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Apollo 15 sur la Lune : l’exploration à son sommet

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 26 juillet 2021 à 06:13

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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Du 26 juillet au 7 août 1971, se déroulait le quatrième débarquement lunaire, l’une des plus haletantes des missions Apollo au cours de laquelle les astronautes ont joué les explorateurs.

Après le succès de la mission Apollo 11, conforté par ceux d’Apollo 12 et Apollo 14, les autorités politiques américaines réduisent néanmoins dès septembre 1970 le programme lunaire en supprimant les missions 18 et 19, après avoir dès janvier annulé la mission 20. Beaucoup critiquent alors un programme coûteux, dangereux (révélé notamment par l’échec d’Apollo 13 en avril 1970) et devenu moins pertinent étant donné que l’objectif de battre les Soviétiques a été atteint. De ce fait, pour ses trois dernières missions, la NASA accentue la dimension scientifique en commençant par allonger le temps passé sur la Lune.

Une jeep sur la Lune !

Ainsi, pour Apollo 15, il est prévu de faire rester les astronautes trois jours sur la Lune (contre un peu plus de 33 heures pour la mission Apollo 14). Pour cela, le Module lunaire (ainsi que le lanceur Saturn V) subit des modifications pour embarquer plus de vivre, d’oxygène, de carburant, mais aussi pour emporter pour la première fois un véhicule tout terrain électrique conçu par Boeing, le Lunar Roving Vehicle (LRV), « un bijou qui se replie comme un transformer pour se plaquer sur le Module lunaire » (Charles Frankel).

Long de 3 m, large de 1,8 m, pour une masse de 210 kg, le LRV peut transporter environ 490 kg de charge, à la vitesse moyenne de 10-12 km/h. Grâce à ce véhicule, qui remplace le chariot d’Apollo 14, les astronautes vont avoir l’opportunité d’accroître la zone d’exploration. Engin rustique, il doit être le plus efficace possible : à l’avant, se trouvent deux batteries, les systèmes de communication (antenne à haut gain) et de navigation, l’électronique de bord et une caméra couleur (télécommandée depuis la Terre pouvant montrer ce que font les astronautes) ; à l’arrière, les équipements scientifiques, les outils et les sacs destinés à récupérer les échantillons lunaires ; au centre, deux chaises pliantes, la poignée de commande et le tableau de bord. La présence de ce véhicule enflamme les esprits.

Ainsi, tout au long de la mission, la presse rend compte de l’aventure du LRV : quelques jours avant le lancement, La Nouvelle République titre le 20 juillet par « APOLLO 15 : les premiers astromobilistes lunaires » ; Le Figaro, le 26 juillet : « A Cap Kennedy : les automobilistes de l’espace Scott et Irwin partent vers la Lune à bord d’Apollo XV pilotée par Worden » ; Paris Match, le 31 juillet : « APOLLO XV. Le fabuleux raid en jeep sur la Lune », etc., sans compter que la jeep est même exposée lors du salon du Bourget, comme l’annonce Le Parisien libéré le 28 mai 1971 : « Pour la première fois au Bourget, VOUS POUVEZ VOIR ET TOUCHER LA JEEP LUNAIRE ».

Du lancement à l’alunissage

L’équipage d’Apollo 15 est constitué de David R. Scott, le commandant, James B. Irwin, le pilote du Module lunaire (LM) et Alfred M. Worden, le pilote du Module de commande et de service (CSM). Les deux premiers sont appelés à se poser sur la Lune à l’aide du LM Falcon, tandis que le troisième restera sur orbite dans le CSM Endeavour.

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Après le décollage le 26 juillet à 13h34 TU, l’insertion en orbite lunaire et le vol de transit, le train lunaire se place sur orbite lunaire le quatrième jour. Au cours de cette période, l’équipage a dû faire face à quelques dysfonctionnements comme des bouts de verres flottant (issus d’un cadran brisé) ou encore un court-circuit. Le moindre incident ravive aussitôt les mauvais souvenirs d’Apollo 13. Ainsi, le 28 juillet, L’Aurore titre en une : « Après un long suspense provoqué par un court-circuit…la NASA confirme : L’ALUNISSAGE d’APOLLO 15 N’EST PAS COMPROMIS ».

Le 30 juillet, après avoir intégré Falcon, Scott et Irwin se posent près du Mont Hadley dans les Monts Apennins au sud-ouest de la mer des Pluies. Devenant le septième homme à poser le pied sur la Lune, Scott déclare : « je me tiens ici à Hadley devant les merveilles de l’inconnu, je me rends compte qu’il y a une réalité fondamentale qui caractérise notre nature. L’Homme doit explorer. Et ceci est l’exploration à son sommet ».

Le temps de l’exploration

D’une durée de 6h30, la première sortie extravéhiculaire commence par la vérification de l’état du LM, puis la sortie d’un certain nombre d’équipements (dont une caméra de télévision), la récolte de quelques roches (pour ne pas rentrer bredouille en cas de décollage d’urgence), le déploiement du LRV (en une heure). Suit la première excursion en direction des contreforts du Mont Hadley. Cela ne manque pas de susciter l’attention des médias encore passionnés par l’aventure Apollo, intrigués surtout par la présence du LRV. De retour au LM, après avoir parcouru une distance de 10,3 km, Scott et Irwin installent l’ALSEP (Apollo Lunar Surface Experiments Package), un ensemble de huit instruments (sismomètre passif, magnétomètre, spectromètre de vent solaire, détecteur de poussière, réflecteur laser, etc.) permettant d’en savoir plus sur l’environnement lunaire.

Le lendemain, Scott et Irwin effectuent leur deuxième sortie d’une durée de plus de 7 heures, sur une distance de 12,5 km, toujours en direction des contreforts du Mont Hadley. Les astronautes explorent, photographient, forent, prélèvent des roches sur des sites plus ou moins anciens. Sur les bords du cratère Spur, ils ramassent ce qui sera désigné sous le nom de « Genesis Rock » (269 grammes), une des plus anciennes roches lunaires jamais ramenées sur Terre (4 milliards d’années). A leur retour, ils plantent le drapeau américain.

Lors de la troisième et dernière sortie, les astronautes se dirigent vers la crevasse Hadley et, là, ils sont saisis par le paysage qui est à couper le souffle. Comme les jours précédents, ils prennent des photographies et collectent des roches. Après une exploration haletante, ils reviennent vers le LM après avoir parcouru 5,1 km. Scott réalise alors une expérience scientifique consistant à vérifier le principe d’équivalence faible, c’est-à-dire qu’en l’absence d’atmosphère, la gravité agit de la même façon sur tous les corps quelle que soit leur masse : pour cela il lâche en direct une plume de faucon (0,03 kg) et un marteau (1,3 kg), qui tombent sur le sol en même temps.

Le retour

Après avoir séjourné près de 67h sur la Lune, parcouru 28 km et récolté 77 kg de roches lunaires, Scott et Irwin réintègrent le 2 août le Falcon qui rejoint Endeavour où les attend Worden qui, pendant ce temps-là, a effectué des observations et supervisé des expériences logées dans une baie du CSM (mesure de la composition chimique de la surface lunaire, de la composition et la distribution des éléments dans l’atmosphère très ténue de la Lune, etc.) ; un petit satellite de 36 kg est également largué pour en savoir plus sur l’environnement lunaire et les interactions avec la Terre (magnétosphère) et le Soleil (particules). Le 5 août, alors qu’Endeavour est en route vers la Terre, Worden effectue en direct la première sortie extravéhiculaire translunaire de l’histoire (pour récupérer les films des caméras situées à l’extérieur du CSM). Incontestablement, « Aujourd’hui, Worden est la vedette », comme le note à juste titre Paris Normandie.

Les astronautes amerrissent avec succès le 7 août, à 530 km au nord d’Hawaï. Plus que jamais les Etats-Unis dominent la conquête de l’espace. Le Figaro, dans son édition du 9 août, ne se trompe pas en affirmant que « Le succès éclatant d’APOLLO XV raffermit le prestige de la NASA ».

Quelques références

- Un ouvrage : Ils ont marché sur la Lune, Philippe Henarejos, Belin, 2018

- Un témoignage de Charles Frankel à propos de la jeep lunaire

- Un documentaire de la NASA sur la mission Apollo 15

- Sur l’expérience de la plume et du marteau, voir l’extrait de la NASA.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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