Rencontre avec le directeur général de l’Agence spatiale européenne
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jashbacher@pfm2
Pierre-François Mouriaux / Air & Cosmos
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Vous avez annoncé viser un budget de plus de 18 Md€ pour la prochaine Ministérielle. C’est ambitieux…
Je n’utiliserais pas le terme ambitieux, car le terme ambition ne sonne pas toujours positivement. Mais oui, c’est un budget plus important que celui de la dernière Ministérielle [qui avait atteint 14,4 Md€ en décembre 2016, NDLR] : il représente une augmentation d’environ 25 % pour trois ans. Mais remettez cette hausse dans le contexte, regardez ce que fait l’Europe par rapport à d'autres pays et d'autres régions. Si je prends les États-Unis comme exemple, la Nasa a un budget qui augmente de 7 à 8 % par an – et je ne parle pas de la Space Force, dont le budget a augmenté beaucoup plus rapidement, comme vous le savez. Donc, en trois ans, cela nous fait (3 fois 7) 21 %, plus l'inflation : nous sommes à 25 %, uniquement pour le secteur public aux États-Unis, qui se développe beaucoup moins vite que le secteur privé. En Chine, nous ne connaissons pas les chiffres, mais je suis certain que l'augmentation est beaucoup plus importante, probablement de 20 % pour une année, en regard de la hausse actuelle des lancements, qui est très impressionnante. Donc, dans ce sens, une augmentation de 25 % du budget en Europe n'est pas du tout exagérée. Il s'agit en fait de suivre le courant, et de s'assurer que l'on ne perd pas au change. Car c'est là ma principale motivation : offrir des opportunités aux jeunes chercheurs, aux startups, aux experts, aux scientifiques ou aux ingénieurs européens. Sinon, ils s'en vont, dans à la Silicon Valley ou ailleurs. C'est un package nécessaire dont, je pense, l'Europe a besoin pour garder ses talents ici. Or, vous savez que l'espace est un secteur en pleine croissance, avec un retour sur investissement qui peut aller de 1 à 5 (cela dépend du domaine). Vous savez aussi que l'espace fournit des infrastructures stratégiques qui garantissent notre niveau de vie, et avec la guerre en Ukraine a démontré que nous avons besoin d'indépendance, pas seulement au niveau de l’accès à l’espace, mais aussi celui de la technologie. Il me paraît essentiel de maintenir un certain niveau d'expertise. Parce que, si nous ne le faisons pas, si nous n’investissons pas maintenant, nous allons nous retrouver hors de la course demain, comme il y a vingt ans avec les technologies de l’information – et aujourd’hui, les grandes entreprises de l'espace, les Gafam et les BATX, sont aux États-Unis et en Chine. Mais pas en Europe. Dans l'espace, nous avons l'expertise aujourd'hui. Mais, si nous ne la maintenons pas, nous la perdrons, c’est très clair. Ce n’est pas ambitieux, c’est vraiment ce que les pays et les citoyens européens doivent faire pour maintenir un certain niveau de compétitivité et de souveraineté à l'échelle mondiale. Certains m’ont même dit que 25 %, ce n’était pas suffisant…