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Il y a 50 ans, Apollo 8 autour de la Lune ou l’audace américaine

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 28 décembre 2018 à 07:22

L'équipage Apollo 8 s'apprête à rejoindre le pas de tir, le 21 décembre 1968. Destination : Lune !

L'équipage Apollo 8 s'apprête à rejoindre le pas de tir, le 21 décembre 1968. Destination : Lune !

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Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le 21 décembre 1968, trois hommes partaient pour la Lune, en faisaient le tour et, six jours plus tard, revenaient sain et sauf sur Terre. Un scénario imaginé un siècle plus tôt par Jules Verne.

« (…) pendant cette nuit du 5 au 6 décembre, les voyageurs ne prirent pas un instant de repos. Auraient-ils pu fermer les yeux, si près de ce nouveau monde ? Non ! Tous leurs sentiments se concentraient dans une pensée unique : voir ! Représentants de la Terre, de l’humanité passée et présente qu’ils résumaient en eux, c’est par leurs yeux que la race humaine regardait ces régions lunaires et pénétrait les secrets de son satellite ! », écrivait à la fin de l’année 1869 Jules Verne dans son roman Autour de la Lune. Ces quelques lignes auraient pu être écrites pour la mission lunaire américaine Apollo 8, réalisée un siècle plus tard…

Aux origines d’Apollo 8.

Le programme lunaire Apollo est fils de la Guerre froide. Ainsi, après que l’Union Soviétique réalise entre 1957 et 1961 toute une série de « premières » (premier satellite artificiel, premier animal et premier homme sur orbite, etc.), les Etats-Unis surenchérissent le 25 mai 1961 : le président Kennedy annonce le débarquement d’hommes sur la Lune avant la fin de la décennie. Pour effectuer l’exploit, la NASA doit d’abord maîtriser les techniques de vol spatial habité (Gemini), étudier de près la surface lunaire par des sondes automatiques (Surveyor, Lunar Orbiter), puis développer la famille de lanceurs lourds Saturn (I, IB et V) et le vaisseau lunaire (composé du module de commande CSM et du module lunaire LEM).

Malgré le drame Apollo 1 (27 janvier 1967), la NASA poursuit le programme et expérimente avec succès les différents éléments et procédures nécessaires à une mission lunaire, comme les lancements et séparations des étages des lanceurs Saturn, le vol en condition réelle des CSM et LEM, etc. Bref, c’est tout le savoir-faire technologique, scientifique et industriel américain qui doit être mobilisé.

Le premier vol habité intervient avec Apollo 7 : du 11 au 22 octobre 1968, trois astronautes se familiarisent avec le CSM sur orbite terrestre. Il était ensuite prévu de tester avec Apollo 8 le CSM et le LEM (toujours sur orbite terrestre) puis, avec Apollo 9, d’effectuer le premier vol circumlunaire. Toutefois, deux événements incitent les responsables à intervertir les missions 8 et 9…

Le vol circumlunaire, vite !

Au cours de l’été 1968, il apparaît que la mise au point du LEM pose plus de difficultés que prévues. De ce fait, il devenait plus prudent de reporter la mission Apollo 8 et, en lieu et place, procéder à la mission suivante qui, lors du vol circumlunaire, n’aurait pas besoin de LEM. De plus, les Américains savent que les Soviétiques sont en train de préparer un vol circumlunaire : dès mars 1968, le vaisseau Zond 4 est envoyé sur une orbite apogée de 354 000 km, mais celui-ci ne rentre pas correctement dans l’atmosphère terrestre ; en septembre, Zond 5 réalise avec succès le premier vol circumlunaire habité… mais par des animaux (tortues, mouches, etc.). Pour les Américains, il était temps de réagir.

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Le 21 décembre, le troisième exemplaire (seulement) du lanceur Saturn V lance Apollo 8 en direction de la Lune avec à bord les astronautes Frank Borman, James Lovell et William Anders. Sept heures après le lancement, le vaisseau Apollo se met en mode « barbecue », c’est-à-dire tournant sur lui-même selon un rythme d’une minute par tour afin de mieux répartir la chaleur du Soleil. Le vol s’effectue sans problèmes majeurs (Borman tombe cependant malade). Au cours de leur voyage, les astronautes décrivent à plusieurs reprises ce qu’ils voient, notamment la Terre dans sa globalité. Le 24 décembre, Apollo 8 commence sa mise sur orbite lunaire, « rasant » la Lune à environ 110 km d’altitude et survolant la face cachée. « On a gagné ! », lâchera à un moment donné Lovell…

Les explorateurs d’un nouveau monde.

Dans Autour de la lune, les trois aventuriers Barbicane, Nicholl et le Français Ardan observent lors du survol de la Lune « fort nettement des chaînes de montagne, des montagnes isolées, des cirques et des rainures (…) Il est extraordinairement tourmenté ». Quant aux couleurs, ils distinguent du « gris sombre, mélangé de vert et de brun », avec une incertitude : « ces nuances de vert étaient-elles dues à une végétation tropicale entretenue par une atmosphère dense et basse ? ».

Si Jules Verne laisse planer le doute, les astronautes d’Apollo 8 sont eux catégoriques sur ce qu’ils ont vu : un monde terne, désespérément mort. L’un d’eux, Lovell, déclare : «La Lune est essentiellement grise, sans couleur ; ressemble au plâtre ou à une espèce de sable de plage grisonnant. On peut voir pas mal de détails. La Mer de la Fertilité ne se présente pas aussi bien ici qu'elle le fait sur Terre. Il n'y a pas autant de contraste entre elle et les cratères environnants. Les cratères sont tout arrondis. Il y en a pas mal, certains sont plus récents. Beaucoup d'entre eux - particulièrement les arrondis - ont l’air d'avoir été frappés par des météorites ou des projectiles divers (…) ».

Outre l’aspect technique du vol, la mission d’Apollo 8 permet aussi de photographier la surface lunaire et d’identifier de futurs sites d’alunissage. Lors de la quatrième orbite, William Anders aperçoit pour la première fois un « lever de Terre » . Il a le réflexe de prendre plusieurs photographies qui favoriseront la prise de conscience de la fragilité de notre monde perdu dans l’immensité de l’univers. Plus tard, celui-ci prononcera ce qui est devenu une des citations les plus emblématiques de l’aventure spatiale : « Nous avons parcouru tout ce chemin pour explorer la lune, et le plus important est que nous ayons découvert la Terre ».

Dix révolutions autour de la Lune plus tard, Apollo 8 s’insère le 25 décembre sur une trajectoire de retour vers la Terre. La capsule amerrit le 27 décembre dans l’océan Pacifique entre les îles Hawaï et Samoa…

Un exploit unanimement salué.

La mission Apollo 8 a été ressentie comme un exploit, salué dans de nombreux pays. Ainsi, en France, la presse s’est littéralement déchaînée, se faisant l’écho de l’événement jour après jour. Par exemple, le 23 décembre, Paris Jour titre : « Cosmovision en direct d’Apollo 8, un exploit extraordinaire ! » ; le 24 décembre, Combat clame : « L’apothéose d’Apollo 8 » ; le 28 décembre, Le Figaro annonce : « Apollo 8, succès triomphal qui récompense la NASA de son audace » ; le 31 décembre, Paris Jour rapporte : « Ils ont vu la Lune au clair de Terre » ; le 18 janvier 1969, Paris Match sort un numéro collector intitulé : « Plus fantastique encore, une nouvelle série de photos d’Apollo 8 », etc.

Après l’exploit, Frank Borman, le commandant de la mission Apollo 8, est invité dans de nombreux pays, notamment en Europe où il se rend dans plusieurs capitales, dont Paris. Ainsi, entre les 5 et 7 février 1969, il y rencontre le président de la République Charles de Gaulle, mais aussi le petit-fils de Jules Verne, Jean Jules Verne, ou encore le président du Conseil de la ville de Paris, Bernard Rocher, qui lui remet un exemplaire de De la Terre à la Lune, première partie (parue en 1865) des aventures lunaires se terminant par Autour de la Lune.

Références

Un roman : Autour de la Lune, Jules Verne, Hetzel, Paris, 1870. Le roman est d’abord paru dans le Journal des débats, entre le 4 novembre et le 8 décembre 1869.

Le site francophone De la Terre à la Lune consacré au programme Apollo.

Une reconstitition vidéo, Earthrise in 4K, au moment où l'équipage d'Apollo 8 découvre pour la première fois un lever de Terre. Le contexte est décrit par le narrateur Andrew Chaikin, accompagné de l'audio à bord des astronautes.
 

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Pierre-François Mouriaux

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