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Il y a 50 ans, les Britanniques à la conquête de l’espace – Partie 1 : les premiers pas dans l’espace

Photo de Pierre-François Mouriaux

Pierre-François Mouriaux

Publié le 29 octobre 2021 à 06:08

Le Magazine

N2973 ● 05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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En 1957-58, à l’occasion de l’Année géophysique internationale, les Britanniques lançaient leurs premières fusées-sondes en direction de l’espace. Quatorze ans plus tard, ils plaçaient sur orbite Prospero à l’aide du lanceur Black Arrow.

A l’origine, la British Interplanetary Society

Impressionnés par les recherches sur les fusées en Allemagne et aux Etats-Unis, les Britanniques, sous l’impulsion de l’ingénieur Philip E. Cleator, créent le 13 octobre 1933 la British Interplanetary Society (BIS), tout comme l’avaient récemment fait les Américains en 1930 (American Interplanetary Society) et les Allemands en 1927 (Verein für Raumschiffahrt), sans oublier les Soviétiques dès 1924 (Société pour l’étude des communications interplanétaires). Dès le début, la BIS manifeste sa volonté de promouvoir et de vulgariser la jeune science astronautique. Ainsi, au cours des années 30 et 40, les études et les idées au sein de la BIS foisonnent telles que le vaisseau lunaire de Harry E. Ross, les fusées à propulsion nucléaire de Leslie R. Shepherd et Arthur V. Cleaver, l’orbite géostationnaire pour les futurs satellites télécommunication de Arthur C. Clarke, futur célèbre écrivain de science-fiction, etc.

L’héritage de la guerre

Durant la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni subit de multiples raids aériens allemands par toute sorte d’armes comme le V2, un missile de type balistique qui de septembre 1944 à mars 1945 entraîne près de 3 000 morts et 6 400 blessés. Les Britanniques prennent alors la mesure de cette nouvelle arme que les grands vainqueurs américains et soviétiques s’emparent après la défaite de l’Allemagne. Afin d’évaluer les capacités de ce missile révolutionnaire, devant le personnel allié, les Britanniques organisent l’opération Backfire, consistant au lancement de plusieurs V2 entre les 2 et 15 octobre 1945, depuis Cuxhaven (face à la mer du Nord).

Si de nombreux spécialistes allemands entourant von Braun partent aux Etats-Unis, d’autres en URSS et même en France, certains sont également recrutés par les Britanniques qui les installent principalement au Rocket Propulsion Establishment (RPE / créé en avril 1946) à Westcott près d’Aylesburry, et au Royal Aircraft Establishment (RAE / créé en 1906) à Farnborough. Au RPE, les Allemands initient ainsi les Britanniques aux armes récemment récupérées comme les missiles V2, Feuerlilie, Rheintochter, etc. Le RPE (mais aussi des industriels comme Saunders Roe, De Havilland) entreprend alors l’étude et le développement de moteurs-fusées qui vont être par la suite utilisés par la plupart des missiles britanniques.

Des projets précurseurs à l’AGI

La question des fusées suscite un véritable engouement et pas seulement au niveau militaire. Ainsi, au sein de la BIS, Ralph A. Smith, qui travaille également pour le RPE, imagine en décembre 1946 un engin-fusée dérivé du V2 appelé Megaroc pour envoyer un homme dans l’espace vers 300 km d’altitude, et qui reviendrait sur Terre dans une capsule sous parachute. L’idée avancée n’est pas sans rappeler ce que douze ans plus tard les Américains feront avec Mercury. Mais ce genre de projet ne convainc pas, la priorité est d’abord la maîtrise de la technologie des fusées. C’est ce que cherche à faire le RAE en engageant des études sur la propulsion, le guidage, etc.

Dans le même temps, la Royal Society de Londres (RSL), vieille institution britannique promouvant la science depuis le XVIIe siècle, s’intéresse également au développement de la fusée, mais pour l’exploration de la haute atmosphère. Au sein de la RSL, des scientifiques, comme le physicien Harrie Massey, saisissent l’intérêt de la fusée de type V2 pour la recherche spatiale. Ceux-ci soutiennent tout naturellement l’initiative d’une Année géophysique internationale (AGI) lancée au début des années cinquante afin d’étudier la Terre dans sa globalité, et dont les manifestations sont programmées pour 1957-58.

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Ainsi, au cours des années cinquante, une véritable convergence d’intérêt s’opère entre les scientifiques de la Royal Society, le RAE et le Ministère de l’Approvisionnement (qui coordonne entre 1939 et 1959 la fourniture de matériels aux armées britanniques), pour engager le développement d’une fusée-sonde pour l’exploration de la haute atmosphère.

Skylark, la première fusée-sonde britannique

En 1955, alors qu’Américains et Soviétiques annoncent le lancement des premiers satellites artificiels lors de l’AGI, les RAE et RPE unissent leurs compétences pour mettre au point une fusée capable d’emporter 45 kg à 210 km d’altitude. Le projet prend en 1956 le nom de Skylark (« Alouette »). Engin monoétage d’une hauteur de 7,60 m, pour un diamètre de 44 cm et une masse d’environ 900 kg, la version initiale de Skylark est alors non guidée, nécessitant une tour de lancement de 50 m de hauteur. Des essais technologiques sont réalisés à six reprises du 13 février 1957 au 17 avril 1958, depuis Woomera, centre d’essais australien de tir de missiles situé au nord d’Adélaïde. Les Britanniques ont alors signé des accords avec les Australiens pour pouvoir y tester leurs engins-fusées.

La première expérience scientifique est effectuée dès le quatrième tir de Skylark (SL-04), le 13 novembre 1957… quelques jours après le succès retentissant du second Spoutnik soviétique. Culminant à 123 km d’altitude, la charge embarquée dans la petite Skylark consiste alors en une série de grenades : en mesurant le temps mis par les ondes sonores pour parvenir au sol, les spécialistes pouvaient déterminer un certain nombre de paramètres. Après cette expérimentation prometteuse, ceux-ci organisent le 17 avril 1958 avec Skylark SL-07 une nouvelle étude d’aéronomie qui atteint 146 km d’altitude. Les Britanniques effectuaient ainsi leurs premiers pas dans l’espace. S’ils accusaient un net retard par rapport aux Américains et Soviétiques, ils étaient en revanche la nation européenne la plus avancée dans l’exploration spatiale.

Le succès de Skylark conduit le RAE à l’améliorer au cours des années suivantes en la dotant notamment d’un booster, puis en l’équipant de moteurs plus puissants pour emporter des charges scientifiques plus lourdes à des altitudes plus élevées. Skylark permet ainsi d’effectuer de nombreuses études sur l’ionosphère, l’aéronomie, l’astronomie X, solaire et Ultra-violet, etc.

Parallèlement aux activités spatiales naissantes, le gouvernement soutient le développement de missiles plus puissants pour les forces armées. L’un d’eux permettra en 1971 de satelliser… (A suivre)

Quelques références

- Un article en ligne : « La British Interplanetary Society a 80 ans », Kelvin F. Long, 22 mars 2013

- Un ouvrage : The Skylark Rocket, Matthew Godwin, Beauchesne, Paris, 2007.

Jean-Jacques Serra est docteur en sciences physiques, spécialiste de l’histoire des fusées et missiles européens.

Philippe Varnoteaux est docteur en histoire, spécialiste des débuts de l’exploration spatiale en France et auteur de plusieurs ouvrages de référence

Pierre-François Mouriaux

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