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Il y a 60 ans, Explorer 1 faisait entrer l’Amérique dans l’aventure spatiale

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 01 février 2018 à 16:35

De g. à d. : William Pickering, James van Allen et Wernher von Braun

De g. à d. : William Pickering, James van Allen et Wernher von Braun

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Quelques mois après le lancement des Spoutnik soviétiques d’octobre et de novembre 1957, les Etats-Unis réussissaient à leur tour à placer sur orbite leur premier satellite, après bien des aléas.

« L’infiniment grand s’ouvre désormais », soulignait en octobre 1958 le reportage de la Radiodiffusion-télévision française (RTF) à propos des conséquences d’Explorer 1, le premier satellite américain lancé quelques mois plus tôt. La commentatrice précisait que le succès américain était l’œuvre de « centaines de savants [qui] essaient d’atteindre ce vieux rêve (…), le voyage interplanétaire », rendu possible par la conjugaison de « toutes les sciences connues ». Bref, un reportage à la gloire de la science et de la technologie américaines. Et pourtant, tout ne s’était pas déroulé comme annoncé quelques années auparavant…

Là où l’on attendait les Américains.

Avec la Seconde Guerre mondiale, un certain nombre de technologies a connu un essor sans précédent, notamment les engins-fusées qui laissent présager qu’un jour ceux-ci seront capables d’emporter des bombes atomiques, mais aussi d’envoyer dans l’espace des objets construits par l’homme. Ainsi, dès le 29 décembre 1948, dans un rapport annuel au Congrès sur l’Effectif militaire national, le secrétaire d’Etat américain James Forrestal fait référence à un satellite qui pourrait être mis au service des armées mais aussi du « progrès de la science ». L’idée ne convainc pas encore.

En 1952, un événement change la donne : à l’initiative d’un groupe de physiciens anglo-américains, une Année géophysique internationale (AGI) se profile pour 1957-58, dans l’optique d’étudier la Terre dans sa globalité, du sol à la haute atmosphère. Pour cela, les scientifiques vont bénéficier des technologies les plus modernes de l’époque, notamment les fusées-sondes capables d’emmener à de hautes altitudes leurs instruments pour des études in situ de l’atmosphère et en comprendre les interactions avec les divers rayonnements (solaires, cosmiques…).

L’idée du satellite refait alors surface. Contrairement à une fusée-sonde qui effectue une brève incursion dans l’espace, celui-ci peut opérer pendant plusieurs semaines, voire des mois. Ainsi, en 1954-55, les Américains annoncent leur intention de lancer un « satellite-robot » dans le cadre de l’AGI. Dès lors, la communauté scientifique internationale ne cesse d’évoquer le projet américain. En France, la presse relaie l’annonce, comme Sciences et Avenir en septembre 1955, qui titre : « La Terre aura bientôt un satellite artificiel ». Peu nombreux sont en revanche les médias qui précisent que les Soviétiques ont la même intention. De toute manière, pour la majorité des observateurs, il ne fait aucun doute que les Etats-Unis seront les premiers dans l’espace, car il était alors admis l’équation suivante : science + technologie = suprématie américaine…

De la surprise à l’humiliation.

Le 4 octobre 1957, dans un fracas médiatique, l’Union soviétique ouvre en grand les portes de l’espace en plaçant sur orbite Spoutnik 1. Dans un premier temps, les Etats-Unis minimisent l’événement. Cependant, quelques semaines plus tard, les Soviétiques récidivent avec Spoutnik 2 qui, en plus, embarque la chienne Laïka ! L’Amérique se doit de réagir. Le 6 décembre 1957, elle s’apprête à lancer et... c’est l’explosion en direct du petit lanceur Vanguard, avec son petit satellite éponyme de 1,36 kg ! Un véritable « Flopnik », voire « Kaputnik » comme ironisent amèrement les médias. Le président américain Eisenhower demande aussitôt à l’équipe de von Braun de satelliser au plus vite avec un de ses engins.

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Jusqu’alors, il avait été décidé que la première satellisation se ferait par une équipe du Naval Research Laboratory, à l’aide d’un lanceur civil (Vanguard) et non militaire, car dédié à l’AGI. Il s’agissait également de ne pas provoquer d’incident diplomatique en faisant orbiter un objet pouvant être soupçonné d’espionner. Précisons qu’il n’existait pas d’agence spatiale, que les programmes de fusées relevaient des différentes armées. Ainsi à la veille du désastre de Vanguard, les engins les plus aboutis qui auraient pu satelliser étaient ceux de l’équipe de Wernher von Braun. Depuis plusieurs années, celle-ci développait pour le compte de l’armée de Terre des missiles comme le Redstone, une extrapolation du tristement célèbre V2.

L’US Army sauve l’honneur.

Après l’échec du Vanguard, l’équipe von Braun reçoit le feu vert pour satelliser. Le Redstone est adapté en lui ajoutant des étages à poudre donnant le Jupiter-C, rebaptisé Juno-I (hauteur : 21,30 m, masse : 31 490 kg). Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1958, Juno décolle de Cap Canaveral et place avec succès sur orbite basse (360 km x 2 535 km) le satellite 1958-Alpha, baptisé Explorer 1 après son lancement. Les médias américains exultent ! Ainsi, le grand magazine d’informations américain Time, comme bien d’autres, fait sa Une à la gloire du « Missileman Von Braun » et de son lanceur Juno. Partout en Occident, la nouvelle est relayée avec force, tel le Patriote illustré belge qui, le 9 février 1958, titre en première page « Départ de 1958-Alpha, premier satellite américain » avec la photo désormais célèbre affichant les trois protagonistes ayant permis le succès : William Pickering, James van Allen et Wernher von Braun. Le premier, directeur du Jet Propulsion Laboratory, était chargé du développement d’Explorer, le deuxième, scientifique de l’université de l’Iowa, était le responsable de l’expérience scientifique embarquée dans le satellite, tandis que le troisième, ingénieur responsable de la division Développement de l’Army Ballistic Missile Agency, était donc celui qui permettait la satellisation.

Explorer 1, un beau bilan scientifique.

D’une longueur de 2,03 m, pour un diamètre de 15 cm et une masse de 13,91 kg, Explorer 1 a la forme d’un cylindre équipé de plusieurs appareils : un appareil Geiger-Müller pour détecter les rayons cosmiques, cinq capteurs de température, un système de détection d’impacts de micrométéorites et deux émetteurs radio pour transmettre les signaux. Quant à l’énergie électrique, elle est fournie par des batteries au mercure. Les données recueillies par Explorer sont ensuite relayées au sol par un réseau de stations de réception.

Au cours des premières semaines d’enregistrement, le système de détection de micrométéorites détecte plus de 140 impacts de poussières cosmiques. Toutefois, la découverte la plus importante est obtenue par le compteur Geiger qui permet d’identifier la présence d’une ceinture de particules énergétiques piégées dans le champ magnétique de la Terre. Cette découverte sera confirmée par le satellite Explorer 3 (26 mars 1958).

Après avoir effectué environ 58 000 orbites, la mission d’Explorer 1 se termine le 23 mai 1958, suite à l’épuisement de ses batteries. Il ne rentrera et se consumera dans les couches atmosphériques que le 31 mars 1970.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Références

Un ouvrage : Les satellites artificiels américains, de John S. Hurst, Deux rives, 1957.

Une vidéo : Explorer 1. Travail des hommes, reportage RTF de Fanny Mauve, 25 octobre 1958, INA :

Sur le programme Explorer, voir aussi le site de la NASA

Pierre-François Mouriaux

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