Rencontre avec Charlie Bolden, ancien administrateur de la Nasa
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P.-F. Mouriaux / Air & Cosmos
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Charlie Bolden en bref
Né le 19 août 1946 à Columbia (Caroline du Sud)
Diplômé de l'Académie navale d'Annapolis en 1968
Aviateur et pilote d'essai dans les Marines de 1970 à 2004
Sélectionné par la Nasa en mai 1980 (Groupe 9)
Pilote des missions STS-61C / Columbia (12-18 janvier 1986) et STS-31 / Discovery (24-29 avril 1990)
Commandant des missions STS-45 / Atlantis (24 mars - 2 avril 1992) et STS-60 / Discovery (3-11 février 1994).
Administrateur de la Nasa de 2009 à 2017.
Continuez-vous à travailler avec la Nasa ?
Non, je ne suis plus très actif du côté de la Nasa, bientôt six ans après mon départ [le 19 janvier 2017]. Mais je reste conseiller en tant que membre du conseil consultatif (Nasa Advisory Council), qui offre des contributions à l'administrateur, non seulement sur les programmes de vols habités de la Nasa, mais aussi sur ses programmes aéronautiques, les programmes scientifiques, l’éducation et la communication, ainsi que ses missions d’exploration ou l’organisation de ses différents projets.
Dans quel état d’esprit êtes-vous avant le premier vol du SLS et la mission Artemis 1 ?
Je suis comme que je l'ai toujours été pour n'importe quel premier lancement de n'importe quel véhicule : je suis une personne très nerveuse, et je suis quelqu’un qui pense que ce n'est pas fini jusqu'à ce que ce soit fini. Donc, ma confiance ne sera assurée que lorsque nous aurons le SLS parvenu en sécurité sur son orbite, ou quand la charge utile du SLS, le module Orion, sera correctement en route vers la Lune… Mais oui, prenez votre billet d’avion pour la tentative du 14 novembre, oui, oui ! [Rires]
Après votre départ de la Nasa, Donald Trump a fixé le retour sur la Lune en 2024. Etait-ce crédible ?
Nous n'avons pas atteint cet objectif. Personne ne pensait que nous allions l’atteindre. C'était un objectif artificiel [fixé par Donald Trump]. La Nasa pensait que nous pourrions être sur la Lune à la fin de cette décennie, donc à la fin des années 2020. Ce qui signifie que cela peut très bien nous entraîner jusqu'en 2029. Personnellement, je crois toujours que nous aurons des humains sur la surface de la Lune avant la fin de cette décennie. Mais il est essentiel de continuer viser Mars par la suite, sans pour autant rester bloqués sur la Lune et y rester. Je crois qu’à terme, ce sont les entités commerciales, le secteur privé, qui opéreront principalement sur l’orbite terrestre basse : vous n'aurez plus une Station spatiale internationale, mais un assortiment de plateformes commerciales, qui peuvent être habitées par des humains, pour des missions longue durée aussi bien que pour de simples visites (pour mettre en place des expériences autonomes, dans des domaines tels que le traitement des matériaux, la recherche biomédicale, etc). Il y aura des gouvernements, des organisations commerciales, universitaires et privées qui travailleront ensemble sur l'orbite lunaire, en coopération, et prépareront le voyage vers Mars. Ce sont toujours des agences spatiales nationales qui ouvriront la voie, en dépensant beaucoup d'argent et en prenant les risques nécessaires. Ensuite, le secteur commercial pourra suivre, et faire en sorte que ces nouveaux territoires soient accessibles aux gens normaux, si vous voulez.