs et techniciens suédois de venir faire des mini stages de formation en France. Enfin, il est également prévu que Tele-X soit placé sur orbite par le lanceur européen Ariane depuis le CSG.

Dans le même temps, la situation évolue au sein de la NSAB : possédant 85 % des parts de la société, la Suède rachète en 1989 les 15 % de la Norvège. Désormais Tele-X est un programme 100 % suédois. Quant aux Norvégiens, ils ont alors préféré développer leur propre réseau de télécommunications avec le programme Thor, sous la conduite de leur société Telenor (voir article « La Norvège à la conquête de l’espace »).

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La mise à poste de Tele-X.

D’une masse de 1 tonne, Tele-X est équipé de 5 répéteurs en bande Ku, utilisant deux panneaux solaires pour fournir l’énergie au satellite. Celui-ci est appelé à diffuser plusieurs chaînes de télévision et/ou de radio comme Swedish TV4, TV5 Nordic, NRK, Filmnet, etc. Le 2 avril 1989, un Ariane 2 (dernier exemplaire) lance avec succès Tele-X. Une fois placé sur son orbite géostationnaire, le satellite est géré par la SSC (Svenska rymdaktiebolaget ou Space Corporation, plus tard Swedich Space Corporation) qui, à partir de 1993, devient l’unique propriétaire de la NSAB. Précisons que la SSC gère et développe les systèmes spatiaux suédois.

De Tele-X à Sirius.

En attendant de disposer d’un second satellite (Sirius 2) pour compléter son réseau, la NSAB rachète fin 1993 à la British Sky Broadcasting un de ses satellites en orbite : Marco Polo 1 (1,2 tonne, 5 répéteurs en bande Ku). L’orbite de celui-ci est modifiée vers une position proche de Tele-X.

A partir de février 1994, l’entreprise publique suédoise Teracom acquiert 50% de la NSAB et, le même mois, Marco Polo 1 entre officiellement en service sous le nom de Sirius 1. Quelques mois plus tard, en juillet, Sirius 2 (2,9 tonnes, 32 répéteurs en bande Ku) est commandé auprès d’Aerospatiale ; celui-ci est lancé par un Ariane 44L le 12 novembre 1997. Les Sirius permettent ainsi de desservir toute la région nordique, ainsi qu’une majeure partie de l’Europe. Pour étoffer le réseau, NSAB commande à Hughes Space Sirius 3 (1,4 tonne, 15 répéteurs en bande Ku), lancé le 5 octobre 1998 par un Ariane 44L.

Le succès attire les investisseurs. Ainsi, dès février 1996, le groupe Tele Danmark acquiert 25 % des parts de NSAB auprès de SSC et de Teracom puis, le 23 octobre 2000, le luxembourgeois SES Astra (Société Européenne de Satellite) rachète à son tour les actions de Teracom et de Tele Danmark, devenant ainsi co-propriétaire de la NSAB à parts égales avec la SSC. Entre temps, après presque neuf ans de bons et loyaux services, Tele-X a l’un de ses propulseurs permettant la bonne stabilisation du satellite qui tombe en panne le 16 janvier 1998. Plutôt que d’attendre la perte de contrôle du satellite, les opérateurs décident de le placer sur une « orbite cimetière ».

La fin de l’indépendance suédoise en matière de télécommunications spatiales.

En janvier 2005, la NSAB commande à Lockheed Martin la conception et la fabrication de Sirius 4, un monstre de technologie disposant de 52 répéteurs en bande Ku et 2 en bande Ka, pour une masse totale de plus de 4,3 tonnes ; celui-ci est lancé le 17 novembre 2007. A cette date, SES (devenue en 2001 SES Global) détient 75 % des Sirius, désormais gérés à travers la société SES Sirius (créée le 1er décembre 2005). En mars 2010, SES contrôle l’ensemble de SES Sirius. Pour la Suède, les années 2005-2010 correspondent à une période de difficultés qui a vu un grand nombre de licenciements notamment dans les entreprises de télécommunication, ainsi que des rachats par des compagnies étrangères, comme les satellites Sirius par le Luxembourgeois SES ou encore le groupe SAAB Ericsson Space par le Suisse RUAG en 2008.

Références.

Un ouvrage : Atlas de géographie de l’espace, sous la direction de Fernand Verger, Belin, Paris, 1997.

Le témoignage d’André Rémondière, ancien directeur du Centre spatial Guyanais de 1986 à 1991, 6 avril 2019.

Un article : « La mise à poste de TELE-X », in Bulletin de communication CST Information n°5, CNES, mars 1989, pp.2-7.

Une vidéo sur le lancement de Tele-X par Ariane 2

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Pierre-François Mouriaux

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