Un artisan des relations franco-russe nous a quittés
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D. Thierion lors des Journées du Patrimoine au Cnes-Paris, en septembre 2010.
D. Capdevila/Capcom Espace pour Cosmopif
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D. Thierion lors des Journées du Patrimoine au Cnes-Paris, en septembre 2010.
D. Capdevila/Capcom Espace pour Cosmopif
L’année démarre bien tristement avec le départ d’un autodidacte aussi compétent que discret, d’une gentillesse infinie, qui fut chef de projet au Cnes à partir de 1977, en grande partie en relation avec l’URSS puis la Russie, sur des programmes d’astronomie, de capsules récupérables et de vols habités. Il s’occupa également des vols paraboliques. Depuis son départ en retraite, ce passionné de jazz s’adonnait à la contrebasse, participant à de nombreux concerts à travers la France.
Lionel Suchet, directeur général délégué du Cnes, qui travailla de longues années à ses côtés, était présent le 6 janvier dans le village de Varennes, près de Toulouse, où a eu lieu l’enterrement. Il a rappelé le rôle important que Denis Thierion a joué dans les programmes spatiaux et pour la coopération franco-soviétique puis franco-russe, puis dressé un portrait plus personnel de l’attachant personnage : « Entré au Cnes en 1967, Denis a travaillé avec l’Union soviétique dès la fin des années 70 sur le programme Arcad 3. Il a par la suite été très impliqué dans les vols spatiaux habités de Jean-Loup Chrétien, premier Européen dans l’espace, jusqu’aux vols des époux Haigneré et dans le programme Photon de capsules automatiques récupérables en coopération avec les équipes de Samara. Malgré sa grande expérience, il abordait tous les sujets avec beaucoup d’humilité. On était tout de suite à l’aise avec Denis ! Gentillesse, bonne humeur, joie de vivre sont les mots qui reviennent chez tous ceux qui auraient aimé témoigner aujourd’hui du plaisir qu’ils ont eu à travailler avec lui. Un vrai camarade dans le travail comme dans la vie !
A propos de « camarades », la France et la Russie ont vécu une période de coopération dans les programmes spatiaux de vols habités extrêmement riche. La réussite exemplaire de cette coopération tient beaucoup aux liens de confiance puis d’amitié qui se sont noués entre nos équipes et au sein de nos équipes. Ces liens doivent beaucoup à deux hommes : Alain Labarthe et Denis Thierion. Alain et Denis vont maintenant pouvoir à nouveau bien se marrer ensemble comme nous le faisions à Moscou ou Baïkonour ! (...) Merci Denis pour tout ce que tu nous as donné. Nous te t’oublierons pas ! »
En septembre 2010, Denis Thierion s’était prêté au jeu des questions-réponses du site Cosmopif. En voici la reproduction intégrale :
Qui êtes-vous, Denis Thierion ?
Aujourd’hui retraité, je vis à Toulouse mais je suis né à Bar-le-Duc en Lorraine en 1945. J’ai habité très rapidement en région parisienne. Après quelques études un peu limitées et un peu agitées (je faisais beaucoup de choses : de la musique, du théâtre…), j’ai quand même fini par trouver du travail grâce à mon papa qui m’encourageait à aller voir un tel et un tel…
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J’ai commencé par travailler dans l’électronique grand public (j’ai appris à dépanner les postes de radio et les téléviseurs) puis pour différentes entreprises d’électrotechnique dont l’une m’a envoyé en intérim au Cnes, où j’ai été embauché comme technicien débutant en février 1967, à Brétigny-sur-Orge. J’avais 22 ans, j’étais le plus jeune de la maison. Lorsque nous avons été décentralisés en 1971, je suis descendu sur Toulouse. Je travaillais à l’époque sur les systèmes d’alimentation des satellites et notamment sur les batteries du satellite D2 que nous avons lancé de Guyane en mars 1971, sur celles d’Eole que nous avons lancé de Wallops Island en Virginie en août 1971 et puis sur celles de D2-A Polaire qui aurait du être mis sur orbite fin novembre de la même année mais qui s’est retrouvé dans l’eau après l’échec au lancement de la fusée Diamant B. J’ai continué dans les divisions spécialisées du Cnes jusque fin 1976, où j’ai été « prêté » chez Matra (futur Astrium) avec cinq autres collègues, en support durant six mois, pour l’intégration des systèmes d’alimentation des satellites ETS. Ils étaient très peu nombreux chez Matra à l’époque, c’était tout petit, le long de la piste d’aviation de Montaudran.