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Il y a 50 ans, le premier satellite australien quittait Woomera

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 04 décembre 2017 à 19:04

Lancement du 29 novembre 1967

Lancement du 29 novembre 1967

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Dix ans après Spoutnik, l’Australie entrait à son tour dans le club restreint des nations possédant leur propre satellite, mais sans pour autant devenir une puissance spatiale.

Le 29 novembre 1967, depuis sa base de Woomera, l’Australie plaçait sur orbite son premier satellite à l’aide du lanceur Sparta (sur lequel figurait l’emblématique kangourou). D’une masse d’environ 45 kg, le satellite WRESAT (Weapons Research Establishment Satellite) avait été conçu par le WRE australien (Weapons Research Establishment), en coopération avec le département de Physique de l’université d’Adélaïde. Dédié à l’étude des interactions entre le Soleil et l’atmosphère terrestre, celui-ci fonctionna durant 5 jours (73 orbites), retombant dans l’atmosphère au bout de 42 jours (10 janvier 1968).

Une base de lancement exceptionnelle.

Le lancement de WRESAT est effectué au cœur de l’Etat d’Australie-Méridionale, depuis Woomera (nom aborigène désignant une arme pour chasser le Kangourou). Le site offre alors de bonnes conditions pour y mener des essais de fusées : une surface de 130 000 km² (favorable aux tirs à longue portée), une zone peu peuplée (renforçant la discrétion et la sécurité, malgré l’épineux problème des Aborigènes…), un climat favorable aux essais (suivi des engins, récupération), etc. C’est la raison pour laquelle les Britanniques, en quête d’un champ de tir pour leurs études et les essais de missiles et de fusées-sondes, créent le 1er avril 1947 en accord et en partenariat avec le gouvernement australien le Woomera Rocket Range. D’autres nations ou organisation viennent également à Woomera comme les Américains, les Canadiens ou encore l’ELDO, l’organisation européenne chargée de développer le lanceur Europa, qui y sera testé une dizaine de fois entre 1964 et 1970.

Quant aux Australiens, ils testent également à Woomera, seuls ou en coopération, de nombreux engins comme les Long Tom (1957), Aeolus (1958), Gosling-Lobster (1959), Hat (1960), etc.

L’opportunité américaine.

En 1966, les Etats-Unis développent le programme Sparta (étude sur la rentrée atmosphérique) et viennent à Woomera pour y réaliser les tests. Pour cela, ils souhaitent utiliser une dizaine de fusée Redstone –celle-là même qui a permis en 1961 d’envoyer dans l’espace le premier américain Alan Shepard– sur laquelle est ajoutée deux petits étages à propulsion à poudre. Le nouveau missile ainsi obtenu, le Redstone-Sparta, fait une hauteur de 21,8 m pour une masse de 25 t au décollage. Les Américains comptent en utiliser neuf, plus une en réserve en cas d’échec.

Le premier tir Redstone-Sparta intervient le 28 novembre 1966. Les essais se suivent et remportent le succès. Très vite, il apparaît que le dixième exemplaire ne sera pas utilisé et repartira aux Etats-Unis. La WRE demande alors aux Américains s’il ne serait pas plus judicieux d’utiliser la dernière fusée pour lancer un satellite qui, de plus, pourrait effectuer une étude de la haute atmosphère, un domaine de recherche qui intéresse tout particulièrement la communauté scientifique internationale en général, les Américains en particulier. Ces derniers acceptent.

Le déclin de Woomera.

Motivés, les Australiens construisent en onze mois le satellite WRESAT, forçant l’admiration de leurs partenaires. Si WRESAT amène bien l’Australie sur orbite, le lanceur utilisé n’est cependant pas australien… De ce fait, la satellisation doit être perçue comme une opération internationale, et non nationale : l’Australie ne peut donc pas être considérée comme la quatrième puissance spatiale, mais comme la septième nation à posséder son propre satellite dans l’espace, après l’URSS (Spoutnik 1 lancé par un R7, le 4/10/57), les Etats-Unis (Explorer 1 lancé par un Juno 1, le 1er février 1958), la France (Astérix lancé par un Diamant A, 26/11/65), la Grande-Bretagne (Ariel 1 lancé par un Thor Delta américain, 26/04/62), le Canada (Alouette 1 par un Thor Agena américain, 28/09/62) et l’Italie (San Marco 1 par un Scout américain, 15/12/64).

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Faute d’intérêt et de moyens financiers conséquents de la part du gouvernement australien, WRESAT restera pendant de longues années sans lendemain. De plus, à la fin des années 1960, les Européens de l’ELDO quittent Woomera pour s’installer à Kourou en Guyane, suivis vers le milieu des années 70 des Britanniques, qui mettent fin à leurs essais balistiques et leur unique tir spatial. Cela entraine le déclin et le quasi abandon d’un site pourtant prometteur, que certains voyaient devenir un véritable port spatial. Lieu de fantasme pour d’autres, il a alimenté la littérature de science-fiction, à l’image de Blast off at Woomera, de Hugh Walters (Faber, 1957).

Toutefois, si le lancement d’autres satellites se fait attendre, les premiers acteurs du spatial australien (WRE, Université d’Adélaïde) poursuivent leurs actions, en construisant notamment des appareils scientifiques appelés à voler dans des satellites étrangers ou la navette spatiale américaine…

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence.

Références

Un article : « 40th anniversary of Australia’s First Satellite », John Carver et David Ellis, 29 novembre 2007

Un ouvrage : Space Australia de Kerrie Dougherty et Matthew James, Powerhouse Museum, 1993

Une vidéo sur le lancement du satellite WRESAT, de la National Archives of Australia

Pierre-François Mouriaux

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